La FSMA veut conforter Euronext Brussels comme place des biotechs

Jean-Paul Servais, président de la FSMA.

Le gendarme belge des marchés financiers veut aider les biotechs cotées à mieux communiquer. Une initiative de nature à renforcer l'écosystème belge des sciences de la vie.

Depuis la récente inscription sur Euronext Brussels d'Hyloris et de Nyxoah, plus personne ne peut l'ignorer: les secteurs de la pharmacie, des sciences du vivant et des technologies médicales, qui ont le vent en poupe en Belgique et en Europe, intéressent de plus en plus les investisseurs, y compris les plus modestes. Près de la moitié des sociétés entrées sur Euronext Brussels depuis 2015 sont des biotechs. La place bruxelloise compte aujourd'hui seize entreprises biopharmaceutiques et medtechs. La capitalisation boursière de toutes les biotechs sur Euronext représentait quelque 29 milliards d’euros au premier semestre 2020.

Des informations pertinentes

Cet intérêt croissant pour la biotech a poussé l'Autorité des services et marchés financiers à émettre une série de considérations et de bonnes pratiques réunies dans un document d'une trentaine de pages qui se veut une guidance pour le secteur. "Une première mondiale", selon Jean-Paul Servais, le président de la FSMA, destinée tout à la fois à aider les sociétés à publier des informations pertinentes, à permettre aux investisseurs de recevoir des messages compréhensibles et in fine, à conforter Euronext Brussels comme la place de référence pour les biotechs en Europe.

29
milliards
La capitalisation boursière de toutes les biotechs sur Euronext représentait quelque 29 milliards d’euros au premier semestre 2020.

On ne passe pas en effet facilement du statut de scientifique-entrepreneur à celui de dirigeant d'une entreprise cotée. "Ce sont des gens passionnants, qui s'investissent souvent dans le projet d'une vie ou qui sont appelés à aider des scientifiques qui font avancer la science", fait valoir le patron de la FSMA. "Mais notre rôle, c'est de les aider à comprendre que lorsqu'on arrive dans un environnement public, on ne maîtrise plus les choses comme avant. Quand ils arrivent en bourse, ils ne choisissent plus le moment où ils auraient envie de communiquer. Il faut pouvoir répondre à la presse, mais aussi au marché et aux exigences réglementaires à intervalle régulier, donner des perspectives de rendez-vous, avec des éléments parfois non maîtrisés. Il faut accepter de devoir communiquer quand cela va bien, mais aussi quand cela tourne mal."

"Quand ils arrivent en bourse, (les scientifiques-entrepreneurs devenus dirigeants d'une entreprise cotée) ne choisissent plus le moment où ils auraient envie de communiquer."
Jean-Paul Servais
Président de la FSMA

Les investisseurs, de leur côté, ne doivent pas se lancer sans précaution, parfois sur la seule base d'articles dithyrambiques. Avec la crise du Covid, on a vu ainsi sur d'autres bourses le cours de plusieurs sociétés biotechs, auparavant complètement inconnues (Moderna, Vaxart...), flamber du jour au lendemain après qu'elles aient annoncé qu'elles développaient un vaccin contre le nouveau coronavirus. " Il faut pouvoir attirer l'attention sur les risques. Parce que quand vous voyez les statistiques, le taux de réussite en développement clinique est faible, de l'ordre de 13,8% en général, un peu plus si on enlève l'oncologie. Avec un potentiel de retour financier qui peut s'avérer important, mais également avec des risques financiers élevés", note le gendarme des marchés financiers.

Informations privilégiées

Le cadre de vie des biotechs cotées sur Euronext Brussels reste régi par le règlement relatif aux abus de marché (MAR), qui  impose notamment à tout émetteur de publier, dès que possible, les informations privilégiées en sa possession. La nouvelle guidance de la FSMA détaille par exemple toutes les informations cliniques qui peuvent entrer dans cette catégorie: preuve de concept, résultats d’efficacité et de sécurité, décision d’arrêter un essai clinique, autorisation de mise sur le marché, conclusion d’un partenariat...

Elle traite également du timing de publication de ces informations privilégiées, en explicitant notamment les conditions pour éventuellement les différer. "Le report de la publication d'une information n'est pas toujours perçu de façon positive, il peut être vu comme la volonté de cacher quelque chose de gênant pour la société", souligne encore Jean-Paul Servais. "Or, le report d'une information peut être dû à des aspects de développement scientifique qui ne sont pas encore maîtrisés ou tout simplement à des contraintes réglementaires. Il s'agit en effet d'un business assez atypique, on est dans un secteur où l'avis d'une autorité détermine la vie ou la mort d'un produit par la suite."

"Il s'agit d'un business assez atypique. On est dans un secteur où l'avis d'une autorité détermine la vie ou la mort d'un produit par la suite."
Jean-Paul Servais

La publication de cette guidance a-t-elle été motivée par certains problèmes concrets constatés ces dernières années avec des entreprises biopharmaceutiques? "Non", rétorque Jean-Paul Servais. "Nous n'avons pas été confrontés à des cas spécifiques. Nous n'avons pas eu de dérapage. L'initiative se veut positive ou préventive. Elle a vocation à être normative, pas restrictive. Il y avait aussi une demande du secteur et des investisseurs."

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