Le gel contre l'arthrose de KiOmed arrivera sur le marché en 2020

©Anthony Dehez

La filiale biomédicale de Kitozyme a développé un gel à base de chitosan végétal ultrapur pour le traitement de l’arthrose du genou, un marché très important. Elle vient de lever 8,1 millions pour finaliser la commercialisation et financer d’autres applications.

Pari réussi pour KiOmed Pharma, la filiale biomédicale de Kitozyme: l’entreprise liégeoise a terminé le développement de son gel à base de chitosan végétal ultrapur visant à mieux soigner l’arthrose du genou. Un produit qui sera disponible sur le marché européen début de l’année prochaine, selon les responsables de la société, qui espèrent recevoir le blanc-seing européen (marquage CE) avant la fin de l’année.

Pour finaliser cette première commercialisation et poursuivre le développement de son produit dans d’autres applications, la biotech a bouclé un financement de 8,1 millions d’euros, répartis en 3,9 millions de capital, 2,5 millions de dette et 1,7 million de subsides et aides de la Région.

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KiOmed a déjà trouvé un partenaire qui commercialisera son gel dans de nombreux pays en Europe dès le 1er janvier prochain. "Un groupe d’origine suisse, une belle signature", précise le président et cofondateur de KiOmed, François Blondel. "Il s’est engagé sur un certain volume, avec un prix de transfert, des royalties et des paiements d’étapes. Il croit au potentiel de notre produit. On espère traiter et soulager dès l’année prochaine plus de 25.000 individus. On devrait atteindre un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros sur les trois prochaines années", s’enthousiasme-t-il.

La société liégeoise, qui garde la maîtrise complète du processus de production, commercialisera elle-même son gel dans un certain nombre de pays du Vieux continent, histoire "de garder un contact direct avec le marché, de se faire la main et de voir comment les choses fonctionnent", selon François Blondel, qui précise qu’"il y a également un certain nombre de zones ouvertes hors d’Europe". Pour les Etats-Unis, c’est autre chose. "Cela nécessitera d’autres moyens financiers et un autre partenariat", relève de son côté Houtaï Choumane, CEO de l’entreprise.

Des propriétés étonnantes

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Le gel mis au point par KiOmed est basé sur le chitosan végétal, une molécule biodégradable synthétisée à partir de champignons. Déjà utilisé dans le domaine de la santé – contrôle du poids, santé digestive, cardiovasculaire – mais également dans le secteur vinicole, ce polymère végétal a également révélé d’autres propriétés étonnantes lorsqu’il était élaboré à l’état ultra pur. Notamment la capacité de remplacer un produit utilisé depuis très longtemps dans la lutte contre l’arthrose et pour d’autres applications, l’acide hyaluronique.

Le chitosan végétal est à la base une spécialité de Kitozyme, dirigée par François Blondel depuis 2010. Quelques années après son arrivée, ce dernier a décidé de créer avec le professeur Yves Henrotin de l’ULiège une spin-out centrée sur les applications médicales du chitosan ultra pur. C’est ainsi que KiOmed, qui occupe aujourd’hui environ 18 équivalents temps plein, a vu le jour. L’actionnariat est composé pour deux tiers d’investisseurs privés, à savoir les fondateurs (Kitozyme, François Blondel, les familles Mestdagh et Montulet, ainsi que le CEO) et deux industriels de la région. Les actionnaires publics sont Noshaq, la SRIW et Gesval.

Une injection unique

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Délivré sous forme d’injections, l’acide hyaluronique est une espèce de gel qui permet de lubrifier les articulations touchées par l’arthrose, principalement le genou et dans une moindre mesure, la hanche. Mais l’efficacité de ce traitement issu de l’extraction de crêtes de coqs reste modique (40% des patients ne répondent pas) et limitée dans le temps.

Le nouveau gel de KiOmed à base de chitosan se veut quant à lui plus performant et moins contraignant pour les patients. "Pour la visco-supplémentation du genou, on propose une injection unique, dont l’efficacité clinique est estimée au moins à 6 mois. Ce qui représente une rupture technologique et clinique importante car il n’y a pas eu d’innovation depuis très longtemps, avance Houtaï Choumane. Une étude clinique menée sur plus 90 patients répartis dans 7 centres a déjà démontré des résultats provisoires à 3 mois très encourageants en termes de réduction des douleurs arthrosiques, qui est l’élément capital."

Une deuxième étude

11 milliards $
Le marché global de l’acide hyaluronique est gigantesque. Il est estimé à 11 milliards de dollars.

Le produit de KiOmed vise également à concurrencer l’acide hyaluronique dans ses autres applications, dans le domaine dermatologique et en ophtalmologie (pour le syndrome de l’œil sec). Une deuxième étude clinique a été menée en dermatologie par KiOmed et "l’horizon de cet autre produit est également assez proche de celui pour l’arthrose en termes de validation et de lancement commercial", se réjouit François Blondel. Là aussi, le produit à base de chitosan dispose de sérieux atouts: "Notre produit des injections intradermiques pour réhydrater la peau a la capacité d’être injecté moins souvent, avec des aiguilles plus fines, ce sont des injections moins douloureuses", complète Houtaï Choumane.

"On a investi en tout jusqu’ici 21,3 millions d’euros dans ce programme", conclut François Blondel. "Mais c’est un ordre de grandeur qui est nécessaire pour ce genre de projet. Le marché global de l’acide hyaluronique est en effet gigantesque. Il est estimé à 11 milliards de dollars, dont 30% dans le domaine de l’arthrose, 40% en dermatologie, 20% dans l’ophtalmologique et le solde dans une série d’autres applications de moindre importance."

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