La biotech wallonne Promethera poursuit son expansion vers l'Asie

Promethera Biosciences va quitter le Brabant wallon pour rejoindre le Biopark de Gosselies. ©Promethera

La biotech spécialisée dans les thérapies cellulaires des maladies du foie a conclu un accord avec le japonais Itochu, qui lui apporte 10 millions d’euros. D’autres investisseurs sont attendus rapidement.

Le compteur des levées de fonds par les sociétés wallonnes de biotechnologie ne s’est pas arrêté pendant les fêtes de fin d’année: Promethera Biosciences, l’entreprise spécialisée dans les thérapies cellulaires des maladies du foie, vient de faire savoir qu’elle avait bénéficié d’un investissement de 10 millions d’euros de la part du groupe japonais Itochu. Un financement qui comprend une vaste collaboration stratégique avec l’imposant conglomérat nippon, dont le chiffre d’affaires est de 44 milliards d’euros et qui possède un vaste réseau très structuré sur le continent asiatique.

"Nous avons aujourd’hui la crème de la crème des investisseurs japonais."
John Tchelingerian
CEO promothera

Cet apport de 10 millions, qui entraîne l’arrivée d’un responsable d’Itochu au sein du conseil d’administration de Promethera, devrait être suivi dans les prochains mois d’autres levées de fonds: la biotech de Mont-Saint-Guibert a en effet précisé qu’Itochu était investisseur principal d’un tour de série D, que Promethera espère clore au premier trimestre de 2019. 

La société belge s’est montrée particulièrement active ces derniers temps: elle a récemment réuni 14,6 millions d’euros grâce à l’émission d’obligations convertibles automatiques auprès d’investisseurs nouveaux et existants. Depuis sa création il y a dix ans par le professeur Etienne Sokal (UCL), qui en est toujours directeur scientifique et médical, elle a déjà levé au total plus de 90 millions d’euros.

Promethera, qui doit quitter le Brabant wallon pour rejoindre le Biopark de Gosselies pendant l’année, grandit également par croissance externe: elle a acquis successivement en avril 2016 la société américaine Cytonet et en avril 2018, la biotech suisse Baliopharm, qui cible elle aussi les maladies hépatiques, mais via les traitements par anticorps.

Accélération

Toutes ces levées de fonds récentes ou à venir vont permettre à Promethera d’accélérer la progression de son pipeline clinique, en particulier le programme de thérapie cellulaire appelé HepaStem, qui cible des maladies hépatiques chroniques et aiguës. Une technologie qui doit permettre de fournir une solution de rechange à la transplantation de foie. Le produit candidat, composé de cellules souches dérivées de foies obtenus à partir de donations éthiques, fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase 2a, dans l’indication de l’insuffisance hépatique aiguë survenant dans le décours d’une maladie chronique du foie.

Les résultats de sécurité et d’efficacité initiales sont attendus pour ce début d’année. Le lancement des essais cliniques pour la stéatohépatite non alcoolique (Nash), une inflammation du foie liée à une surcharge de graisse de cet organe, est prévu pour cette année. Il n’est pas exclu que des phases 3 ne soient pas nécessaires, étant donné qu’il s’agit de pathologies pour lesquelles il n’existe pas actuellement de traitements, à l’exception de la transplantation. C’est le marché de la "Nash", également appelée la maladie du soda ou du foie gras humain, qui est considéré comme le plus important, avec plusieurs millions de personnes atteintes par la forme la plus sévère de cette pathologie, celle visée par Promethera.

Outre son pipeline cellulaire, la biotech développe également, suite au rachat de Baliopharm, des technologies d’anticorps, afin de compléter ses options thérapeutiques.

Actionnariat diversifié

Le profil
Promethera

Créée en 2009 par le Pr. Étienne Sokal, hépathologue à l’UCL, Promethera (acronyme de Progenitor medicinal therapies) Biosciences est spécialisée dans le traitement des maladies du foie par cellules souches et par anticorps. - Basée à Mont-Saint-Guibert, la spin-off de l’UCL doit s’installer dans le Biopark de Gosselies cette année. Elle a racheté en 2016 l’allemand Cytonet (présent aux USA) et en 2018 la biotech suisse Baliopharm. Elle possède également une succursale au Japon. - L’entreprise est dirigée par John Tchelingerian.

Au gré de ses levées de fonds, Promethera a vu son actionnariat initial (les fondateurs, Boehringer Ingelheim VF, Vesalius, Fund +, la SRIW…) se diversifier considérablement, avec l’arrivée de nombreux investisseurs asiatiques, dont notamment les japonais Mitsui, Mitsubishi UFJ Capital, Cell Innovation Partners, Shibuya et Shinsei, ainsi que le sud-coréen LifeLiver Co ou encore le fonds d’investissement médical CMBCC-Co-High basé à Hong Kong. Une liste qui s’est donc encore allongée avec le groupe Itochu. "Nous avons aujourd’hui la crème de la crème des investisseurs japonais, se réjouit John Tchelingerian, CEO de Promethera. Nous sommes maintenant en train d’agréger d’autres nouveaux investisseurs japonais, coréens et potentiellement chinois en vue de clore la série D. Des investisseurs qui croient dans la technologie de Promethera, dans nos avancées cliniques et qui veulent soutenir notre expansion asiatique, qui est extrêmement forte."

Mais pourquoi une telle focalisation sur l’Asie, alors qu’une maladie comme la Nash, liée à une mauvaise nutrition et à une consommation excessive de sucres, semble faire avant tout des ravages outre-Atlantique?

"Le Japon, la Chine et la Corée sont extrêmement avides de médecine régénérative et de thérapies cellulaires, explique encore le patron de Promethera. Les USA, de leur côté, sont plus focalisés sur les thérapies cellulaires contre le cancer. Les pathologies d’autres organes, comme le foie, intéressent énormément les pays asiatiques. Nous avons eu une écoute particulièrement forte de partenaires et d’investisseurs asiatiques. L’Asie est vraiment un terreau fertile pour les maladies du foie. Et tant que nous n’aurons pas des données cliniques pour démontrer que nos produits peuvent faire la différence dans la Nash, les Etats-Unis restent toujours dans l’attente. Mais bien évidemment, nous ne négligeons pas les USA. Nous avons déjà une forte implantation américaine et nous sommes en train de considérer de futures études cliniques là-bas."

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