La Fondation Gates réinjecte 14 millions dans Univercells

©Kristof Vadino

La biotech carolo Univercells et son partenaire Batavia Biosciences reçoivent 14,3 millions de dollars de la Fondation Gates pour fournir des vaccins à bas prix contre la rougeole et la rubéole à partir de leur plateforme de production NevoLine. Univercells avait déjà reçu en 2016 de cette même fondation un financement de 12 millions pour un vaccin polio.

Univercells resigne avec la Fondation Bill & Melinda Gates: la société basée à Gosselies a annoncé ce jeudi avoir reçu une subvention de 14,3 millions de dollars de la fondation caritative créée par le milliardaire américain et sa femme, afin de fournir dans les pays en voie de développement des vaccins à bas prix contre la rougeole et la rubéole à partir de sa plateforme de production NevoLine.  

Cette plateforme révolutionnaire, développée en consortium avec le néerlandais Batavia Biosciences, a déjà fait ses preuves avec sa première application pour le vaccin contre la polio, soutenue par une subvention de 12 millions de dollars également allouée en 2016 par la Fondation Bill & Melinda Gates. Elle est constituée de trois parties, de la taille d’une grosse armoire chacune, et peut tenir dans un simple container. Son secret est un bioréacteur novateur (une membrane tridimensionnelle fibreuse) qui remplace les encombrants bioréacteurs actuels où s’effectue la mise en culture des agents pathogènes.

La prochaine version pour le vaccin rougeole-rubéole sera plus facile à développer, selon Hugues Bultot, le CEO d’Univercells: "Le challenge pour la plateforme polio était le plus difficile, essentiellement parce qu’il y avait des contraintes de confinement très élevées du fait qu’il s’agit d’un produit extrêmement dangereux. Ici, en rougeole-rubéole, on descend d’un cran. Il y a également une simplification au niveau du procédé." 

Un problème de santé publique

Les maladies virales comme la rougeole et la rubéole représentent toujours un problème mondial de santé publique malgré leur prévention via la vaccination. Le manque d’approvisionnement de vaccins abordables freine les programmes de vaccination dans les pays en voie de développement, selon Univercells, qui précise que les technologies actuelles de production de vaccins demandent des coûts d’investissement et d’exploitation élevés et ne constituent pas une solution rentable ou durable pour l’avenir. La plateforme de la société wallonne offre donc une alternative en concevant des usines simplifiées basées sur des technologies de production intensifiées et automatisées.

Si la première NevoLine pour la polio est techniquement prête à produire, Univercells et la Fondation Gates doivent encore franchir quelques étapes, dont le développement du processus de fabrication à grande échelle en vue d’applications cliniques et commerciales. À cet effet, la Fondation Gates avait déjà accordé une rallonge de 4 millions de dollars à Univercells, qui ne commercialisera pas elle-même le vaccin contre la polio, mais fournira sa plateforme à des partenaires pharmaceutiques. Des études seront également nécessaires pour garantir la sécurité du vaccin avant sa mise sur le marché.  

"Pour la plateforme polio, on a rempli notre cahier de charges"
Hugues Bultot
CEO d'Univercells


"Pour cette plateforme, on dépend entièrement pour la production des lots cliniques de la stratégie de la Fondation Gates, qui a pris un peu de retard. Mais de notre côté, on a rempli notre cahier de charges", précise Hugues Bultot, qui table sur la production des premiers lots en 2020. "Mais l’avenir commercial de cette plateforme polio est un peu plus compliqué, puisque l’objectif est d’obtenir l’éradication de la maladie", poursuit-il. Il y aura donc ensuite une diminution des besoins. L’essentiel de la stratégie consiste en effet à avoir des capacités de réplique le jour où il y aura une résurgence du virus. Pour la rougeole-rubéole, nos ambitions sont un peu plus élevées. Avec les technologies existantes, les capacités de production sont insuffisantes, car la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Notre stratégie est de satisfaire à suffisance un marché qui existe et, grâce à des coûts réduits, de maintenir des marges soutenables pour le futur."

Une deuxième plateforme

Fondée en 2013 par Hugues Bultot et José Castillo (qui en est le directeur technique), Univercells avait également bénéficié en juillet 2018 d'un tour de financement de série B de 16 millions d'euros auquel a participé comme investisseur principal Global Health Investment Fund (GHIF), un fonds new-yorkais d'impact mis sur pied à l'origine par la Fondation Gates.  

Univercells s'est par ailleurs lancée, avec le soutien financier de la Région wallonne, dans la mise au point d'une deuxième plate-forme, dont le développement est moins avancé. Celle-ci sera dédiée à la production à faible coût de "biosimilaires". Un biosimilaire est un médicament biologique qui contient une version d'une substance active d'un médicament biologique déjà autorisé et dont le brevet est tombé dans le domaine public. 

Si le site principal d’Univercells se trouve à Gosselies, dans le Biopark, l’entreprise dispose de nouvelles installations à Nivelles, où est réalisé l’assemblage des plateformes. Selon Hugues Bultot, la biotech est sur le point de conclure d’autres financements pour assurer le développement de tous ses projets.     

 

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