analyse

L'aventure Mithra peut-elle se poursuivre sans François Fornieri?

Parmi les plans de Mithra pour les prochaines années figure l'extension du site de Flémalle. ©BELGA

2021 doit marquer la consécration de la société biopharmaceutique liégeoise, avec l'arrivée de la pilule Estelle. Le départ de son CEO ne devrait pas bouleverser les prochaines échéances.

Fornieri, c’est Mithra. Et Mithra, c’est Fornieri. Depuis deux décennies, le bouillant chef d'entreprise liégeois, rattrapé aujourd'hui par les affaires de la galaxie Nethys, incarne la société qu'il a créée en 1999 avec le professeur Jean-Michel Foidart (ULiège). François Fornieri, qui avait commencé sa carrière chez Sanofi puis chez Bayer Schering, reste d'ailleurs le principal actionnaire de la spin-off de l'université de Liège, qui fut lancée pour développer et commercialiser une gamme de produits OTC (vendus sans prescription) dans le domaine de l'hygiène féminine.

Pour Mithra, le remplacement de François Fornieri intervient à un moment clé de son histoire.

D'où une question légitime: l'aventure Mithra peut-elle continuer sans anicroche avec son CEO-fondateur sur la touche, même temporairement? Au sein de l'entreprise, on indiquait ce vendredi que "tout va bien", en dépit du choc de la veille. "Les activités opérationnelles se poursuivent. Tout est mis en place pour aller de l'avant", a-t-on fait valoir au service communication de Mithra. "Le conseil d'administration a réagi vite et de façon adéquate en nommant Christophe Maréchal comme CEO ad interim. Il possède toutes les connaissances sur l'entreprise, que ce soit avec les équipes, les banques, les investisseurs ou avec le réseau international."

Un produit développé en interne

Pour Mithra, le remplacement de François Fornieri intervient à un moment clé de son histoire: la société biopharmaceutique attend d’ici la fin du premier semestre le feu vert des autorités réglementaires européennes et américaines pour la pilule de nouvelle génération Estelle. Une autorisation de mise sur le marché qui doit marquer le début de la carrière commerciale de ce contraceptif, le premier produit développé en interne par Mithra qui, jusqu’alors, distribuait des produits génériques fabriqués par des sous-traitants.

"François Fornieri est très bien entouré, qu'il s'agisse de la R&D ou des développements cliniques."
Un connaisseur de Mithra

La pilule Estelle, que François Fornieri aime à présenter comme un possible blockbuster (soit un médicament qui rapporte plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires), est basée sur l'œstrogène naturel estétrol. Une molécule qui est aussi le principe actif de deux autres produits candidats en cours de développement: le Donesta, contre les effets néfastes de la ménopause, et le PeriNesta, pour la périménopause. Véritable plateforme, l’estétrol est par ailleurs évalué dans un programme sur la neuroprotection chez le nourrisson et même comme traitement d'appoint contre le Covid.

"Il n'y a pas d'inquiétude pour tous ces développements", assure un connaisseur de la société. "François Fornieri est très bien entouré, qu'il s'agisse de la R&D, des développements cliniques et de la production. Et la commercialisation des nouveaux produits est assurée par des partenaires dans le monde. Il est d'ailleurs moins un chef d'équipe que celui qui est chargé de vendre la société auprès des grands groupes et des investisseurs. En revanche, il est plus difficile d'évaluer l'impact de cet épisode en termes d'image sur la société."

Un nouveau conseil d'administration

Si Christophe Maréchal semble avoir la carrure pour assurer la direction de l'entreprise, le conseil d'administration devra sans doute s'impliquer davantage dans la gouvernance. Un board qui est en passe d'être renouvelé alors que Mithra s'apprête à passer du statut de société de biotechnologie axée sur la R&D à celui d'entreprise pharmaceutique assurant la commercialisation de plusieurs produits.

L'homme d'affaires flamand Marc Coucke a déjà quitté le conseil et sa présidence, mais il reste actionnaire.

L'homme d'affaires flamand Marc Coucke a déjà quitté le conseil et sa présidence, mais il reste actionnaire. Il a été remplacé ad interim par Patricia van Dijck, directrice Market Access & Public Affairs chez GSK.  À l'issue de la prochaine assemblée fin mai, c'est Ajit Shetty qui prendra le relais à la tête du CA. Ce dernier a occupé une fonction similaire chez Janssen Pharmaceutica et a dirigé la chaîne d'approvisionnement mondiale de Johnson & Johnson, la maison mère de Janssen. Déjà administrateur, Ajit Shetty est bien introduit dans les milieux pharmaceutiques alors que Mithra doit aller à la rencontre de poids lourds pour conclure d'autres accords de licence.

Jean Stéphenne va-t-il venir?

Sur les 9 membres du nouveau conseil d'administration, cinq sont étiquetés comme indépendants: outre Ajit Shetty et Patricia van Dijck, on retrouve Eric Van Den Eynde, CEO sortant d’ING Belgique; Koen Hoffman, CEO de Value Square; et Stijn Van Rompay, CEO d'Hyloris. Gaëtan Servais restera le représentant de Noshaq (qui détient 14%) au sein du CA, où siègeront à nouveau Jean-Michel Foidart, François Fornieri et Christian Moretti (ex-CEO de PCAS Biosolution).

Un peu plus tard viendra un autre renfort de taille: Jean Stéphenne. L'ancien patron de GSK Biologicals devrait venir ajouter son expertise dès mi-2021 en fonction de sa mission prioritaire chez CureVac. Son arrivée pourrait constituer un signal fort.

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