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Le Nasdaq, le nouvel eldorado des biotechs belges

©nasdaq

De plus en plus de sociétés de biotechnologie vont se faire coter sur le Nasdaq. Chez nous, Galapagos et Celyad ont déjà franchi le pas. Pour les besoins de financement? Pas seulement…

Le rêve américain, beaucoup de personnes y croient encore. Notamment du côté des sociétés de biotechnologie. Elles sont de plus en plus nombreuses à se faire coter outre-Atlantique. Et plus précisément sur le Nasdaq, indice de référence pour le monde de la (bio)technologie.

Chez nous, la société malinoise Galapagos a été la première à franchir le pas en mai dernier. Une arrivée en fanfare d’ailleurs puisque le jour de son entrée à Wall Street, l’action s’est envolée de plus de 20%, levant au passage 275 millions de dollars au lieu des 250 millions visés. Et un mois plus tard, son cours avait déjà doublé. L’action Galapagos a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 50 euros. Ce qui signifie une capitalisation de plus de 2 milliards d’euros.

"Je suis vraiment content de cette opération", commente quelques mois plus tard Bart Filius, le directeur financier de Galapagos. "À l’époque, c’était la plus grande IPO ("Initial Public Offering" ou entrée en Bourse, NDLR) sur le Nasdaq de ces 10 dernières années pour une société de biotechnologie. Nous avons été capables d’expliquer aux investisseurs américains nos différents programmes, et pas seulement notre produit phare contre le rhumatisme. Et ce fut bénéfique pour nous. La liquidité de l’action s’est améliorée de manière significative entre l’avant et l’après-IPO".

Vers la fin juin, c’est au tour de la société basé à Mont-Saint-Guibert Celyad de concrétiser son rêve américain. Un rêve qui a par contre vite pris des teintes plus noires. La société a bien récolté les 100 millions de dollars espérés. Mais au fil des jours, les investisseurs américains ont délaissé quelque peu l’action, faute d’informations encourageantes.

Des IPOs très différentes

©Celyad

"Les premiers jours de cotation n’ont pas répondu à nos attentes", avoue après coup Patrick Jeanmart, le Chief Financial Officer (CFO) de Celyad. "Ce dont nous souffrons actuellement – et nous le savions pertinemment – c’est un manque de news flow. Or, pour une société cotée en Bourse (qu’elles soient à Bruxelles, New York ou ailleurs), c’est le fait de communiquer et d’être visible qui vous donne un attrait pour l’investisseur".

Pour Rudi van den Eynde, gestionnaire de fonds chez Candriam, la différence de performance entre Galapagos et Celyad provient notamment d’un manque d’informations "tangibles". "Les investisseurs américains ont besoin de résultats tangibles pour y croire. C’est très subjectif comme raisonnement". La société wallonne n’aurait donc pas réussi à convaincre de nouveaux investisseurs.

Le gestionnaire de fonds explique en outre que la sous-performance de Celyad à Wall Street est également due, en partie, à de la "malchance". "Celyad a fait son entrée sur le Nasdaq juste au moment où les autres sociétés de technologies de pointe avaient atteint leur plus haut et où les investisseurs prenaient leurs bénéfices. La société belge a dès lors été emportée dans leur sillage". Une consolidation qui s’est d’ailleurs accentuée en août lorsque l’indice Nasdaq Biotech s’est orienté à la baisse.

Malgré une IPO moins bonne qu’espérée, d’un point de vue des fondamentaux, la situation est bien meilleure pour Celyad. Patrick Jeanmart souligne l’importante trésorerie disponible, qui leur "donne une visibilité à 3-4 ans" et "finance l’ensemble de nos programmes". "Nous nous sommes enfin donné les moyens de nos ambitions. Et ça, nous l’avons eu grâce au Nasdaq".

Le rêve américain serait donc bien réel pour nos sociétés. C’est pourquoi Celyad et Galapagos pourraient bientôt être imitées. En coulisse, d’autres entreprises belges évaluent également la possibilité d’avoir une seconde cotation outre-Atlantique.

Des "brûleurs de cash"

Mais qu’est-ce qui explique cet engouement récent de nos sociétés de biotechnologie? Celles-ci évoquent en priorité la maturité plus importante du secteur belge. "Depuis plusieurs années, il y a eu énormément d’initiatives qui ont été prises au niveau européen", raconte Patrick Jeanmart. "Et certaines de ces sociétés de biotechnologie ont bien maturé, c’est-à-dire qu’elles ont bien avancé dans leur développement malgré la contrainte du financement. Par définition, une biotech a des projets scientifiques à développer. Mais elle doit faire face un déficit de financement. Soit parce que l’entreprise n’est pas suffisamment capitalisée au départ, soit certains acteurs financiers comme les ‘venture capital’ ont fait défaut (principalement depuis 2008)".

Les entreprises sont ainsi parvenues à se développer et avec elles, leurs programmes de recherche et futurs traitements. Mais revers de la médaille, ces programmes demandent de plus en plus de financement. Dans le milieu, on les surnomme d’ailleurs des "brûleurs de cash". "Visuellement, cela peut faire peur. Même pour nous autres professionnels", admet le gestionnaire Rudi van den Eynde. "Mais c’est leur business model. Et cela demande des connaissances approfondies et une certaine expérience pour analyser les informations scientifiques, afin d’en déceler le potentiel de croissance".

"Une cotation sur le Nasdaq est quand même attirante. Mais il faut trouver le moment idéal."
Wim Ottevaere
CFO d’Ablynx

La raison d’une double cotation sur le Nasdaq serait donc très simple (voire évidente): l’argent. "Chaque société active dans notre secteur est obligée de regarder si, éventuellement, il n’y a pas d’autres alternatives pour lever de l’argent", confirme Wim Ottevaere, le CFO d’Ablynx . "Et on voit bien que sur le Nasdaq, lever de l’argent, c’est beaucoup plus facile. Beaucoup de sociétés européennes commencent à lever de l’argent sur le Nasdaq. Pas seulement parce que c’est un mode de financement intéressant. Mais ça peut également accroître la liquidité de votre action et vous donner accès à un marché complètement différent d’ici". En effet, au plus la liquidité d’une action grandit, au plus cela attire de nouveaux investisseurs plus prudents. C’est en quelque sorte un cercle positif qui s’autoalimente.

De telles considérations signifient alors qu’Ablynx pourrait prochainement se faire coter à Wall Street? "Le Nasdaq est quand même attirant", reconnaît Wim Ottevaere. "Mais le moment où vous entrez en Bourse est également très important. Il faut trouver le momentum idéal".

Les investisseurs américains prennent plus de risques

Autre société belge également intéressée par une entrée à Wall Street: Tigenix . Dans une note publiée fin septembre sur le secteur des biotechs en Belgique, KBC Securities pense que la société louvaniste pourrait être la prochaine à faire son entrée sur le Nasdaq. Une information ni confirmée, ni infirmée par Claudia D’Augusta (CFO). "Nous explorons actuellement différentes options, sans oublier pour autant que notre société a grandi ici, en Belgique. Mais aux États-Unis, ils ont une base plus importante d’asset managers et analystes spécialisés dans les biotechnologies, ce qui offre des opportunités pour une société européenne. Ensuite, il existe un écart de valorisation entre les biotechs cotées en Europe et les biotechs cotées à Wall Street. Donc il y a automatique un return pour tous les investisseurs par le simple fait d’avoir une seconde cotation sur le Nasdaq. Et la combinaison de ces deux éléments explique pourquoi nous travaillons sur cette option".

Les investisseurs (principalement institutionnels) et analystes américains comprendraient donc mieux le secteur de la biotechnologie. De l’autre côté de l’Atlantique, il existe effectivement des fonds thématiques et spécialisés dans ces technologies de pointe. En Europe, les fonds sont plus généralistes. Et du fait de leurs connaissances approfondies, les fonds américains peuvent cibler de plus petites capitalisations, plus volatiles et donc plus risquées.

"Les investisseurs américains ne cherchent pas plus de risque que les investisseurs européens", nuance toutefois Rudi van den Eynde. "Ils sont en réalité plus axés sur l’innovation et donc plus tolérants et plus ouverts aux technologies de pointe des petites sociétés de biotechnologie. Comme ils connaissent bien le milieu, ils savent le prix à payer et prennent donc plus de risques".

Une bulle prête à éclater?

Avec tout cet engouement autour du secteur de la biotechnologie, certains investisseurs (tant américains qu’européens) ont commencé à craindre la formation d’une bulle boursière.

©Patrick dhaeyere

Avant que le Nasdaq ne se consolide durant l’été, l’indice boursier regroupant les entreprises biotechs avait vu sa valeur bondir de plus de 35%, surclassant les grands indices. Pour certaines sociétés, la progression atteint même 75%.

Une surperformance qui avait même attiré l’attention de la Réserve fédérale américaine. La présidente de la banque centrale Janet Yellen s’était déjà inquiétée en juillet 2014 de la survalorisation des petites sociétés de biotechnologie.

"Il faut tout de même relativiser la situation", explique Frank De Mol de "L’Investisseur". "Les grandes sociétés matures comme Biogen, Amgen ou Celgene commercialisent plusieurs produits et dégagent à présent des bénéfices. Et leurs résultats sont parfois meilleurs que prévu. Il y a certes quelques cowboys. Mais cela ne veut pas dire que l’ensemble du marché est trop cher".

Une analyse qu’approuve Rudi van den Eynde. "Les craintes d’une bulle spéculative ne sont pas justifiées. Pour de nombreuses petites capitalisations, les progrès scientifiques que pourraient apporter certains traitements ne sont pas encore entièrement compris dans le cours de leur action. Certes, certaines valorisations sont peut-être trop chères mais il ne s’agit pas d’une bulle".

Catalyseurs en vue

"2016 sera une année important pour de nombreuses biotechs."
Frank de Mol
Analyste pour l’Investisseur

Les investisseurs semblent en tout cas avoir mis un frein à leur euphorie cet été. À ce jour, la performance du Nasdaq Biotechnology Index (NBI) est retombée sous la barre des 10% par rapport à son cours du 31 décembre 2014. À titre de comparaison, le S & P 500 a grimpé de plus de 11% depuis le début de l’année. Les craintes d’une bulle spéculative semblent donc s’amenuiser. Pour l’instant…

En effet, les biotechs pourraient de nouveau faire parler d’elles l’année prochaine. "2016 sera une année très importante pour de nombreuses sociétés de biotechnologie", souligne Frank De Mol. "Plusieurs d’entre elles comme Celyad, Kiadis Pharma, Ablynx ou même Genticel doivent publier les résultats cliniques de plusieurs produits phares".

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