Le nouveau projet du fondateur de ThromboGenics

©Dries Luyten

Désiré Collen fédère des grands noms des affaires autour de la biotech belge. Pierre Drion, Urbain Vandeurzen et Arnoud de Pret vont épauler le fondateur de ThromboGenics dans Fund+, une société d’investissement dédiée à la santé et la pharma.

L’ancien banquier Pierre Drion, qui a longuement dirigé Petercam, l’ancien administrateur du brasseur AB InBev Arnoud de Pret Roose de Calesberg et le fondateur de la "hi-tech" louvaniste LMS (revendue à Siemens) Urbain Vandeurzen viennent de monter à bord de Fund+ en lui apportant quelques millions d’euros. Cette société d’investissement dédiée à la santé et la pharma a été créée un peu plus tôt par Désiré Collen, l’homme à l’origine de ThromboGenics, la biotech célèbre pour avoir mis au point un traitement par injection de maladies oculaires.

Désiré Collen a donc réussi à attirer quelques grosses pointures du monde des affaires belges dans son nouveau projet, comme il l’espérait. Et l’histoire ne va pas s’arrêter là, car il est en train de négocier l’entrée d’autres personnalités fortunées dans le capital de Fund+. Objectif: lever une centaine de millions d’euros, pour pouvoir investir dans de jeunes entreprises belges des sciences de la vie. En ciblant trois domaines d’activité: la thérapie, le diagnostic et les technologies médicales. "Nous ne voulons pas investir dans des sociétés encore embryonnaires, mais dans des entreprises un peu plus matures, qui éprouvent des difficultés à trouver des financements avant d’en arriver au stade où elles seront susceptibles d’attirer un des grands de la pharma", explique Désiré Collen.

©Montage MFN

 

 

Stratégique pour le pays

L’homme sait de quoi il parle. Outre le fait d’avoir présidé à la saga ThromboGenics, il a fondé l’ASBL Life Sciences Research Partners à Leuven. Par son biais, il a soutenu financièrement une série de spin-offs et d’autres start-ups à un stade très précoce de leur développement. Certaines d’entre elles sont devenues des succès éclatants, à l’image de Cardio3 (rebaptisée Celyad), Bone Therapeutics ou Iteos. Seulement voilà, à son estime, les fonds brassés via l’ASBL sont trop faibles pour vraiment dynamiser ce secteur à haut potentiel. D’où la mise sur pied de la société Fund+, officielle depuis le 7 mai.

"Le développement des sciences de la vie est stratégique pour la Belgique, souligne Collen. Ce qui distinguera Fund+des venture capitalistes classiques, c’est que nous accorderons plus d’attention à la valeur ajoutée sociétale: création d’emplois, ancrage local et maintien de la propriété intellectuelle en Belgique (brevets, patentes)." Fund+ ne sera par ailleurs pas limitée par des périodes d’investissement fixées à l’avance, avec des "exits" parfois forcés à des moments inopportuns. Elle investira à long terme.

Pour concrétiser cette ambition, Désiré Collen a fédéré des investisseurs privés et publics. La SRIW et la Société fédérale de participations et d’investissement font partie des premiers actionnaires de Fund+, aux côtés de Désiré Collen et de Life Sciences Research Partners. Cette dernière a apporté dans la corbeille cinq de ses participations: Iteos Therapeutics, Q Biologicals, Promethera, Euroscreen et MastherCell. Soit les plus matures de son portefeuille. Des discussions sont en cours avec d’autres institutionnels intéressés à rejoindre le tour de table.

Actuellement, le capital social de Fund+ s’élève à 18,5 millions d’euros. "Nous n’avons appelé qu’une première tranche d’un peu plus de 25%, précise Chris Buyse, l’ex-CFO de ThromboGenics nommé à la tête de Fund+. En réalité, le compteur est déjà à plus de 60 millions de capital. Et d’ici les vacances d’été, nous accueillerons de nouveaux actionnaires qui nous apporterons une vingtaine de millions supplémentaires. On sera donc à 80 millions."

L’objectif des 100 millions fixé pour la fin 2015 semble dès lors abordable. À noter que le capital autorisé de la société a été fixé à 200 millions. "Cent millions, c’est notre ambition, cela nous permettra de compter auprès des grands fonds européens. Quant à monter plus haut en capital, on verra bien", nuance Buyse.

Un réservoir exceptionnel

La société investira au maximum 5 à 7 millions d’euros par dossier. "Nous avons reçu une dizaine de dossiers d’investissement depuis le début de l’année, poursuit le nouveau CEO. Deux ou trois nous paraissent très intéressants. D’ici l’été, on annoncera peut-être notre premier investissement."

Le projet vise entre autres à mieux exploiter le potentiel du pays dans ce secteur, en contribuant à conserver un maximum de choses en Belgique. C’est ce qui a séduit Pierre Drion. "Je suis passionné par la biotechnologie, explique-t-il. J’estime que la Belgique détient un réservoir de sociétés biotechnologiques exceptionnel dû, notamment, à la qualité de ses universités, aussi bien au nord qu’au sud du pays. Il y a donc une belle place à prendre pour un fonds qui participera au développement de ces spin-offs avec une équipe dirigeante dotée de fortes capacités scientifiques et entrepreneuriales." Allusion à l’équipe mise en place autour de Chris Buyse, lestée d’une riche expérience dans l’analyse des investissements dans ce secteur, nous dit-on.

Cerise sur le gâteau, ajoute Pierre Drion, les coûts de gestion de Fund+ seront volontairement maintenus beaucoup plus bas que ce que pratique habituellement le marché. "Nous avons réuni des personnalités affichant des valeurs éthiques proches des nôtres", conclut Désiré Collen.

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