La biotech Univercells va produire des vaccins grâce à la BEI

©Kristof Vadino

La Banque européenne d’investissement et la biotech wallonne Univercells ont signé un accord pour un prêt de 20 millions d’euros. Un financement destiné à soutenir la mise au point d’un portefeuille de quatre vaccins essentiels et actuellement insuffisamment disponibles.

Changement de dimension en vue pour Univercells: grâce à un coup de pouce financier de la Banque européenne d’investissement, la société de biotechnologie implantée à Gosselies et à Nivelles va se lancer dans la production de quatre vaccins essentiels et actuellement insuffisamment disponibles. La BEI, l’institution de financement de l’Union européenne, a en effet accordé un prêt de 20 millions d’euros à la biotech carolo, spécialisée dans le développement de systèmes de production de vaccins à bas prix. Les quatre maladies visées sont la polio, la rougeole, la rubéole et la rage.

Fondée en 2013 par Hugues Bultot (CEO) et José Castillo (Directeur technique), Univercells a mis au point une plateforme de production révolutionnaire, en consortium avec le Néerlandais Batavia Biosciences. Appelé NevoLine, cet instrument a été développé avec le soutien de la Fondation Gates, qui a octroyé trois subventions à Univercells dans le cadre de la lutte contre la polio et la rougeole/rubéole.

Cette plateforme est constituée de trois parties, de la taille d’une grosse armoire chacune, et peut tenir dans un simple container. Son secret est un bioréacteur novateur très compact qui remplace les encombrants bioréacteurs actuels où s’effectue la mise en culture des agents pathogènes.

Réorientation stratégique

Jusqu’ici, la stratégie d’Univercells avait été de se positionner comme un concepteur d’équipements disruptifs pour fournir des vaccins et des médicaments à bas prix pour les régions du monde où certains besoins médicaux ne sont pas rencontrés. La société ne comptait pas commercialiser elle-même ces vaccins, mais devait se contenter de fournir sa plateforme à des partenaires pharmaceutiques.

Avec l’apport financier de la BEI, l’entreprise va donc pouvoir assurer elle-même la production. Ce qui, selon la Banque, nécessite "des investissements importants, de la mise au point des procédés jusqu’à la validation clinique et réglementaire".

La lutte contre les maladies infectieuses figure en haut de notre liste de priorités stratégiques.
Jean-Christophe Laloux
Directeur à la BEI

Pourquoi une telle réorientation de stratégie? Tout simplement parce que Univercells, malgré les beaux soutiens financiers engrangés depuis sa création, n’avait jusqu’il y a peu pas la crédibilité pour se lancer dans une telle aventure et se positionner comme fabricant de vaccins. "Si vous vous levez un matin dans un sombre appartement et que vous affirmez que vous voulez devenir producteur de vaccins, je vous invite à ne pas le dire, a fait valoir Hugues Bultot. Une fable du Moyen-Orient dit que vos rêves les plus beaux, vous ne les exposez pas sur la place publique avant d’avoir commencé à les réaliser. Maintenant, nous ne sommes absolument pas comparables aux grands noms du vaccin en termes de réseau commercial. Producteur, ça va. Mais commerçant, il faut trouver des endroits de niche et d’accès". À l’avenir, Univercells compte donc travailler en direct avec des grands organismes comme l’Unicef, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou la Fondation Bill & Melinda Gates. "On n’a pas l’intention de devenir distributeur en Inde ou ailleurs de nos propres produits."

Pour la production des quatre vaccins, Univercells compte s’étendre dans la région de Charleroi, mais pas au sein du Biopark car aucun immeuble n’est disponible rapidement. Le site de Nivelles restera quant à lui dédié à la fabrication des plateformes NevoLine et est aussi appelé à grandir.

C’est la première fois que la BEI accorde un financement à une société de biotechnologie wallonne. En Flandre, Biocartis, une biotech spécialisée dans le diagnostic moléculaire, avait reçu début 2018 un prêt de 24 millions d’euros. Le prêt d’amorçage-investissement de la BEI à Univercells est soutenu par le dispositif "InnovFin", une initiative conjointe de la Commission européenne et du Groupe BEI financée par Horizon 2020, le programme de recherche et d’innovation de l’UE.

Outre les subventions reçues de la Fondation Gates, Univercells a bénéficié en juillet 2018 d’un tour de financement de série B de 16 millions d’euros auquel a participé comme investisseur principal Global Health Investment Fund (GHIF), un fonds new-yorkais d’impact mis sur pied à l’origine par la même fondation Gates. Une nouvelle levée de fonds sera sans doute nécessaire d’ici fin 2020.

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