La Belgique pourra disposer d'une capacité de tests inégalée grâce à l'ULiège

Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche à l'ULiège, table sur des tests nettement moins chers avec la nouvelle méthode.

L'Université de Liège estime pouvoir mettre en place à elle seule une capacité automatisée de 50.000 à 60.000 tests par jour, sur la base d'une filière d'approvisionnement wallonne. De quoi éviter un nouveau confinement en cas de deuxième vague.

Une deuxième vague de contaminations au Covid-19 n’étant pas à exclure, que pourrait-on faire pour éviter un reconfinement général? Un des outils qui a manqué au début de la crise du coronavirus, c’est la capacité de tester massivement la population. Un épisode aujourd’hui oublié, puisque la Belgique a non seulement mis en place une capacité de test de dépistage du Sars-CoV-2 qui est l’une des plus importantes au monde, mais bénéficie de surcroît d’une maîtrise complète de toute la chaîne d’approvisionnement.

Mais on pourrait encore aller – beaucoup – plus loin. L’Université de Liège (ULiège), qui a déjà créé une méthode automatisée de test de dépistage et sécurisé l’approvisionnement des réactifs, a travaillé sur une évolution de son dispositif. Objectif: une capacité potentielle à Liège, d’ici septembre, de 50.000 à 60.000 tests de dépistage par jour, qui sera utilisée en septembre lors de la rentrée académique. Un niveau sans égal dans le monde, qui permettrait de tester régulièrement – au moins une fois par mois – la population de Wallonie, de monitorer la circulation du virus et d’empêcher un reconfinement général en cas de deuxième vague. Avec un second centre en Flandre utilisant cette méthode, ce serait tout le pays qui serait couvert sans problème.

Inactivation du virus

Cette méthode de démultiplication du nombre de tests repose sur une simplification et une rationalisation de toutes les étapes. Le prélèvement ne sera plus naso-pharyngé avec un écouvillon, comme aujourd’hui, mais reposera sur un échantillon de salive déposé, dans un tube adapté, par la personne testée. Plus besoin donc de personnel qualifié. "Il a été démontré que la salive n’est pas très loin du liquide naso-pharyngé pour la détection, on peut s’en satisfaire", explique le professeur Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche de l’ULiège.

"La salive n’est pas très loin du liquide naso-pharyngé pour la détection, on peut s’en satisfaire."
Fabrice Bureau
Vice-recteur à la recherche à l'ULiège

Ce kit d'autoprélèvement permettra dans le même temps, grâce à un liquide dédié qui sera délivré dès que le tube sera refermé, de simplifier également l’étape de l’inactivation du virus. "Actuellement, ces prélèvements sont inactivés un par un par des opérateurs spécialisés dans des labos de niveau de sécurité P2 ou P3. Cela demande du personnel car c’est une étape dangereuse", poursuit Fabrice Bureau. 

Pooling des échantillons

Plus loin dans la chaîne, ce sont des machines automatisées qui vont ouvrir les tubes et les transférer vers les boîtes pour l’étape d’extraction de l’ARN viral. Enfin, chaque puits de ces mêmes boîtes contiendra 8 échantillons au lieu d’un seul, ce qui permettra là aussi d’en traiter davantage à la fois. "Statistiquement, la plupart des individus seront négatifs. Si un cas positif est repéré, un nouveau test sera réalisé sur les huit prélèvements pour déterminer quelle personne est infectée", précise encore Fabrice Bureau.

Au final, cette nouvelle méthode permettra non seulement de démultiplier la capacité de tests, mais également d'abaisser les coûts. "On sera largement en dessous des tarifs que l’on paie aux laboratoires médicaux", se félicite Fabrice Bureau. Un test PCR complet de laboratoire remboursé par l’Inami est à 48 euros; ceux des centres agréés par la plateforme fédérale sont facturés à 28 euros. La nouvelle génération de tests de l’ULiège permettrait de diviser le coût par un facteur 5 par rapport aux labos, espèrent les promoteurs du projet. 

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La nouvelle génération de tests de l’ULiège permettrait de diviser le coût des tests labos par un facteur 5.

Reste une question: les autorités fédérales, qui se sont montrées extrêmement prudentes pour prendre certaines décisions, seront-elles séduites par l'initiative? "Nous sommes déjà en contact avec le gouvernement pour leur expliquer que c’est une voie à suivre. Ils nous ont promis un retour avant la fin juin", conclut Fabrice Bureau. "Mais ils sont tous intéressés. Il faut rappeler non seulement que la Belgique est déjà en tête pour le nombre de tests par million d'habitants, mais que nous sommes le seul endroit au monde où on a la mainmise sur tous les éléments du testing."  

La Belgique est déjà en tête pour le nombre de tests par million d'habitants.

La nouvelle méthode repose elle aussi sur un apport fourni par des sociétés wallonnes. Le dispositif de tube et d’entonnoir est étudié avec le centre Sirris. Cela aboutira à une nouvelle collaboration pour la production, avec des partenaires wallons tels que HTP Europe à Mouscron, MTU à Evregnies ou Diagenode à Liège. 

L’université est déjà en contact avec le gouvernement pour leur expliquer que c’est une voie à suivre. Ils  nous ont  promis un retour avant la fin juin. " Nous sommes le seul endroit au monde où on a la mainmise sur tous les éléments du testing. On peut tout produire ici: les réactifs, les plastiques et les machines soit on les a déjà, soit il est facile de les commander.

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