L'entreprise liégeoise Kaneka Eurogentec va produire le vaccin anti-Covid de l'américain Inovio

Kaneka Eurogentec vient de lancer une nouvelle unité de production d'ADN plasmidique sur son site du Sart-Tilman. ©Eurogentec

L'entreprise liégeoise va fabriquer le principe actif du vaccin contre le Covid-19 de la biotech américaine Inovio. D'autres partenariats devraient suivre, qui entraîneront au total la création de 80 emplois.

La liste des sociétés belges contribuant à la production de vaccins contre le nouveau coronavirus continue de s’allonger: l’entreprise liégeoise Kaneka Eurogentec, active dans la sous-traitance pharmaceutique, va fabriquer le principe actif du vaccin contre le Covid-19 de la biotech américaine Inovio, actuellement en phase 2/3 d’essais cliniques. Kaneka Eurogentec, qui est par ailleurs en pourparlers avec d’autres entreprises biopharmaceutiques, prévoit de recruter jusqu'à 80 nouveaux collaborateurs pour soutenir les activités de production liées aux vaccins Covid-19.

Inovio est la première société à approcher du but avec un vaccin ADN contre le Covid-19.

Cotée sur le Nasdaq, Inovio Pharmaceuticals a développé un vaccin appelé INO-4800 en se basant sur la technologie novatrice de l’ADN, qui consiste à injecter dans l'organisme un code génétique ADN, fabriqué en laboratoire, afin de déclencher une réponse immunitaire spécifique contre le coronavirus. La biotech de Pennsylvanie, dont les travaux sur le Covid-19 sont financés en partie par le ministère américain de la Défense, est la première société à approcher du but avec un vaccin ADN contre le Covid-19. Pour l’heure, aucun vaccin à ADN n’est autorisé chez l’humain. Inovio accuse par contre quelques mois de retard par rapport aux projets menés par les sociétés qui ont opté pour l’ARN messager.

Un leader mondial

Spin-off de l'Université de Liège créée il y a plus de 30 ans, Eurogentec a été reprise par le Japonais Kaneka en 2010. Grâce à des choix posés il y a une quinzaine d’années, elle est devenue le leader mondial de la biofabrication d'ADN plasmidique utilisé dans les thérapies géniques et cellulaires. Une substance active fort prisée actuellement par les fabricants de vaccins et de traitements qui ont opté pour la voie de l’ADN, mais qui sert aussi de matière première pour ceux qui utilisent l’ARN messager et même les vecteurs viraux. 

2.200
litres
La nouvelle installation intègre notamment un tout nouveau fermenteur de 2.200 litres permettant d'obtenir de grands volumes de vaccin.

Kaneka Eurogentec sera un membre essentiel du consortium mondial de fabrication créé par Inovio. "Nous avons reçu en avril la souche contenant l’ADN qui correspond à la spike protéine du virus et nous avons commencé de suite à développer le procédé de production", explique Lieven Janssens, président et CEO de Kaneka Eurogentec. "La nouvelle unité de production a été homologuée par l’AFMPS (agence fédérale des médicaments et des produits de santé, NDLR) en août et nous sommes prêts à fabriquer. L'installation intègre notamment un tout nouveau fermenteur de 2.200 litres permettant d'obtenir de grands volumes de vaccin. Le principe actif sera ensuite mélangé à d’autres substances pour faciliter l’absorption dans le corps. Un autre sous-traitant mettra tout cela dans des fioles."

Un vaccin stable

Le vaccin ADN d’Inovio est administré par un appareil ressemblant à une brosse à dents électrique, appelé Cellectra, qui envoie une mini-impulsion électrique permettant à l’ADN de pénétrer les cellules du corps et d’y remplir sa mission. Si le procédé peut sembler un rien plus compliqué qu’une injection classique, le INO-4.800  est par contre le seul vaccin ADN stable à température ambiante pendant plus d’un an. Il n’a pas besoin d’être congelé pour le transport ou pour être stocké. C’est un avantage pour vacciner dans les pays en développement, où la chaîne du froid est plus complexe à respecter.

Lieven Janssens, President et CEO de Kaneka Eurogentec.

"Scientifiquement, cela n’a pas de sens de dire que l’ADN ou l’ARN messager puissent être intégrés dans le génome humain."
Lieven Janssens
Président et CEO de Kaneka Eurogentec

Question: la technologie ADN ne risque-t-elle pas de susciter des craintes supplémentaires de la part de ceux qui restent méfiants par rapport aux vaccins ? "Scientifiquement, cela n’a pas de sens de dire que l’ADN ou l’ARN messager puissent être intégrés dans le génome humain. Le procédé ADN est très sûr. Il a déjà été testé depuis des années dans 15 études cliniques par Inovio. Aucune problématique de ce type n’a jamais été observée", rétorque Lieven Janssens.

Inovio compte 15 programmes cliniques de médicaments à base d'ADN en cours de développement, axés sur les maladies liées au HPV, le cancer et les maladies infectieuses, y compris les coronavirus. Ils avaient été en phase 2 d’étude clinique pour le MERS, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient. Il a donc été très facile pour eux de remplacer l’ADN du MERS par celui du Covid-19. Le vaccin d’Inovio donne par ailleurs une immunité avec les anticorps, mais aussi cellulaire, laquelle est importante pour la durée dans le temps et contre les éventuelles mutations du vaccin.

Des discussions avec d'autres fabricants

Les nouvelles thérapies par ADN et ARN messager pourraient révolutionner de nombreux traitements contre les pandémies, les maladies orphelines ou les cancers.

Selon Lieven Janssens, l’accord conclu avec Inovio n’est pas le seul estampillé "Covid-19". L’entreprise liégeoise travaille en effet également avec une société japonaise, Anges, qui est déjà cliente chez Eurogentec pour d’autres traitements, mais qui est aussi impliquée dans le développement de vaccins. "Et nous avons déjà fabriqué cet été de l’ADN plasmidique comme matière première pour des lots cliniques de vaccins Covid-19 d’autres sociétés. Enfin, nous sommes en discussion avec d’autres fabricants de vaccins contre le nouveau coronavirus", indique encore le CEO. "Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de sociétés dans le monde qui travaillent sur un aussi grand nombre de vaccins que nous."

Kaneka Eurogentec a connu un important développement ces quinze dernières années. La société a investi il y a trois ans 40 millions dans l'extension de son site au Sart-Tilman, ce qui a fait passer ses effectifs à 355 collaborateurs à Liège.  Des chiffres qui devraient donc encore augmenter avec l’activité liée au Covid-19. L’avenir de l'entreprise est d’autant plus assuré que les nouvelles thérapies par ADN et ARN messager, qui sont aux portes du marché, pourraient révolutionner de nombreux traitements contre les pandémies, les maladies orphelines ou les cancers.

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