La réaction "normale et illogique" sur le marché des biotechs?

Asit Biotech, en mai dernier, lors de sa première journée de cotation à la Bourse de Bruxelles ©Mathieu Paternoster

Après le rachat d’Ogeda par le japonais Astellas, les biotechs belges sont sous les feux des projecteurs. De quoi faire grandir l’appétit des investisseurs.

L’annonce du rachat de la société wallonne Ogeda (ex-Euroscreen) pour 800 millions d’euros a également eu des répercussions sur les marchés financiers. Qu’importe si la société concernée n’est pas cotée en Bourse.

Une opération d’une telle ampleur a en effet ravivé les espoirs et autres spéculations des investisseurs pour d’autres groupes actifs dans le secteur de la biotechnologie mais qui sont par ailleurs négociés sur la Bourse de Bruxelles.

10%
L’action Celyad a gagné jusqu’à 10% en matinée suite à l’annonce du rachat de la biotech wallonne Ogeda.

Alors qu’elle avait démarré la journée sur une note stable, l’action Celyad a par exemple bondi de 10% en matinée à la suite de l’annonce de ce rachat.

Réduisant ses gains en seconde partie de journée, le titre a tout de même pris 8,50%. Dans son sillage, ThromboGenics a grimpé de 2,82% et Genkyotex de 0,94%, tandis que Galapagos a reculé de 0,16%, TiGenix de 0,27% et Asit biotech de 1,04%.

Pour Rudi Van Den Eynde, head of thematic global equity chez Candriam, la réaction des investisseurs est à la fois "normale et illogique". "Un tel rachat démontre l’intérêt des grands laboratoires internationaux pour de petites sociétés spécialisées. Cela débouche sur des accords de licence ou parfois un rachat de la société mais cette annonce prouve surtout que cela peut arriver à n’importe quel moment." Le gestionnaire explique d’ailleurs qu’il ne s’agit pas de quelque chose de nouveau. Les grands laboratoires possèdent des équipes entières qui scannent le secteur à la recherche de la perle rare. "Pourquoi ils décident à un moment de passer à l’action et de mettre la main au portefeuille? Difficile à dire."

L’opération – un "très bon deal" aux yeux de ce spécialiste des biotechs – va en outre donner davantage confiance aux entrepreneurs du secteur et aux "venture capitalists" (c’est-à-dire les investisseurs dans des sociétés non cotées). Il rappelle qu’en Europe, les sociétés de biotechnologie ont plus de difficultés à trouver des personnes prêtes à investir dans leur projet, à la différence des États-Unis où les fonds spécialisés mettent sur la table de plus gros montants. Le rachat d’Ogeda "est le signe qu’on le peut le faire" aussi dans nos contrées.

"Une question clinique"

Pour autant, les spéculations des investisseurs sont également illogiques car les sociétés travaillent sur des produits différents. Le terme biotechnologie englobe de très nombreux traitements qui ciblent des maladies distinctes. "Chaque biotech est jugée selon ce qu’elle possède dans son pipeline. Les gens devraient savoir que tout bon produit est susceptible d’attirer un potentiel acheteur", explique Rudi Van Den Eynde. Il estime d’ailleurs que la Belgique offre un large potentiel dans le secteur de la biotechnologie, citant notamment Ablynx , arGEN-X ou encore Galapagos… Des noms de sociétés reconnues et perçues comme innovatrices.

©MEDIAFIN

Quant à savoir à quelle sauce nos biotechs vont être mangées par les grands laboratoires, "tout est une question de résultats cliniques". Il est en effet difficile pour un investisseur de donner un prix à une société de ce secteur en se basant uniquement sur ses chiffres financiers. Une grande majorité d’entre elles sont encore au stade de développement de leurs traitements et ne font donc pas de bénéfices pour le moment. "On peut calculer la valorisation de ces sociétés avec de la probabilité, mais il faut surtout s’intéresser aux résultats des essais cliniques. Si les données sont bonnes, le potentiel de vente d’un produit peut atteindre le milliard de dollars. Dans le cas contraire, qu’importe le prix offert par l’acheteur, cela sera trop cher. Il faut donc réfléchir comme un docteur", avertit le gestionnaire.

En termes de capitalisation boursière (voir le tableau ci-contre), Rudy Van Den Eynde estime que les valorisations des sociétés cotées à la Bourse de Bruxelles sont "tout à fait raisonnables, à l’exception de Galapagos" qui profite de sa cotation à Wall Street pour attirer davantage d’investisseurs. En cas d’offre de rachat sur l’une d’entre elles, le potentiel de hausse peut ainsi être conséquent pour l’action.

De juteuses participations

Notons que les valeurs biotechs ne sont pas les seules actions à avoir réagi au rachat de la société Ogeda. La pricaf Quest for Growth (+ 2,95% à 7,55 euros) et le holding Compagnie du Bois Sauvage (+ 0,21% à 336 euros) ont également vu leur titre bondir à la Bourse de Bruxelles. Tous les deux détiennent une participation dans la biotech wallonne et si l’opération réussit, cela aura un impact positif sur leurs résultats financiers.

"Ce sera le premier grand désinvestissement à succès", s’est d’ailleurs réjoui Quest for Growth dans son communiqué. Sans dévoiler l’importance de sa participation dans Ogeda, la pricaf a notamment précisé que l’impact positif sur sa valeur intrinsèque sera d’environ 8,4 millions d’euros, soit 0,57 euro par action.

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