La biotech liégeoise Diagenode reprise par l’américain Hologic

Belle pépite de 130 personnes, Diagenode a été fondée en 2003 par un ancien d'un autre fleuron de Liège, Eurogentec. ©Diagenode

L'américain Hologic veut faire de Diagenode, reprise pour 130 millions d'euros, son centre de R&D et de production en Europe.

Les sociétés wallonnes des sciences du vivant continuent à attirer l’attention des grandes entreprises pharmaceutiques d’outre-Atlantique: le groupe américain Hologic a annoncé la reprise ce lundi de Diagenode, une biotech liégeoise spécialisée dans le développement des tests de diagnostic moléculaire. La transaction est évaluée à 130 millions d’euros.

Active dans la lutte contre le Covid-19

Belle pépite de 130 personnes, Diagenode a été fondée en 2003 par Didier Allaer, un ancien de Kaneka Eurogentec, un autre fleuron de la biotechnologie liégeoise. Installée également au Sart Tilman, l’entreprise développe et fournit des kits de diagnostic pour de nombreuses maladies infectieuses virales et bactériennes. À ce titre, elle a été très active dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, en participant entre autres au développement des tests salivaires mis au point par l’ULiège.

30 millions
d'euros
Le chiffre d'affaires de Diagenode se situe aux environs de 30 millions d'euros.

Diagenode s’est également lancée dans la mise au point d’une large gamme de produits à destination d’utilisateurs actifs dans le domaine de l’épigénétique. Assez récente, cette dernière discipline étudie les mécanismes qui modifient l’expression et l’évolution des gènes, sans en modifier la séquence.

Développement rapide

Diagenode se distingue des autres sociétés de biotechnologie par le fait qu’elle a historiquement réalisé très rapidement du chiffre d’affaires et des bénéfices, là où beaucoup d’autres sociétés des sciences du vivant sont engagées dans de longs et onéreux développements. Ses ventes pour le dernier exercice se situent aux environs de 30 millions d’euros.

Ses clients sont à 90% à l’exportation, avec une forte présence aux USA - où elle possède une filiale d’une vingtaine de personnes -, ainsi qu’au Japon et en Amérique latine, où elle est également implantée. Une centaine de personnes travaillent sur le site liégeois et une trentaine dans ses filiales à l’étranger.

Un hub européen

"Hologic, qui est l’un de nos clients, a montré un grand intérêt début 2021 pour faire de Diagenode son hub européen de recherche et de production" commente Didier Allaer, qui a dirigé la biotech depuis sa création. L’entrepreneur restera en place après l’opération de reprise de la société, dont il était actionnaire majoritaire. Le reste est réparti entre plusieurs privés (familles Martial et Henkes), le fonds Epimède (lancé par Noshaq), la SRIW, le fonds Capricorn Health-Tech et le fonds de la Région germanophone OBI.

"Hologic, qui est l’un de nos clients, a montré un grand intérêt début 2021 pour faire de Diagenode son hub européen de recherche et de production."
Didier Allaer
Fondateur et directeur de Diagenode

Basé dans le Massachusetts, Hologic, qui est coté sur le Nasdaq, est un groupe de technologie médicale qui pèse plus de 4 milliards de dollars. Il est leader mondial dans le domaine de la santé de la femme et du diagnostic. Il a déjà un pied en Belgique, avec un centre d’apprentissage et d’expérience qui a été ouvert il y a deux ans à Zaventem.

Multiplier la recherche par 4, la production par 50

Le montant assez important de l’acquisition s’explique par "les énormes synergies potentielles, qui se traduisent par une forte valorisation de la société", relève Didier Allaer. "Pour Hologic, le business croit rapidement en dehors des USA. Ils voulaient donc très vite développer un centre de recherche et de production en Europe, pour faire des produits spécifiques à ce marché."

Selon Didier Allaer, les Américains entendent multiplier la recherche en Belgique par 4 et la production par 50! De belles perspectives donc pour le site liégeois. "Cela va leur faire gagner 5 ans dans leur développement" selon le CEO.

Ce qui a beaucoup intéressé le groupe américain, c’est l’expertise de Diagenode dans l’épigénétique, un domaine en pleine croissance. "Depuis quelques années, on essaie de faire le lien entre l’épigénétique et le diagnostic moléculaire, de joindre les deux technologies. On développe des kits de diagnostic en utilisant l’épigénétique. Nous avons pas mal de produits qui dans les 5 à 10 ans, vont intégrer le marché du diagnostic" souligne encore Didier Allaer.

Des marqueurs plus précis

Dans ce domaine, Diagenode travaille notamment sur le cancer de la thyroïde ou encore les papillomavirus. "On a des marques épigénétiques qui permettent de mieux évaluer la probabilité d’une infection HPV à devenir cancéreuse. Les marqueurs épigénétiques seront demain des marqueurs plus précis, plus précoces et plus fiables pour la qualification et la quantification des cancers et des maladies neurodégénératives" explique le patron.

"Il y aura dix nouveaux Diagenode qui vont sortir de la vente de la société aux Américains."
Didier Allaer
Fondateur et directeur de Diagenode

"Ce rachat par Hologic est certes une très bonne opération pour les investisseurs, notamment publics, qui vont faire une belle plus-value. Cela va leur donner des moyens supplémentaires pour réinvestir" conclut Didier Allaer.

"Mais on n’a pas vendu Diagenode pour les 130 millions. On l’a vendue, parce qu’on avait besoin de financements importants pour développer son activité. Ce sera une prolongation naturelle de tout ce qu’on a fait ces quinze dernières années. J’ai vu le rachat d’Eurogentec par Kaneka. J’ai vu ensuite la progression du chiffre d’affaires et de l’emploi, la stabilisation de l’activité à Liège. Je pense que j’ai eu ici l’occasion de renouveler cette expérience. Je vous garantis qu’il y aura dix nouveaux Diagenode qui vont sortir de la vente de la société aux Américains!" 

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