L'écosystème biotech wallon séduit le champion français Graftys

©Graftys

Société innovante dans les ciments osseux synthétiques, Graftys a récolté 4,1 millions d’euros auprès de quatre investisseurs et a établi ses nouveaux quartiers généraux à Gosselies, avec un CEO made in Belgium.

Graftys, une société biotechnologique innovante dans le créneau des biomatériaux, vient de lever 4,1 millions d’euros auprès de trois investisseurs belges et d’un français. Côté belge, ce sont Innovation Fund, Noshaq (ex-Meusinvest) et The Club Deal qui ont mis la main au portefeuille. Côté français, c’est Ouest Ventures III, un fonds géré par Go Capital, qui y a participé. L’opération s’accompagne d’une réorganisation en profondeur de la société: créée en 2005 à Aix-en-Provence, Graftys a progressivement pris l’accent belge, et même wallon, puisque désormais, son siège social est établi à Gosselies. À sa tête, on trouve Enrico Bastianelli, l’ancien CEO de Bone Therapeutics, la biotech belge spécialisée dans la reconstitution de tissus osseux au départ de cellules souches. Avec Graftys, il reste en pays de connaissance…

"Il ne s’agit pas à proprement parler du transfert d’une biotech française en Belgique, nuance Enrico Bastianelli qui est entré dans la société en 2017. Il s’agit plutôt d’une structuration fondée sur les meilleures compétences en France et en Belgique. L’unité d’Aix jouit d’une forte compétence dans la production de vrac et distribue déjà nos produits dans de nombreux pays. Nous allons conserver ces activités là-bas. Nous allons parallèlement profiter de l’écosystème biotechnologique wallon, que je connais bien et qui est très qualitatif."

Trois étages

Graftys Belgique sera la maison mère. Elle abritera la direction, ainsi que les développements "après clinique" qu’elle répartira entre Gosselies et Liège. Graftys France deviendra sa filiale et continuera d’assurer la production de base. S’ajoutera un troisième étage à l’édifice, qui sera logé à Nantes et qui accueillera le gros de la recherche. Il faut savoir que la société a inventé ses produits avec l’aide du professeur Jean-Michel Bouler, du Ceisam, un centre de recherche réputé en chimie moléculaire qui s’appuie à la fois sur l’Université de Nantes et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle a mis au point une gamme de ciments osseux synthétiques résorbables. Constitué de substituts osseux à base de phosphate de calcium, chacun de ces ciments est injecté à l’aide d’une seringue au cœur de l’os à réparer. D’abord liquide, le ciment libère son principe actif dans la partie abîmée de l’os. Il durcit rapidement, puis sera progressivement résorbé pour laisser la place à un os reconstitué. Deux de ces produits ont été autorisés dans des méga marchés comme les Etats-Unis, l’Australie ou le Canada. Graftys, qui a déposé plusieurs brevets mondiaux, les commercialise actuellement dans un peu plus de vingt pays.

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Mettre le turbo sur les ventes

La société a commencé à vendre ses ciments en 2009-2010. Il semble qu’elle soit arrivée à un tournant: la commercialisation plafonnait quelque peu. De 2010 à 2018, Graftys a généré 28 millions d’euros de chiffre d’affaires. En clair, l’arrivée d’Enrico Bastianelli à sa tête et le transfert partiel en Wallonie doivent s’accompagner d’une redynamisation. "Nous allons travailler sur deux axes, précise le CEO: améliorer la gamme existante en développant de nouvelles propriétés et de nouveaux conditionnements, et faire avancer les nouveaux produits que nous avons dans le pipeline pour créer davantage de valeur."

4,1 mios €
Graftys vient de récolter 4,1 millions d’euros auprès de 4 fonds d’investissement.

Au plan commercial, la stratégie prévoit d’élargir la distribution à de nouvelles géographies. Graftys reste par exemple absente des marchés asiatiques: la nouvelle direction a inscrit la Chine et le Japon sur son tableau de bord, de même que les pays de la péninsule arabique et l’Inde. Elle entend aussi améliorer sa couverture européenne, entre autres en attaquant le marché scandinave. L’expansion projetée nécessitera un effort du côté des ressources humaines. Graftys emploie 19 personnes aujourd’hui, un nombre qui devrait au moins doubler d’ici trois à quatre ans.

Les produits sont innovants, le potentiel sur les marchés de la chirurgie orthopédique semble très prometteur. Reste à voir si malgré tout, Graftys doit se confronter à des concurrents? "Il en existe trois ou quatre, répond Enrico Bastianelli. L’un d’eux est coté à Stockholm, en Suède: il propose un ciment osseux quelque peu différent au niveau de sa structure. Nos ciments se distinguent notamment par le fait qu’ils sont très faciles à injecter et qu’ils nécessitent un temps de prise réduit. Ils bénéficient en outre de propriétés intéressantes, telles que leur insolubilité dans l’eau. Aux Etats-Unis, opèrent un concurrent qui propose un ciment de première génération, moins résorbable, et un autre rival plus important. Mais globalement, la concurrence sur ce marché est limitée et tous nos ciments sont brevetés."

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2018 a été une année record pour les investissements dans les biotechs belges. Mais resterons-nous longtemps des champions mondiaux? Quels sont les prochains Mithra, argenx, Galapagos? Notre enseignement est-il suffisant pour affronter les futurs défis? Quelles sont les astuces à connaître avant d’investir dans ce secteur? Le point dans notre dossier en ligne.


 

Capital partagé

Suite à la levée de fonds, le capital de Graftys se répartit entre les quatre nouveaux investisseurs et les actionnaires historiques, dont les fondateurs de 2005, réunis au sein de la Financière Viveris, à Paris. Parmi les nouveaux, on a appris qu’Innovation Fund avait investi 1,1 million d’euros pour acquérir une participation de 8,7% et que Noshaq avait souscrit 8%, soit environ un million d’euros. The Club Deal et Go Capital se partagent donc les 2 millions restants. Précisons que le CEO a aussi acheté quelques actions et qu’aucun actionnaire n’a de part prépondérante.

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