La Belgique découvre l'origine de l'agressivité et de la résistance de certains cancers

Cédric Blanpain, chercheur de l'ULB a été primé l'an dernier pour son travail sur les cellules souches ©Tim Dirven

Nouvelle découverte mondiale belge dans la lutte contre le cancer. Des chercheurs de l’ULB découvrent l’influence des caractéristiques de la cellule à l’origine des cancers sur le développement futur de ceux-ci.

Dans une nouvelle étude parue dans la revue américaine "Cell Stem Cell", des chercheurs de l’Université libre de Bruxelles démontrent l’influence cruciale de la cellule à l’origine des cancers sur les capacités de migration et le niveau d’agressivité des tumeurs. "C’était très surprenant et fascinant de se rendre compte pour la première fois, qu’avant même le développement des tumeurs, les caractéristiques moléculaires de leur cellule d’origine orienteraient à ce point leur devenir et leur agressivité", a déclaré Mathilde Latil, première auteure de cette étude.

Il s’agit là d’une première mondiale qui fait honneur au travail de quatre années de l’équipe du Docteur Cédric Blanpain, professeur à l’Université libre de Bruxelles, Welbio, Interdisciplinary Research Institute (IRIBHM).

"C’est une approche génétique qui peut être utilisée pour d’autres cancers que celui de la peau donné en exemple dans l’étude. On en est encore au stade de la recherche fondamentale, mais il y aura des développements cliniques à l’avenir."
Docteur Cédric Blanpain
Professeur à l'ULB

La faute à la cellule d’origine

Pour résumer, voici la question que les scientifiques se sont posées: "On sait que certaines tumeurs effectuent cette transition et d’autres pas. Ce phénomène serait-il en lien direct avec la cellule d’origine du cancer?" Jusqu’ici, cette possibilité n’avait jamais été étudiée.

"On savait évidemment depuis longtemps qu’il existe des cancers plus agressifs que d’autres. On savait également que cela était déterminé par un phénomène cellulaire appelé transition épithélio-mésenchymateuse (TEM). Lors de cette phase, les cellules passent d’un état à un autre ; de cellules épithéliales (NDLR: associées les unes aux autres), elles deviennent des cellules mésenchymateuses, plus invasives, avec un plus haut potentiel métastatique et des propriétés migratoires importantes", explique le Docteur Blanpain. Selon ses recherches et celles de son équipe, cette transition épithelio-mésenchymateuse, synonyme de "mauvais pronostic", est influencée directement par la cellule à l’origine des cancers.

©Saskia Vanderstichele

Ces dernières années, les chercheurs de l’équipe du Docteur Blanpain, menés par le Docteur Mathilde Latil, ont donc étudié cette hypothèse, en prenant pour base le second cancer de la peau le plus courant; le carcinome spinocellulaire cutané. Ils ont ainsi remarqué, dans ce cas particulier, que les cancers se développant à partir de cellules formant la barrière cutanée étaient de type épithéliaux, autrement dit,  bien différenciés et peu invasifs. Par contre, les cancers qui se développaient à partir du follicule pileux effectuaient cette fameuse transition épithélio-mésenchymateuse.

Ce que cela démontre? Qu’au sein d’un même tissu, certaines cellules peuvent donner des cancers beaucoup plus agressifs et conduisent à l’apparition de métastases alors que d’autres cellules donnent lieu à des cancers moins invasifs et répondant mieux aux traitements. D’où l’importance de l’origine des cancers dans leur développement futur et leur niveau d’agressivité. L’expression des gènes et les caractéristiques épigénétiques de la cellule à l’origine orientent les cellules à se développer soit en tumeurs bien différenciées, soit en tumeurs invasives caractérisées par une transition épithélio-mésenchymateuses.

Et concrètement? "L’identification de ces réseaux génétiques qui contrôlent les différentes caractéristiques tumorales est primordiale pour développer de nouvelles stratégies qui permettront de bloquer le développement des cancers et la transition épithélio-mésenchymateuse, ce qui permettrait d’améliorer la réponse des cancers aux traitements et de diminuer l’apparition de métastases", explique le Pr Blanpain, qui ajoute: "C’est une approche génétique qui peut être utilisée pour d’autres cancers que celui de la peau donné en exemple dans l’étude. On en est encore au stade de la recherche fondamentale, mais il y aura des développements cliniques à l’avenir."

Il y a tout juste un an (lire L’Echo du 30 novembre 2015), le Dr Blanpain, spécialiste reconnu dans l’étude des processus cellulaires en action dans les cancers, recevait l’un des prix scientifiques quinquennaux du FNRS. En 2012, la revue 'Nature' le classait parmi les 10 scientifiques "qui comptent".

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