interview

Jean-Christophe Tellier, CEO d'UCB: "2020 a été notre septième année consécutive de croissance"

Jean-Christophe Tellier: "UCB a quatre produits en phase 3, des phases qui consomment beaucoup d'argent. Nous avons donc augmenté notre investissement dans la recherche". ©saskia vanderstichele

Le groupe pharmaceutique belge attend avec impatience le lancement de son traitement contre le psoriasis pour compenser la perte prochaine de deux brevets.

Jean-Christophe Tellier peut être satisfait. Malgré la crise sanitaire, qui a interrompu un moment les essais cliniques d'UCB, le groupe pharmaceutique qu'il dirige a dévoilé jeudi des résultats supérieurs aux dernières prévisions. Explications.

UCB semble être devenu un modèle de croissance régulière...

2020 a été notre septième année consécutive de croissance. Nous avons dépassé les 5 milliards de ventes. La profitabilité est restée stable, alors que l’on sait que l’on doit investir. Nous avons quatre produits en phase 3. Ce sont des phases qui consomment beaucoup d'argent, nous avons donc augmenté notre investissement dans la recherche. On prépare aussi le lancement du bimékizumab, pour les personnes atteintes de psoriasis. Cela a entraîné des frais commerciaux et de marketing. Ce sera la nouveauté importante pour 2021.

Malgré la pandémie, nous avons pu achever nos études cliniques pour ce traitement. Nous avons aujourd’hui trois études, contre trois traitements de référence différents, qui démontrent à chaque fois la supériorité du bimékizumab. Nous avons entre les mains un produit capable d’apporter un plus aux patients souffrant de psoriasis modéré à sévère.

Quand espérez-vous le lancer précisément?

Nous avons déposé les demandes d’enregistrement aux USA et en Europe dans les délais prévus et attendons le résultat des analyses par les agences réglementaires, qui devraient arriver dans la deuxième partie de l’année même si je n’ai pas encore de date de retour de l’agence européenne. Il est donc encore un peu tôt pour se prononcer sur la date exacte.

"La croissance sera un peu moins régulière. Elle ne sera pas linéaire entre 2021 et 2025".

Vous avez donné une indication pour 2025, avec l’objectif de dépasser les 6 milliards de ventes. Est-ce que la perte de deux brevets va entraîner un trou d’air en 2023 et 2024?

On va perdre les brevets du Vimpat en 2022 et celui du Cimzia en 2024. On aura une perte de chiffre d’affaires importante, alors que les produits en lancement vont commencer à générer de la croissance. La croissance sera donc un peu moins régulière. Elle ne sera pas linéaire entre 2021 et 2025.

La croissance des nouveaux produits est plus lente que la perte du brevet. Nos cycles sont assez longs. Lorsque nos brevets expirent, il y a une perte de chiffre d’affaires presque immédiatement. La difficulté pour notre industrie, c’est d’essayer d’absorber ces pertes de brevets. On sait que cela va arriver. On s’y prépare, avec un portefeuille de produits.

Comment ces pertes de brevets se passent-elles dans les faits?

À partir du moment où le brevet tombe, le produit devient accessible au public et n’importe quel laboratoire peut le vendre, sous sa dénomination commune internationale. Mais cela dépend parfois des marchés, des produits et des classes thérapeutiques. On résiste bien avec Keppra, qui a perdu son brevet il y a plus de dix ans. Dans l’épilepsie, il y a un certain conservatisme. Mais aux USA, quand un brevet tombe, les produits perdent en quelques mois une grande partie de leur chiffre d’affaires.

Comment fonctionnera la collaboration avec Microsoft pour l’utilisation de l’intelligence artificielle en vue de trouver de nouvelles molécules?

Nous avions déjà un "projet Covid", qui consistait à utiliser la capacité de screener des molécules afin de voir ce qui était potentiellement intéressant. Ici, dans le partenariat annoncé, il y a quatre piliers. Le premier, c’est utiliser la capacité d’analyse sur la base d’ordinateurs pour accélérer la découverte de nouvelles molécules. Ce n’est pas du repositionnement, mais bien l’idée de tester des hypothèses pour de nouvelles molécules. L’objectif, c’est de faire en quelques heures ou quelques semaines ce qu’on mettait des mois à faire. Il y a aussi une partie accélération du développement clinique, avec une énorme capacité à accélérer la recherche de patients qui pourraient être intéressés par le développement de nos molécules. On veut par ailleurs mieux comprendre les patients et la biologie humaine: pourquoi des patients réagissent différemment à la même maladie. Enfin, on va essayer de comprendre ce que les patients recherchent  et comment ils réagissent.

"Une partie des opérations qui ont eu lieu récemment en Belgique étaient dans un domaine qui n’est pas sur notre radar actuellement: celui des thérapies cellulaires."

Il y a eu de grosses opérations dans le secteur biotech belge depuis un an. UCB n’était pas intéressé par certaines des sociétés qui ont été rachetées?

Une partie des opérations qui ont eu lieu récemment étaient dans un domaine qui n’est pas sur notre radar actuellement: celui des thérapies cellulaires. Nos plateformes du futur sont surtout focalisées sur la thérapie génique. Dans ce domaine, nous sommes plutôt en phase d’exploration et de construction, avec des projets en pré-clinique. On regardera le jour venu, quand on aura besoin d’investir, quelle sera la meilleure façon de le faire, en interne ou via des partenariats. Mais c’est encore un peu tôt. Je rappelle que nous avons un projet d’investissement très important à Braine l’Alleud dans un autre segment des biomédicaments, avec 150 emplois qui seront créés.  Et nous avons déjà recruté cette année en Belgique.  

UCB vise les 6 milliards de chiffre d'affaires en 2025

UCB a enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 5,3 milliards d'euros, en hausse de 9% par rapport à 2019. Ce résultat, supérieur aux dernières prévisions, a été porté par le Cimzia, destiné aux personnes atteintes de maladies auto-immunes et inflammatoires, dont les ventes ont atteint près de 1,8 milliard d'euros (+5%) et par l'anti-épileptique Vimpat, dont les ventes se sont élevées à 1,45 milliard d'euros (+10%).

Le groupe biopharmaceutique belge a fait également état d'une rentabilité sous-jacente (ebitda ajusté) de 1,44 milliard d'euros, en hausse de 1%, et d'un bénéfice net de 761 millions d'euros, en recul lui de 7%. Le bénéfice de base par action se monte à 5,36 euros, contre 5,20 euros en 2019. Le conseil d'administration d'UCB proposera un dividende de 1,27 euro par action (brut), en progression de 2%.

UCB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de l'ordre de 5,45 à 5,65 milliards d'euros en 2021, Pour la première fois, UCB affiche son ambition de croissance pour 2025, "malgré l'expiration prochaine de certains brevets", et dit tabler sur un chiffre d'affaires de minimum 6 milliards d'euros à cet horizon.

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