analyse

GSK supprime 720 emplois et arrête sa croissance en Belgique

GSK Wavre est le plus grand site de fabrication de vaccins au monde. ©Tim Dirven

Le géant pharmaceutique britannique, qui a connu un développement sans précédent en Wallonie, envisage de séparer le groupe en deux nouvelles sociétés.

Le couperet est tombé: le laboratoire britannique GlaxoSmithKline (GSK), poids lourd mondial de la pharmacie, envisage jusqu'à 720 suppressions d'emplois en Belgique, où est implantée sa division Vaccins. Le choc est rude car GSK est le plus gros employeur privé de Wallonie, mais aussi un symbole de la reconversion - certes très largement inachevée - de l'économie du sud du pays. La Belgique abrite le centre historique de la R&D du groupe pour les vaccins à Rixensart, ainsi que le plus grand site de fabrication de vaccins au monde à Wavre, où se situe également le siège social de la division. Quelque 9.200 salariés travaillent en Belgique au développement et à la production des vaccins, auxquels il faut ajouter 200 personnes des autres départements sur des sites mineurs. 

La division vaccins en Belgique devrait être affectée par ce plan, "y compris les opérations de la R&D, de la fabrication et du service qualité, ainsi que les fonctions globales de support".

Lors du conseil d'entreprise extraordinaire qui s'est tenu mercredi à Wavre, la direction a annoncé "un plan de transformation" sur deux ans, destiné à "préparer la séparation du groupe GSK en deux nouvelles sociétés": le "New GSK" d'un côté (axé sur la recherche biopharmaceutique) et de l'autre la "Santé grand public" (Consumer Healthcare). La division vaccins en Belgique devrait être affectée par ce plan, "y compris les opérations de la R&D, de la fabrication et du service qualité, ainsi que les fonctions globales de support"

Ce projet pourrait donc concerner un maximum de 720 employés en Belgique, dont majoritairement des cadres. En outre, 215 contrats temporaires ne devraient pas être renouvelés. La procédure prévue par la loi Renault sur les licenciements collectifs sera appliquée. Le groupe n'a pas communiqué sur des pertes d'emploi à l'étranger. 

Trente vaccins en portefeuille

L'histoire de GSK Vaccines en Belgique a réellement décollé avec la mise au point du vaccin contre l'hépatite B, en 1986. Par la suite, la filiale, dirigée longtemps par Jean Stéphenne, a connu un développement spectaculaire, devenant le QG de la division Vaccins. Cette dernière décennie, le groupe a investi 3 milliards d'euros dans ses infrastructures belges, plus un milliard dans la recherche. 

"Chaque jour, plus de 2 millions de doses de vaccins sont produites en Belgique"
Elisabeth Van Damme
Porte-parole de GSK en Belgique

GSK a dans son portefeuille quelque 30 vaccins, dont une grande majorité est produite à Wavre. Seize autres sont en cours de développement. "Chaque jour, plus de 2 millions de doses de vaccins sont produites par GSK Vaccines en Belgique et partent vers les quatre coins du monde", selon la porte-parole de l'entreprise, Elisabeth Van Damme. Faut-il néanmoins redouter des heures encore plus sombres pour les deux implantations belges? A priori, non. GSK "a l’intention d’investir plus de 500 millions d'euros au cours des trois prochaines années en Belgique" a fait valoir l'entreprise mercredi dans son communiqué. Le groupe vient d'ailleurs de construire deux nouveaux bâtiments à Wavre, l'un dédié à la production du vaccin contre la coqueluche, le tétanos et la diphtérie et l'autre pour le vaccin contre la polio. 

"Derrière ce drame social, ce qu'essaie de faire GSK, c'est de rapprocher ses services de recherche éclatés aujourd'hui entre les vaccins et les traitements pharmaceutiques, avec ces derniers qui travaillent de plus en plus sur le système immunitaire" commente un expert. "Même si la division se porte bien, GSK veut rester leader dans le domaine de la vaccinologie et se prépare pour l'avenir", a encore expliqué Elisabeth Van Damme. "Dans ce secteur, il est nécessaire de réfléchir à très long terme. Nous devons anticiper le futur."

Des ajustements 

500
millions €
GSK a l’intention d’investir plus de 500 millions d'euros au cours des trois prochaines années en Belgique.

La branche vaccins représente autour de 20% des ventes totales du groupe, qui, à l'instar d'autres grands laboratoires internationaux, procède à des ajustements de son portefeuille. En 2018, le laboratoire britannique a ainsi créé une coentreprise de médicaments sans ordonnance (OTC) et de parapharmacie avec l'Américain Pfizer. Cette entité "consumer healthcare", dont fait état GSK dans son communiqué, a vocation à être introduite en bourse.

Reste que, trois ans après la fermeture de l'usine de Caterpillar à Gosselies, l'annonce a provoqué un petit séisme côté wallon. Car la santé financière du groupe semble plutôt bonne, voire excellente. GSK a publié mercredi les résultats de son exercice 2019, avec un chiffre d'affaires en hausse de 8% à 33,75 milliards de livres (près de 40 milliards d'euros) et un résultat opérationnel de 7 milliards de livres (plus de 8 milliards d'euros). De chiffres qui n'ont pas manqué d'interpeller les syndicats et plusieurs formations politiques en Wallonie. 

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