Imcyse se profile comme la future pépite wallonne de la biotech

©Kristof Vadino

La biotech liégeoise Imcyse procède à une importante levée de fonds pour financer le développement de sa plateforme d’immunothérapies. Ses cibles: le diabète de type 1, la sclérose en plaques et d’autres maladies auto-immunes.

Imcyse s’apprête à changer de dimension: la petite biotech liégeoise, qui possède une technologie d’immunothérapie disruptive, lève 35 millions d’euros pour mener à bien les essais cliniques de traitements contre le diabète de type 1, la sclérose en plaques et d’autres indications.

35
millions d'euros
C’est le montant des fonds levés par la biotech liégeoise.

Fondée en 2010 par le professeur Jean-Marie Saint-Remy, Imcyse est une spin-off de la KUL, aujourd’hui établie à Liège dans le bâtiment Giga, sur le site du Sart-Tilman. Elle a développé une technique d’immunothérapie active – une forme de vaccin thérapeutique – basée sur des peptides modifiés et spécifiques, appelés imotopes. Ceux-ci permettent d’induire un nouveau type de cellules (des globules blancs) qui vont aller détruire les cellules immunitaires perturbées (des globules blancs dit cytolytiques) impliquées dans divers types de maladies auto-immunes.

"Notre produit va en quelque sorte jouer un rôle de police des polices et arrêter le processus de destruction", explique le CEO, Pierre Vandepapelière. "C’est cela qui est important: on peut arrêter le développement de la maladie. Car le diabète de type 1 ou la sclérose en plaques sont des maladies évolutives. Si on les arrête suffisamment tôt, on peut prévenir toutes les complications."

Essai clinique pour le diabète de type 1

Imcyse avait lancé fin 2017 un essai clinique multicentrique de phase 1b pour le diabète insulinodépendant (de type 1). Menée dans sept pays européens avec quarante patients diagnostiqués diabétiques depuis moins de six mois, cette étude touche à sa fin. "Les premières observations montrent une sécurité d’emploi excellente et sont plutôt très encourageantes sur le plan de l’efficacité. Comme notre produit s’attaque spécifiquement aux globules blancs impliqués dans la maladie, on ne touche pas aux autre défenses immunitaires, d’où un risque moindre d’effets secondaires", indique Pierre Vandepapelière. Les résultats finaux seront communiqués à la fin de l’été.

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Le diabète de type 1 est une maladie en forte croissance, qui survient chez l’enfant de plus en plus jeune. Elle affecte plus de 4 millions de personnes dans le monde, dont environ 60.000 en Belgique. Le seul traitement disponible est le contrôle de la glycémie par de multiples injections journalières d’insuline.

En prévenant le développement de la maladie, il serait donc possible, grâce au futur traitement, d’arrêter l’insuline pour des enfants soignés très tôt. Une révolution, selon le CEO, qui précise que l’on a aussi constaté un effet prolongé après l’injection. Mieux: "On a aussi un potentiel de guérison. Car la littérature scientifique montre que si on arrête le processus de destruction des cellules du pancréas, celui-ci peut se régénérer. On pourrait même aller plus loin et imaginer de traiter en amont lorsqu’on découvre des anticorps qui montrent qu’un patient est à risque. Malgré notre enthousiasme, je veux rester prudent car la route est encore longue", souligne Pierre Vandepapelière.

Projets futurs

La biotech liégeoise, qui compte 30 collaborateurs, veut maintenant poursuivre le développement de ce candidat médicament et envisage le lancement d’une phase 2. Mais elle souhaite également entamer des recherches cliniques dans d’autres indications, vu que la plateforme peut donner lieu à un produit spécifique pour chaque maladie. La sclérose en plaques, grave maladie chronique toujours incurable, figure en tête de cette liste. Le lancement d’une étude de phase 1 est envisagé en 2020. Les autres cibles potentielles sont la polyarthrite rhumatoïde ou la neuromyélite optique.

Une entrée en Bourse?

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La plus grosse partie des fonds levés est constituée d’equity (28 millions). C’est Life Sciences Partners (LSP), un fonds d’investissement néerlandais qui soutient les sociétés biopharmaceutiques, qui a joué le rôle d’investisseur principal. On retrouve à ses côtés Epimède (un fonds de croissance lancé par Noshaq, ex-Meusinvest), la SRIW (Société régionale d’investissement de Wallonie) et la SFPI (Société fédérale de participations et d’investissement). Les investisseurs existants (Biogenesis, Noshaq et la KU Leuven) ont participé au tour de table. Imcyse a également reçu des financements non-dilutifs sous la forme de subsides et de prêts remboursables de la Région wallonne (4,6 millions) et d’un prêt bancaire de 2 millions de chez Belfius.

"Ces 35 millions vont nous permettre d’avancer. Mais bien sûr, il y aura d’autres levées de fonds pour nous permettre de compléter le développement", conclut Pierre Vandepapelière, qui évoque une future entrée en Bourse. Le CEO voit le développement d’Imcyse "comme une combinaison de partenariats et de licences avec des développements propres, que l’on pourrait amener sur le marché". La société a en effet déjà noué des partenariats avec deux grands noms de la pharma, dont Pfizer, qui a apporté un financement en échange d’une option exclusive de licence pour le produit ciblant la polyarthrite rhumatoïde.

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