L'activité de l'IRE à Fleurus menacée

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La Cour des comptes s’inquiète du problème d’évacuation des déchets radioactifs de l’IRE, à Fleurus. "L’accumulation des matières irradiées sur le site de Fleurus risque de mettre en péril la continuité de l’exploitation", affirme-t-elle.

L’IRE (Institut des radioéléments), basé à Fleurus, joue un rôle clé en matière d’isotopes médicaux: après transformation de la matière première par le SCK-CEN de Mol, il assure en effet 25% de la production mondiale du molybdène-99, un produit phare en médecine nucléaire, grâce auquel on peut réaliser des examens du cerveau, du foie ou des os. Mais à en croire la Cour des comptes, la continuité de ses activités est menacée. L’information, publiée dans le 175e cahier d’observations remis mi-novembre à la Chambre, est passée quasiment inaperçue.

La capacité physique de stockage a été atteinte, et la limite légale de détention de ce type de matières sur le site de Fleurus a dû faire l’objet de plusieurs dérogations.

Le problème? Depuis la création de l’IRE en 1971, les matières irradiées n’ont quasiment jamais été évacuées du site de Fleurus. Résultat: la capacité physique de stockage a été atteinte, et la limite légale de détention de ce type de matières sur le site de Fleurus a dû faire l’objet de plusieurs dérogations du gendarme du nucléaire, l’AFCN.

L’IRE a obtenu l’autorisation d’augmenter temporairement sa capacité physique de stockage, en achetant quatre containers spéciaux, à 750.000 euros pièce. Deux sont déjà remplis et se trouvent sur le site de Fleurus, dans l’attente de leur évacuation, explique la Cour des comptes.

Ces containers contiennent de l’uranium irradié, issu du processus de production des radio-isotopes. Depuis 2012, l’IRE cherche une solution structurelle à l’accumulation de ces résidus sur son site. Il a étudié plusieurs pistes, et retenu celle du projet Recumo: il les enverrait au SCK-CEN, à Mol, qui les purifierait pour les réutiliser pour la production de radio-isotopes ou comme combustible pour des réacteurs de recherche. Mais ce projet est toujours en développement.

"Nous attendons toujours les résultats des enquêtes publiques de plusieurs communes."
AFCN

De quels volumes de déchets parle-t-on? L’IRE se refuse à répondre à la question, affirmant qu’il s’agit d’une information hautement confidentielle. Mais il se veut rassurant. "En ce qui concerne la capacité physique d’entreposage, il n’y a aucun problème jusqu’en 2021, indique Bérénice Pignol, chargée de la communication à l’IRE. Par contre, la capacité administrative autorisée par l’AFCN sera atteinte fin 2019, si ces containers ne sont pas évacués."

C’est la raison pour laquelle l’IRE a demandé à l’AFCN une augmentation de la quantité de matières irradiées actuellement autorisée sur son site de Fleurus. "Après analyse approfondie, notre conseil scientifique a donné une évaluation positive à la demande le 14 septembre dernier", indique l’AFCN. Mais le dossier a été transmis pour avis aux 8 communes situées dans un rayon de 5 kilomètres autour de l’IRE. "Nous attendons toujours les résultats des enquêtes publiques de plusieurs communes", ajoute l’AFCN.

Une fois le dossier complet, il devra encore être transmis à la province pour avis, avant que le conseil scientifique de l’AFCN ne délibère à nouveau. La décision finale devra être prise par arrêté royal, ce qui permettra à l’IRE de gagner du temps.

La solution tarde

Mais concernant Recumo, aucun dossier d’autorisation n’a encore été déposé. Et la Cour des comptes n’est pas optimiste. "La mise en œuvre de ce projet risque d’être retardée, car les Etats-Unis, qui fournissent la matière première à l’IRE, s’opposent à la revente des produits transformés sur le sol belge", indique-t-elle.

"L’absence de solution structurelle génère un risque majeur pour l’IRE, qui pourrait l’obliger à cesser ses activités."
La Cour des comptes

C’est la raison pour laquelle elle craint que l’accumulation des matières irradiées à Fleurus ne mette en péril la continuité de l’exploitation. "L’absence de solution structurelle génère un risque majeur pour l’IRE, qui pourrait l’obliger à cesser ses activités jusqu’à l’évacuation des déchets", estime-t-elle. Cela risquerait de déstabiliser tout le marché mondial des radio-isotopes médicaux.

À Fleurus, encore une fois, on tempère. "Tant qu’il n’y a pas de site prêt à accueillir ces containers, l’AFCN devrait nous accorder une augmentation des capacités. Nous sommes assez sereins", affirme Bérénice Pignol. Le projet Recumo aurai tnon seulement le soutien des autorités belges, mais aussi celui des Etats-Unis, nous revient-il, parce qu’il diminue le risque de prolifération dans le monde. Reste à le concrétiser.

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