interview

Jean-Christophe Tellier: "UCB a potentiellement 7 produits à lancer d'ici 2025"

Jean-Christophe Tellier, CEO d'UCB: "Avec le coronavirus, la situation est pour le moment sous contrôle."

Le groupe pharmaceutique belge UCB, qui a enregistré de bons résultats en 2019, reste très bien armé pour l'avenir, avec un portefeuille de produits en développement bien fourni.

Plutôt content, Jean-Christophe Tellier. Le CEO du groupe pharmaceutique belge UCB a dévoilé jeudi des résultats supérieurs à ce que le groupe avait estimé il y a un an. Il explique pourquoi il peut rester optimiste.   

Comment peut-on expliquer le succès du Cimzia, votre blockbuster le plus important?

Pour Cimzia, nous avons toujours voulu mettre en évidence les éléments de différenciation, car nous étions le cinquième anti-TNF (Tumour Necrosis Factor, NDLR) à être lancé sur le marché. Il y a d'abord la structure unique du médicament. Il ne passe pas la barrière placentaire et ne va pas dans le fœtus. Il offre donc une sécurité de traitement par rapport aux grossesses et à l’allaitement. Le deuxième élément, ce sont les extensions d’indication, qui augmentent les populations de patients. Cimzia a d’abord été lancé en polyarthrite rhumatoïde. On aussi l’arthrite psoriasique et la spondylarthrite ankylosante. La dernière que nous avons eue, c’est le psoriasis. Sur certains marchés, nous sommes aussi indiqués pour la maladie de Crohn et pour la spondylarthrite ankylosante sans signes radiographiques. 

Après le Cimzia et le Vimpat, quel pourrait-être le prochain blockbuster?

On ne va pas se prononcer là-dessus, mais on peut dire que nous sommes bien équipés pour avoir une croissance durable. Notre stratégie est une stratégie d’innovation. Notre objectif est d’avoir des produits différenciés pour les patients afin d'apporter un plus par rapport à ce qui existe aujourd'hui.

Mais quelles sont les perspectives en termes de marché pour vos nouvelles molécules?  

En général, on attend le lancement des produits pour se positionner et communiquer une ambition. Nous avons six produits à lancer d’ici 2025, et même potentiellement sept avec l’acquisition de Ra Pharma. Nous en avons déjà lancé deux en 2019: Evenity dans l’ostéoporose et Nayzilam pour les crises convulsives. En Europe, Evenity sera lancé d’abord en Allemagne. Avec la vague de produits qui vont arriver, nous avons avec ce portefeuille de quoi être confiants dans la capacité de croissance à long terme, malgré les pertes de brevets. Tous ces produits ont un potentiel important. Ils sont sur des marchés où il y a encore des besoins médicaux importants.

Où en êtes-vous précisément dans la procédure de rachat de Ra Pharma?

Les phrases clés

"Nous sommes bien équipés pour avoir une croissance durable." 

"Pour nous, la Chine est un petit marché. Les marchés principaux sont les États-Unis, l’Europe et le Japon."

"On ne bouge pas les centres de recherche au gré des décisions ou de changements politiques."


Pour Ra Pharma, nous sommes dans la phase de clôture du deal avec la Federal Trade Commission (FTC) puisqu’il s’agit d’une société américaine basée à Boston. Nous sommes confiants que cela se fera avant la fin du premier trimestre. Ce deal est intéressant pour plusieurs raisons. D’abord, c’est une société qui a un produit en phase III dans la myasthénie, une indication que nous avons aussi avec le rozanolixizumab. Mais c’est un mécanisme d’action différent et complémentaire. C’est aussi un produit qui peut être utilisé dans plusieurs indications. C’est presque un pipeline dans un produit. Ra Pharma a pu mettre en place ce produit sur la base d’une nouvelle technologie. C’est une plateforme de recherche complémentaire à celle que nous avons.

N’avez-vous pas payé Ra Pharma fort cher, comme certains analystes l’ont écrit?

C’est une question très très difficile. Chaque fois que vous mettez de l’argent pour payer quelque chose, il y a toujours des gens qui diront que vous l’avez payé trop cher. De leur côté, les actionnaires du vendeur vont dire que vous ne l’avez pas payé assez cher… Je pense que c’est une juste valeur pour la force et la solidité de la structure que l’on a achetée. Quand je regarde ce qui existe sur le marché, je dirais qu’on est plutôt du bon côté par rapport à certaines références et ce que d’autres mettent sur la table. Peut-être que la meilleure réponse à cette question, ce sera dans le futur, quand la plateforme produira, que le produit sera sur le marché et sera un succès.

Quelles sont les perspectives à plus long terme?

Pour la croissance à long terme, nous restons confiants, fort de cette bonne année 2019, de cette capacité à continuer à investir et à regarder à l’extérieur pour renforcer UCB. Nous avons en particulier décidé de renforcer notre outil interne de production, puisque nous allons investir d'ici 2024 à Braine-l’Alleud. Ce qui devrait donner la possibilité de recruter environ 150 personnes sur le site.

"On regarde partout dans le monde, y compris en Belgique."

Quel est l’impact du coronavirus sur UCB?

Globalement, en ce qui nous concerne, la situation est pour le moment sous contrôle. Concernant l’impact potentiel sur les sources de production, nous avons relativement peu d’ingrédients qui viennent de Chine. Nous avons aussi une stratégie de double source pour nos approvisionnements de principes actifs et d’ingrédients. Concernant la situation de nos employés en Chine, pour le moment nous n’avons pas de problème particulier. Le deuxième élément, c’est comment assurer que les patients qui sont actuellement traités avec les produits UCB puissent avoir une continuité de soins. On travaille là-dessus avec les autorités chinoises. Le troisième élément est l’impact à moyen et long terme. Mais, pour nous, la Chine est un petit marché. Les marchés principaux sont les États-Unis, l’Europe et le Japon. Nous avons en Chine un site de production dans le sud et on emploie un peu plus de 400 personnes dans le pays.

Est-ce qu'UCB pourrait s'intéresser à des sociétés en Belgique, où le secteur biotechnologique est très dynamique?

La Belgique a considéré la biotechnologie comme une priorité stratégique depuis plusieurs décennies et on voit aujourd'hui le résultat. Ce choix stratégique a été extrêmement pertinent. En ce qui concerne les choix et les objectifs d'UCB, les critères que l’on regarde, c’est la complémentarité des plateformes stratégiques par rapport aux nôtres. Le deuxième élément, c’est le fait de regarder s’il s’agit de produits complémentaires et qui ne nécessitent pas des investissements en infrastructure trop importants. Avec ces critères, on regarde partout dans le monde, y compris en Belgique.

Quel est l’impact du Brexit pour UCB? 

On est sur des cycles longs. On investit sur des gens, sur de la qualité. Un de nos centres stratégiques de recherche est à Slough. C’est un héritage de l’acquisition de Celltech en 2004. Il est important pour nous de maintenir la qualité de ce centre. On ne bouge pas les centres de recherche au gré des décisions ou de changements politiques. En ce qui concerne le Brexit en particulier, c’est maintenant que cela va se passer. Il y a eu la décision de sortie, qui est devenue effective. Mais rien ne change pour le moment. Nous sommes dans la période de transition et ce sont les nouveaux accords qui vont être critiques.  

UCB franchira le seuil des 5 milliards de chiffre d'affaires en 2020

Comme il l’avait annoncé récemment, UCB a enregistré en 2019 une croissance supérieure à ses prévisions initiales en signant un chiffre d’affaires de 4,9 milliards d’euros, en progression de 6% par rapport à 2018. La rentabilité sous-jacente (Ebitda récurrent) s’est élevée à 1,4 milliard (+2%), soit 29,1% du chiffre d’affaires. À taux de change constant, l’augmentation de l’Ebitda récurrent est même de 11%. Du côté du bénéfice net, le résultat s’est élevé à 817 millions, contre 823 millions en 2018.

C’est la croissance à deux chiffres des principales franchises d'UCB (l'immunologie et l’épilepsie) qui a soutenu les ventes nettes (4,7 milliards). Les deux produits phares du groupe cotés à Bruxelles, à savoir le Cimzia, un traitement de la polyarthrite rhumatoïde et d’autres maladies, et l'anti-épileptique Vimpat ont une nouvelle fois soutenu sa croissance. Le Cimzia a enregistré une nouvelle augmentation des ventes nettes, à plus de 1,7 milliard. Le dividende brut proposé est de 1,24 euro par action (+2%). Pour 2020, UCB prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de l'ordre de 5,05 à 5,15 milliards.

 

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