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La justice et la FSMA enquêtent sur François Fornieri pour délit d'initié

Au coeur de l'affaire: le transfert d’un montant de 800.000 euros du compte de François Fornieri (photo) vers celui du patron de la société Protection Unit Samuel Di Giovanni qui aurait ensuite investi cette somme dans des actions Mithra. ©Photo News

La spirale négative se poursuit pour François Fornieri, le patron de Mithra. Déjà inquiété par la justice dans le dossier Nethys, il est à nouveau propulsé sous les projecteurs pour un soupçon de délit d’initié. Il rejette les accusations avec véhémence.

Avis de tempête pour François Fornieri, le flamboyant patron de Mithra. D’après des informations de nos confrères de Sudpresse et du Vif, l’homme d’affaires liégeois serait sous le coup d’une instruction menée par la justice liégeoise pour délit d’initiés. L’affaire a été mise à l’instruction chez le juge Frédéric Frenay, celui-là même qui se penche déjà sur le volet pénal de l’affaire Nethys, un volet qui touche également François Fornieri.

Du côté du parquet de Liège, secret de l’instruction oblige, on se tait dans toutes les langues. Mercredi, on apprenait que la FSMA a également ouvert une enquête pour potentiel délit d’initiés contre François Fornieri. Ce dernier, qui nie toute volonté de délit, dénonce une "chasse à l’homme".

Un transfert de 800.000 euros dans le viseur

Selon nos confrères du Vif, l’affaire démarre à la suite d’une dénonciation auprès de la Cellule de traitement des informations financières (CTIF) par les banques Belfius et BNP Paribas Fortis de transactions suspectes. Comme c’est généralement le cas lorsque les transactions en question sont suspectes, la CTIF transmet le dossier au parquet.

Dans ce cas, c’est la section écofin du parquet de Liège qui a hérité de la patate chaude. Toujours d’après nos confrères du Vif, il s’agit du transfert d’un montant de 800.000 euros du compte de François Fornieri vers celui de l’un de ses amis. L’ami en question, le patron de la société Protection Unit Samuel Di Giovanni, aurait ensuite investi cette somme dans des actions Mithra.

Dans cette affaire, le gendarme des marchés s’intéresse tant au patron de Mithra qu’à celui de Protection Unit.

Ligne du temps 

Dans cette affaire, la ligne du temps sera le fil rouge à suivre. L’enquête de la FSMA, à cet égard, pourrait être éclairante. C’est dans le courant du mois de décembre 2018 que le patron de Protection Unit aurait investi massivement dans Mithra. Notons que le 20 décembre 2018, le titre de Mithra est au plus bas, à 18,26 euros. Un mois plus tard, ce même titre aura bondi, à 29 euros. Les personnes ayant eu le nez assez fin pour acheter des actions au plus bas en décembre auront pu faire une belle affaire au passage.

En tout état de cause, c’est au début du mois de janvier 2019 que le FSMA lance une analyse. À ce stade, pas encore de quoi fouetter un chat. Le gendarme des marchés avait déjà ouvert une analyse au début du mois de juillet après une interview que le patron de Mithra nous avait accordée lorsque la société était devenue la première licorne wallonne dans le secteur de la biopharma en franchissant le seuil du milliard d’euros de valorisation boursière.

Des investisseurs très nerveux

À la Bourse de Bruxelles, les investisseurs ne sont pas restés insensibles à l’annonce d’une double enquête pour délit d’initié sur François Fornieri. Le titre Mithra a perdu jusqu’à 6,80% en début de séance alors que les marchés actions faisaient du sur place.

À la clôture, Mithra aura finalement lâché 3,01% à 25,12 euros. Les volumes d’échange sont naturellement très importants: quelque 145.004 actions ont changé de mains ce mercredi, ce qui représente un bond de 650% par rapport à la séance de mardi et de 180% par rapport à la moyenne de ces six derniers mois.

Les cinq analystes qui suivent la valeur n’ont pour l’instant pas encore réagi. Le sujet est très sensible et dans les coulisses, on prend acte. Quatre d’entre eux sont encore à l’achat sur la valeur. L’objectif de cours moyen s’élève à 34 euros, soit un potentiel haussier de 35,3% par rapport au cours de ce mercredi soir. 

À ce moment, nous précisions que la FSMA ouvrait une analyse chaque fois qu’elle constatait de fortes fluctuations au niveau du cours d’une action et des volumes échangés. Dans cette affaire, le gendarme des marchés s’intéresse tant au patron de Mithra qu’à celui de Protection Unit.

Enquête plus poussée de la FSMA

Cette fois, après une analyse de plusieurs mois, le gendarme des marchés a estimé qu’il y avait matière à pousser les investigations plus loin, raison pour laquelle l’auditeur de la FSMA a ouvert une enquête pour délit d’initié dans le courant du mois de septembre 2019. Cette enquête, explique-t-on du côté de la FSMA, est toujours en cours.

La question sera de savoir ce que savait le patron de Protection Unit au moment d’acheter un bon paquet d’actions.

Même si la justice liégeoise se tait dans toutes les langues, il y a fort à parier que cette instruction lancée dans le courant de l’automne 2019 porte sur les mêmes faits. En tout état de cause, aujourd’hui, la FSMA et la justice collaborent sur ce dossier.

"Allégations non fondées"

Contacté mercredi après-midi, le patron de Protection Unit, par la voix du responsable de la communication de la société, s’est dit surpris de découvrir les informations publiées le matin-même dans la presse et qui, selon lui, restent des "allégations non fondées". Samuel Di Giovanni précise qu’aucun contact n’a eu lieu avec un enquêteur à propos de ce dossier, avant d’ajouter qu’il ne ferait pas d’autres commentaires à ce stade et qu’il se réservait le droit de réagir plus tard.

Il restera à voir aujourd’hui si cette piste du potentiel délit d’initiés tient la route. En d’autres mots, la question sera de savoir ce que savait le patron de Protection Unit au moment d’acheter un bon paquet d’actions. Si les faits sont avérés, les deux hommes pourraient être condamnés, à moins que l’affaire ne se solde par une transaction pénale.

Du côté de la FSMA, pas moyen de savoir quand l’enquête sera bouclée. Ce n’est qu’à ce moment que l’on saura si le dossier est classé, si une transaction est proposée et si l’affaire est renvoyée à la commission des sanctions du gendarme des marchés.

Samuel Di Giovanni | Le protégé de Fornieri

Ces dix dernières années, s’est tissée une relation étroite entre François Fornieri, le flamboyant patron de Mithra, et le très discret Samuel Di Giovanni. Depuis que Fornieri a investi dans sa société de sécurité et de gardiennage, Di Giovanni le considère un peu comme son mentor en affaires.

Di Giovanni a créé Protection Unit en 2008 et François Fornieri en a rejoint le capital deux ans plus tard. Il est depuis, dit-on, un conseiller attentif. Fornieri détient une dizaine de pourcents de Protection Unit, au même titre que l’invest liégeoise Noshaq.

Il siège au conseil d’administration de l’entreprise, qui affiche un développement assez fulgurant. Pour rappel, Protection Unit, numéro 5 du secteur du gardiennage en Belgique, a repris il y a quelques semaines Fact Group pour se rapprocher du trio de tête que constituent G4S, Securitas et Seris.

Di Giovanni est l’archétype du self-made-man et il tient à ce statut selon ses proches: "Il ne veut rien devoir à personne!"

Fils d’un restaurateur de Fléron, il quitte l’école à 16 ans pour se lancer dans l’apprentissage des métiers de la restauration. À 19 ans il ouvre un premier restaurant. Mais c’est avec le Sottopiano, restaurant lounge de fine cuisine italienne au centre de Liège, qu’il marque les esprits. Le lieu accueille régulièrement des événements de la vie sociale liégeoise.

Événements pour lesquels Di Giovanni ne trouve pas de service d’ordre à la hauteur. Féru d’arts martiaux, il crée donc sa propre société de services de sécurité et se profile très vite dans l’événementiel. Les festivals de la région, le Grand Prix de Francorchamps et quelques clubs de foot comptent parmi ses clients de la première heure.

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