La justice oblige l'Etat à honorer sa commande à ZenTech

ZenTech attend depuis avril le premier euro de l'Etat pour ses tests de détection du Covid-19. ©rv

La justice donne 5 jours à l'Etat pour honorer sa commande de tests de détection rapide du Covid-19 à la société liégeoise ZenTech. Les autorités temporisent.

Nouveau jalon dans la saga autour des tests de dépistage du Covid-19. Le tribunal de première instance de Liège a donné raison, ce mercredi, à la société ZenTech contre l'Etat fédéral. Dans une ordonnance rendue en référé, le tribunal oblige l'Etat à respecter le contrat signé en avril, qui prévoit la livraison de 3,65 millions de tests sérologiques de détection rapide du Covid-19 produits par la société liégeoise.

Ce test, validé scientifiquement par le CHU de Liège, permet une détection rapide des anticorps qui se développent en réaction au coronavirus. La facture de la commande se chiffre à 23,250 millions d'euros. Le contrat prévoyait une première livraison de 50.000 tests en avril, puis de 200.000 par mois entre mai et septembre.

Le hic, c'est que ZenTech n'a jamais vu la couleur du premier euro. Depuis la signature du bon de commande, les autorités publiques sont restées muettes, s'abstenant de donner à la biotech liégeoise la moindre liste de laboratoires destinataires des tests.

23,25
MILLIONS €
La facture de la commande de l'Etat à ZenTech se chiffre à 23,250 millions d'euros.

Sans destinataires, pas de livraison possible pour ZenTech, qui avait déjà produit plus d'un million de tests - dont coût, plus de 4 millions d'euros. Celle-ci a perdu patience et a décidé de s'adresser à la justice pour obtenir son dû.

Cinq jours

Le jugement du tribunal est sans équivoque. Il donne à l'Etat cinq jours pour communiquer à ZenTech la liste des établissements destinataires des "QuickZen Covid-19", les tests sérologiques produits par l'entreprise liégeoise, sous peine d'une astreinte de 10.000 euros par jour de retard.

Du côté du gouvernement, on reste pour l'instant calfeutré sous sa tente. "Nous n'avons pas encore pris connaissance de l'arrêt officiel et ne prendrons position qu'à ce moment", se borne à déclarer la porte-parole de Philippe De Backer (Open Vld), en charge de la task force de gestion de la crise du coronavirus.

Chez ZenTech, on ne crie d'ailleurs pas encore victoire. "Nous allons attendre que l'Etat revienne à la table des discussions, car nous sommes toujours ouverts à une solution", a dit le CEO de ZenTech, Jean-Claude Havaux, sur les ondes de Bel RTL. Des pourparlers visant à revoir la commande à la baisse sont menés en coulisse depuis plusieurs semaines.

Nouvelle étude

"Nous allons attendre que l'Etat revienne à la table des discussions. Nous sommes toujours ouverts à une solution."
Jean-Claude Havaux
CEO de ZenTech

Le gouvernement est évidemment mal pris, mais il n'a sans doute pas dit son dernier mot. Le kern de vendredi devrait aborder la question. Il pourrait bien décider de porter l'affaire sur le fond, en apportant un nouvelle pièce au dossier: une étude de Sciensano qui a analysé cinq tests sérologiques rapides, dont celui de ZenTech. Introduite le 1er septembre, elle a été écartée de la procédure en référé car trop tardive.

Cette étude n'est guère favorable à ZenTech. Comme trois des quatre autres, son test est jugé insuffisant. Cette évaluation suscite, on s'en doute, des réactions outrées du côté de ZenTech. "Nos tests ont tous été validés par quatre études universitaires et par une étude comparative réalisée à Turin par l'ESA", souligne Eric Poskin, son porte-parole.

Reste à voir de quel poids pèsera cette étude de Sciensano. Le Pr Jean-Luc Gala, immunologue de l’UCLouvain spécialiste des maladies infectieuses, ne cache pas son scepticisme. "Ce rapport est une étude interne, sommaire, non publiée et portant sur un très petit nombre de cas. Comme tel, il ne fait aucune référence à l’état de l’art dans le domaine des tests rapides", dit-il.

La description des méthodes est en outre "lacunaire et n’évoque aucun des paramètres indispensables pour un résultat interprétable", ajoute-t-il.

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