La biotech EyeD Pharma lève 28 millions pour développer ses implants intra-oculaires

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La biotech liégeoise EyeD Pharma développe des implants intra-oculaires pour le traitement du glaucome. Plusieurs entrepreneurs renommés comme Gilles Samyn, François Blondel ou Denis Knoops ont participé au nouveau tour de financement.

C’est la deuxième plus importante levée de fonds dans la biotech wallonne depuis le début de l’année: la société biopharmaceutique liégeoise EyeD Pharma vient de lever 28 millions d’euros pour le développement et la production de ses systèmes innovants d’administration de médicaments par implant intra-oculaire. La jeune entreprise s’est fixée pour premier objectif de traiter le glaucome, une maladie oculaire frappant surtout les personnes de plus de 55 ans et susceptible de mener à une perte de vision.

EyeD Pharma a été fondée fin 2012 par le professeur Jean-Marie Rakic, chef du département ophtalmologie à l’hôpital universitaire de la Cité ardente, et le professeur Jean-Michel Foidart, cofondateur de Mithra.

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Le nouveau tour de financement d’un peu plus de 28 millions d’euros comprend une augmentation de capital de 8,2 millions d’euros.

À la création de la société, le capital a été apporté par les fondateurs, dont la famille Foidart, et par un groupe d’ophtalmologues. Ils ont été rejoints par d’autres investisseurs privés et par Noshaq (ex-Meusinvest) lors de deux augmentations de capital successives en 2016 et 2018, qui ont élevé le capital de l’entreprise à 5,1 millions d’euros.

Le nouveau tour de financement d’un peu plus de 28 millions d’euros comprend une augmentation de capital de 8,2 millions d’euros. Fund+, le plus important fonds belge consacré aux sciences de la vie, a pris le lead de ce tour, rejoint par le fonds Qbic II, l’un des plus grands fonds interuniversitaires de spin-offs d’Europe, de grandes familles belges et des entrepreneurs renommés comme Gilles Samyn, François Blondel ou Denis Knoops, déjà administrateur de EyeD Pharma depuis 2018.

Au-delà du capital, qui reste à plus de 90% dans des mains privées, EyeD Pharma a pu boucler des financements non dilutifs issus de la Région wallonne (DG06) et de prêts bancaires pour un montant total de 20 millions d’euros.

Perte de la vision

Traditionnellement, le glaucome est traité par l’administration quotidienne de gouttes oculaires, sans que malheureusement, cela ne permette, dans nombre de cas, de réduire la perte de vision. "Ce traitement médicamenteux est en effet très contraignant et accompagné d’effets secondaires locaux tels que des irritations de l’œil, explique Mélanie Mestdagt, CEO d’EyeD Pharma. Si le patient n’est pas traité ou s’il prend son traitement de manière irrégulière, le glaucome s’accompagne d’une dégénérescence irréversible du nerf optique, ce qui entraîne la perte de la vision."

Traditionnellement, le glaucome est traité par l’administration quotidienne de gouttes oculaires, sans que malheureusement, cela ne permette, dans nombre de cas, de réduire la perte de vision.

Le traitement sur lequel travaille EyeD Pharma est basé sur une philosophie différente: son implant intra-oculaire en polymère, de 300 microns de section et de moins d’un centimètre de diamètre, libère une quantité prédéterminée de médicament par jour et ce, jusqu’à trois ans. Il permet donc d’améliorer les résultats et de réduire les effets secondaires, selon EyeD.

Le dispositif médical est placé dans l’œil par une simple intervention chirurgicale rapide, comparable à celle de la cataracte. "Il ne bouscule pas les habitudes opératoires des ophtalmologues. Il n’y a déjà pas cette barrière à l’entrée. L’intervention chirurgicale prend dix minutes, en hôpital de jour. On fait une petite incision dans l’œil et on place le produit avec un injecteur, note Mélanie Mestdagt. Comme il s’agit d’une partie de la population qui doit très souvent être opérée pour la cataracte, il pourra s’agir d’une opération combinée."

Le médicament est basé sur des principes actifs existants libres de droits et ne doit donc pas être développé. En revanche, l’ensemble du dispositif s’apparente bel et bien à un médicament et non pas à un équipement médical.

Plus de la moitié des patients souffrant d’un glaucome prennent mal leur traitement.

"Le chemin réglementaire est donc différent, poursuit Mélanie Mestdagt. Le prototype est fini, nous sommes dans le modèle animal et nous rentrons dans les essais sur l’homme en 2020. On peut espérer mettre sur le marché les implants que nous développons pour le glaucome et l’hypertension oculaire en 2024. Nous développons deux implants dans cette indication car le principe actif qui est utilisé actuellement dans les gouttes peut varier suivant les choix du médecin en fonction du stade de la maladie. Il est important que le médecin ait le choix."

D’autres applications

Le glaucome est la deuxième cause de cécité dans le monde. Plus de la moitié des patients souffrant d’un glaucome prennent mal leur traitement. D’autres sociétés, comme le géant américain Allergan, se sont également attaquées au problème et travaillent eux aussi sur des dispositifs intra-oculaires à diffusion contrôlée.

"Cela nous garantit non seulement une crédibilité auprès des institutions financières, mais nous permet également de garder le contact avec les ophtalmologues."

La technologie développée par EyeD Pharma ouvre également la voie à différentes applications pour d’autres pathologies oculaires. "Très tôt on a eu envie de se diversifier pour réduire les risques. Nous avons également deux autres produits en développement, dont je ne peux pas encore parler", signale encore la CEO, qui précise que la société assurera elle-même la production de ses implants.

En vue de renforcer ses moyens financiers, EyeD Pharma assure également depuis 2018 une activité commerciale de distribution de matériel de chirurgie ophtalmologique. "Cela nous garantit non seulement une crédibilité auprès des institutions financières, mais nous permet également de garder le contact avec les ophtalmologues. C’est intéressant pour nous puisque, finalement, ce sont eux qui vont mettre le produit."

Implantée dans un des bâtiments du Giga (une structure originale de recherche en étroite collaboration avec le monde de l’entreprise) sur le site du CHU à Liège, EyeD Pharma compte aujourd’hui une trentaine de personnes. "En décembre 2016, nous étions quatre. Depuis janvier 2017, nous avons engagé en moyenne un nouveau collaborateur tous les mois. Il y a encore six postes ouverts. En juin, nous pourrons compter sur une équipe de 36 personnes", conclut Mélanie Mestdagt.

La levée de fonds de la biopharma liégeoise succède à celle réalisée il y a quelques semaines par Promethera (40 millions). Depuis le début de l’année, quelque 86,6 millions d’euros ont été levés par des sociétés de biotechnologie en Wallonie, suivant un décompte réalisé par L’Echo avec l’aide du pôle de compétitivité Biowin.

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