Le laboratoire allemand CureVac démarre à Wall Street sur un bond de 175%

©AFP

La société allemande CureVac, engagée dans la course au vaccin contre le Covid-19, est entrée ce vendredi sur l’indice Nasdaq de la Bourse de New York. Son titre a grimpé de 175% dans les premiers échanges.

Le laboratoire allemand de biotechnologie CureVac, engagé dans la course au vaccin contre le Covid-19, a placé ce vendredi comme escompté 13,3 millions d’actions auprès des actionnaires américains, récoltant au passage les 213 millions de dollars (180 millions d’euros) espérés via son entrée sur le Nasdaq. Le laboratoire, dont le Belge Jean Stephenne, ex-patron de GSK Biologicals, est président du conseil de surveillance, avait été au centre d’un conflit commercial entre l’Allemagne et les Etats Unis au printemps dernier, incitant Berlin à entrer au capital de l’entreprise à hauteur de 300 millions d’euros, en raison de son "intérêt stratégique", selon le ministre de l’Economie Peter Altmaier, un proche d’Angela Merkel.

Boudant les bourses européennes, comme d’autres sociétés du secteur avant elle, CureVac suscite un vif intérêt auprès des investisseurs américains.

Boudant les bourses européennes, comme d’autres sociétés du secteur avant elle, CureVac suscite un vif intérêt auprès des investisseurs américains. Les nouvelles actions, cédées à 16 dollars l’unité (le haut de la fourchette de 14 à 16 dollars proposée aux investisseurs) représentent environ 10% du capital total de la société, valorisée à l'ouverture à 2,7 milliards de dollars. L'action a immédiatement bondi de 175% pour atteindre les 44 dollars dans les premiers instants de sa cotation.

Parallèlement à l’IPO, le fondateur du géant du logiciel d’entreprise SAP, Dietmar Hopp, qui reste ainsi premier actionnaire de l’ex-start-up (49,7% via le fonds Dievini), a acquis pour 100 millions d’euros d’actions  supplémentaires de la société. Les investisseurs auront également la possibilité de souscrire 2 millions d’actions supplémentaires, dans les 30 jours.

150 millions de dollars sur les fonds levés dans le cadre de l’IPO serviront à financer le développement d’un vaccin contre le Covid-19, selon la société. L’ex start-up de Tübingen, dans le Bade-Wurtemberg (sud-ouest de l’Allemagne) fondée en 2000 sur le site de l’université locale, compte aujourd’hui 470 salariés. Elle développe des thérapies novatrices, basées sur l’ARN messager, et se concentre sur le développement de vaccins et de médicaments contre le cancer et les maladies rares.

17,4
millions d'euros
C'est le chiffre d'affaires plutôt modeste de CureVac.

CureVac est associée à différentes innovations médicales, dans le cadre de partenariats avec différents géants du secteur ( Johnson & Johnson, Sanofi-Pasteur, Boehringer Ingelheim, Glaxo-Smith Kline…) mais ne commercialise pour l’heure aucun produit propre, d’où son chiffre d’affaires modeste de 17,4 millions d’euros, sans rapport avec la valeur boursière de l’entreprise. Outre le vaccin contre le Covid-19, CureVac travaille à deux vaccins contre la rage et certains cancers, également sur la base de l’ARN Messager.

Le potentiel de CureVac, au cœur au printemps dernier d’un conflit entre Berlin et Washington autour des vaccins contre le Covid-19, serait de fait considérable, d’où l’intérêt suscité tant auprès des investisseurs que de l’administration Trump ou du gouvernement fédéral allemand, malgré le retard de trois mois accusé par la société sur le Covid-19 par rapport à ses deux principaux concurrents, les sociétés allemande Biontech et américaine Moderna. CureVac a démarré au printemps ses essais cliniques et compte passer à la phase trois des tests, décisive, d’ici la fin de l’année.  

L’entrée de CureVac sur le Nasdaq est un nouveau coup dur pour la place boursière de Francfort, déjà laminée par le scandale Wirecard. Une douzaine de sociétés allemandes de la biotechnologie sont entre-temps cotées sur le Nasdaq. Récemment, Immatics (une grosse PME active dans la recherche contre le cancer également installée à Tübingen et détenue par Dietmar Hopp), avait rejoint la Bourse de New York, tout comme auparavant Biontech (société de Mainz, elle aussi bien engagée dans la recherche d’un vaccin contre le Covid-19), Centogene (un laboratoire de Rostock en ex-RDA), Inflarx, Affined ou Pieris Pharmaceuticals. 

"Que de nouveau une jeune entreprise allemande opte pour le Nasdaq met cruellement en avant l’absence d’attractivité d’une mise en bourse en Allemagne. Ca doit changer sans délai."
Christine Bortenlänger
Membre du Directoire de la fédération deutsches Aktieninstitut,

"Que de nouveau une jeune entreprise allemande opte pour le Nasdaq met cruellement en avant l’absence d’attractivité d’une mise en bourse en Allemagne. Ca doit changer sans délai", déplore Christine Bortenlänger, membre du Directoire de la fédération deutsches Aktieninstitut, proche des milieux d’affaires. Trois facteurs expliqueraient ce manque d’attractivité de la place boursière allemande, selon Siegfried Bialojan, d’EY : le très haut niveau des fonds levés lors d’une entrée en bourse aux USA, le fort intérêt des investisseurs américains pour le secteur des biotechnologies, ainsi que leur connaissance du secteur, ainsi que la "visibilité" qu’assure une mise sur le marché aux Etats Unis.

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