iTeos a séduit le géant américain Merck

Iteos à Gosselies. ©Kristof Vadino

La biotech wallonne iTeos Therapeutics a signé un partenariat avec Merck. Objectif: évaluer l’innocuité et l’efficacité du produit candidat d’iTeos contre le cancer en combinaison avec un traitement d’immunothérapie du géant américain.

ITeos Therapeutics, qui avait signé en juin 2018 une levée de fonds de 64 millions d’euros, l’une des plus importantes de l’histoire du secteur biotech en Wallonie, franchit une nouvelle étape dans le développement de ses traitements contre le cancer. La société de Gosselies a annoncé jeudi avoir conclu un accord avec le groupe américain Merck (également connu sous l’acronyme MSD en dehors des USA) pour évaluer l’innocuité et l’efficacité de son produit candidat le plus avancé.

Désignée sous le nom de code "EOS100850", cette molécule va être testée chez différents patients atteints de tumeurs solides, en combinaison avec un traitement d’immunothérapie de Merck, le Keytruda. Une collaboration qui représente un sérieux gage de crédibilité pour la biotech wallonne, le groupe américain étant actuellement leader mondial en immuno-oncologie avec le Keytruda, devenu ces dernières années le traitement de référence dans ce domaine.

Si iTeos a attiré l’attention de Merck, c’est que son candidat médicament fait déjà actuellement l’objet d’une étude de phase 1/1b, mais en monothérapie. "La phase 1, que nous sommes en train de finaliser et au cours de laquelle nous avons administré la molécule seule à une quarantaine de patients souffrant de cancers avancés, a montré des résultats encourageants, explique Michel Detheux, le CEO d’iTeos. Mais il est primordial d’augmenter de façon la plus importante possible l’efficacité du traitement. Dans le futur, le cancer sera en effet la plupart du temps traité par des combinaisons de médicaments qui peuvent attaquer sous différents angles. Un peu comme pour le sida. Nous avons développé des molécules qui permettent au système immunitaire de reconnaître et d’attaquer la tumeur. Combiner ces traitements avec des molécules de référence devrait permettre d’augmenter l’efficacité des traitements respectifs. Le but de cette collaboration est de montrer que notre molécule plus celle de Merck, cela donnera une synergie par rapport à chacune des molécules individuellement."

Différents cancers

Les résultats définitifs de l’étude en cours, qui est menée en Belgique dans différents centres, seront sans doute publiés dans six à sept mois. L’essai avec Merck, qualifié de "phase 1/2", commencera quant à lui par le recrutement des patients début 2020. Il se déroulera également en Belgique, avec un centre supplémentaire au Royaume-Uni. "Nous allons commencer cette phase sur plusieurs indications parallèles pour confirmer l’intérêt et la valeur ajoutée de notre molécule dans différents types de tumeurs", fait encore valoir Michel Detheux, qui évoque les cancers du poumon, de la prostate, du rein ou encore les cancers gynécologiques. Le CEO table sur un essai clinique d’un peu plus d’un an, dont les résultats seront publiés dans 18 mois. "Ce sera alors un point d’inflexion majeur pour iTeos. Car des résultats positifs sont un catalyseur extrêmement important pour permettre de continuer à développer la société de façon très ambitieuse. Fin 2021, nous devrions être en position de commencer une phase 2 ou même éventuellement directement une phase 3 en fonction de la qualité des résultats. On pourrait alors avoir un essai clinique dans une indication particulière, avec une combinaison particulière, sur un grand nombre de patients."

"Dans le futur, le cancer sera la plupart du temps traité par des combinaisons de médicaments qui peuvent attaquer sous différents angles."
Michel Detheux CEO d’iTeos Therapeutics

Désignée comme un "antagoniste du récepteur de l’adénosine A2A", la molécule développée par iTeos s’attaque aux mécanismes que les tumeurs mettent en place pour échapper au système immunitaire, que celui-ci soit boosté par des médicaments (dans le cas d’une immunothérapie) ou bien qu’il s’agisse de la réponse normale face à différents types d’agressions. Ces mécanismes limitent actuellement les traitements en immuno-oncologie à des niveaux de réponse qui vont de 10 à 50%, en fonction du type de tumeur et du patient.

Spin-off de l’UCLouvain, iTeos dispose également dans ses cartons d’un deuxième projet basé sur une approche un peu différente mais qui est lui aussi bien avancé et devrait faire l’objet à court terme d’une première étude clinique. Et ce n’est pas tout, souligne encore Michel Detheux: "Nous avons reçu l’accord de la FDA, l’autorité réglementaire américaine, pour commencer une étude aux USA, là aussi en association avec un autre traitement. Enfin, nous avons d’autres projets précliniques, soutenus par la Région wallonne, qui cibleront d’autres types de tumeurs ou compléteront nos programmes actuels."

Augmenter la visibilité

Avec les 64 millions d’euros levés en 2018, la biotech, installée au Biopark de Gosselies, dispose toujours d’une position de cash très solide. La levée de fonds a permis l’engagement de plusieurs pointures du secteur biopharma international et la création d’un bureau outre-Atlantique, où réside Michel Detheux.

"La levée de fonds et ce déménagement aux USA m’ont permis d’augmenter la visibilité d’iTeos et d’être ambitieux pour la stratégie clinique. Cela a aussi positionné iTeos comme un acteur de classe mondiale en immuno-oncologie. Mais toute la recherche et les développements préclinique et clinique restent à Gosselies, où travaillent actuellement une quarantaine de personnes", conclut le CEO, qui précise que plusieurs options – entrée en bourse, nouveaux partenariats, etc. – restent possibles pour assurer l’essor de la société.

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