GSK va chercher l'innovation dans la sphère académique

©Tim Dirven

Même un géant comme GSK ne pourrait se passer de la coopération avec les universités et centres de recherche. L’entreprise pharmaceutique britannique, plus gros employeur privé de Wallonie, a 13 collaborations en Belgique avec le monde académique.

On est bien placé en Belgique pour savoir que les grandes entreprises pharmaceutiques font régulièrement leur shopping auprès des petites sociétés de biotechnologie. Mais la recherche fondamentale effectuée dans les universités et centres publics de recherche joue également un rôle crucial dans la découverte et le développement de médicaments novateurs. Sans cette collaboration, des milliers de molécules ne verraient probablement jamais le jour.

Même pour un colosse comme GSK, plus gros employeur privé en Wallonie avec plus de 9.000 collaborateurs, la coopération avec le monde académique est vitale. "Nous avons, au niveau mondial, l’équivalent de 200 collaborations scientifiques, tant avec le monde académique qu’avec des biotechs, qui sont importantes pour permettre de faire progresser la recherche et le développement de nos vaccins", explique Emmanuel Hanon, senior vice president R&D de l’entreprise pharma britannique. Rien que pour la Belgique, "GSK avait 13 collaborations avec le monde universitaire en 2018", selon le scientifique.

Inventer le futur des vaccins

Des liens que l’entreprise souhaite encore renforcer. Depuis 2018, ses chercheurs peuvent échanger leurs idées avec des scientifiques issus du monde académique lors d’un événement annuel organisé par BioWin (le pôle de compétitivité santé de Wallonie), flanders.bio (l’organisation qui représente les sociétés belges en sciences de la vie) et Flanders Vaccine (l’organisation qui se focalise sur les partenariats public-privé pour les vaccins).

"Même si nous avons notre centre historique de recherche de vaccins à Rixensart, il serait naïf de croire qu’une société comme GSK possède toute la capacité d’innovation qui est nécessaire pour inventer le futur des vaccins, poursuit Emmanuel Hanon. En réalité, 99% de l’innovation a lieu en dehors de la compagnie. La recherche et le développement, c’est un monde qui est fait d’incertitudes. On doit donc créer des situations qui augmentent les chances d’avoir une idée à laquelle personne n’avait pensé. Ici, on essaie de provoquer comme une sorte de réaction atomique. C’est en mettant des gens ayant un background et une exposition au même challenge tout à fait différents que l’on arrive à avoir des résultats."

GSK est l’un des principaux fabricants de vaccins au monde, avec un portefeuille de plus de 30 vaccins pour les nourrissons, les adolescents et les adultes ainsi que 16 autres vaccins en développement. Plus de 2 millions de vaccins sont produits par GSK chaque jour et envoyés aux populations de 158 pays. 70% de ces vaccins sont distribués aux pays en développement.

Il existe plusieurs formats de collaboration entre les universités et les sociétés pharmaceutiques. "Nous avons beaucoup de collaborations qui ne sont pas nécessairement pour développer un produit, mais plutôt pour expliquer comment un produit marche, souligne encore Emmanuel Hanon. Ce sont en effet des informations qui peuvent s’avérer critiques dans les phases de développement du produit, notamment dans la phase d’approbation pour expliquer aux autorités régulatoires comment un vaccin fonctionne."

Des fonds très mesurés

Pour leur part, les universités y retrouvent également leur compte. En Belgique, les fonds attribués à la recherche fondamentale sont en effet plutôt mesurés et à la merci du moindre tour de vis budgétaire. D’autant que certains politiques poussent clairement à une réorientation des financements vers la recherche appliquée. Une collaboration avec une firme comme GSK peut donc clairement constituer un appoint financier important, notamment par le biais de futures royalties.

"Il ne faut pas cloisonner les deux mondes. On a tout intérêt à dialoguer. Même s’il est vrai que, parfois, les finalités ne sont pas toujours exactement les mêmes, l’objectif, c’est quand même d’arriver à améliorer la santé des gens", commente de son côté le professeur Patrice Cani (UCL), chercheur FNRS et spécialiste du métabolisme. Ce dernier travaille sur la façon dont les bactéries intestinales dialoguent en permanence avec le système immunitaire. Un nouveau champ d’exploration qui peut intéresser GSK: la composition des bactéries dans l’intestin peut en effet prédéterminer la réponse d’un sujet à un vaccin ou à une immunothérapie.

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