Publicité

Le deal à 21 milliards de Novartis et GSK

©Dries Luyten

GSK cède à Novartis ses activités en oncologie et rachète les vaccins du géant suisse, qui vend ses activités de santé animale à Eli Lilly. Les laboratoires se recentrent sur leurs créneaux les plus porteurs.

Une convergence d’intérêts pour une remise à plat. Ainsi pourrait-on qualifier la transaction triangulaire qui a surpris jusqu’aux acteurs du monde pharmaceutique. Par son ampleur en tout cas. Car le recentrage des portefeuilles sur des activités porteuses de marges juteuses est plutôt dans l’air du temps.

Le triangle du deal conclu par Novartis, GlaxoSmithKline (GSK) et Eli Lilly, qui devrait être entériné d’ici la fin du premier trimestre 2015, n’est pas équilatéral. À l’évidence, les laboratoires suisse et britannique pèsent plus lourd dans la transaction que le groupe américain: Eli Lilly n’intervient que pour racheter la division de santé animale de Novartis contre un chèque de 5,4 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros). Mais ce faisant, le groupe américain permet à Elanco, sa filiale spécialisée dans la santé animale, de se hisser au deuxième rang mondial du secteur derrière son compatriote Pfizer.

L’échange entre Novartis et GSK est bien plus substantiel. Désireux de se concentrer sur trois activités fondamentales — les médicaments innovants, notamment contre le cancer, les génériques et l’ophtalmologie —, le groupe basé à Bâle cède à GSK sa division vaccins, sauf les antigrippaux, qui seront vendus séparément, pour 7,1 milliards de dollars (5,15 milliards d’euros).

Il se débarrasse ainsi à bon compte d’une activité périphérique: en 2013, les vaccins (antigrippaux inclus) ont rapporté 1,4 milliard de dollars de chiffre d’affaires, soit à peine 2,4 % de ses revenus globaux.

L’oncologie au cœur de la transaction

Parallèlement à cela, Novartis et GSK s’associent dans une entreprise conjointe qui gérera les produits d’hygiène et de santé vendus sans ordonnance. Le groupe britannique, propriétaire de marques comme le dentifrice Aquafresh ou les produits anti-tabac Niocorette, détiendra 63,5% des parts de cette joint venture pesant 6,5 milliards de livres (7,9 milliards d’euros) de revenus. Il prendra ainsi le contrôle de marques de Novartis comme l’anti-douleur Voltaren, le médicament contre les maux de tête Excedrin ou celui contre les rhumes et les états grippaux Theraflu.

Le nœud de la transaction réside assurément dans l’achat, par Novartis, des activités de GSK dans le domaine de l’oncologie. Le groupe suisse, qui renforce ainsi sa position de deuxième acteur mondial derrière son compatriote Roche, déboursera pour la cause la coquette somme de 14,5 milliards de dollars (10,5 milliards d’euros), auquel pourra s’ajouter une surprime de 1,5 milliard (1,1 milliard d’euros) liée à des performances futures.

"Les opportunités d’accroître notre taille et de regrouper des actifs de grande qualité dans les vaccins et la santé grand public sont rares. Grâce à cette transaction, nous allons renforcer substantiellement deux de nos divisions clés et créer de nouvelles options significatives afin d’augmenter la valeur pour nos actionnaires", souligne Andrew Witty, le CEO de GSK.

En rachetant le cinquième producteur mondial de vaccins, le groupe britannique, qui produit 80 % de ses vaccins en Belgique (lire ci-dessous) renforce effectivement sa position de leader sur ce créneau porteur de croissance, dans les pays émergents en particulier.

Une "occasion unique"

Mais l’élargissement de son portefeuille de vaccins, à la méningite et au tétanos notamment, se fait au détriment de l’oncologie, un secteur de pointe à haute valeur ajoutée dans lequel GSK n’est pas parvenu à se tailler une place suffisamment importante face à des concurrents comme Roche et AstraZeneca.

Pour Andrew Witty, l’accord avec Novartis était dès lors une "occasion unique de tirer une valeur attractive" de son portefeuille de traitements innovants développés durant six ans.

Les analystes et les investisseurs saluent quant à eux la simplification de la structure de Novartis, qui se recentre sur trois créneaux porteurs, et le prix proposé à GSK. Les deux titres ont du reste suscité l’adhésion des marchés. A Zurich, Novartis a gagné hier 2,3 %, GSK bondissant pour sa part de 5,2 % à la Bourse de Londres.

"Ces transactions représentent un moment majeur pour Novartis, qui concentre ainsi son action sur des secteurs de pointe, à haut potentiel d’innovation et à l’échelle globale", souligne Joe Jimenez, le CEO du groupe.

La transaction annoncée hier constitue le point d’aboutissement d’un long processus. Selon Joe Jimenez, les responsables de Novartis "ont parlé pratiquement avec tout le monde" pour rajeunir la structure d’un groupe désormais "en ordre de marche pour dix ans".

On n’en a sans doute pas terminé avec les recentrages d’activité dans un secteur pharmaceutique qui a de nouveau la bougeotte. Pfizer, le numéro un mondial, avait déjà pris les devants en cédant en 2012 sa division de nutrition infantile à Nestlé et en scindant l’an dernier sa division de santé animale. A qui le tour ?

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés