Le tissu wallon des biotechnologies s'étoffe et amorce un tournant

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La Wallonie s’est dotée depuis quelques années d’un véritable tissu d’entreprises actives dans les technologies de santé au sens large. De nouvelles sociétés émergent, et l’emploi suit. Entre 2005 et 2013, l’emploi dans le secteur a ainsi progressé de 71 %. Il a même doublé dans les PME, qui constituent une large majorité des entreprises du secteur.

Même au plus fort de la crise, vers 2009-2010, le secteur a continué à embaucher. Et si aucun chiffre n’est encore disponible pour 2014 et 2015, tout indique qu’elles seront elles aussi de grands crus.

Cette effervescence a un impact sur l’emploi indirect, qui génère un effet de levier deux fois supérieur. Les 15.400 emplois directs sont en effet complétés par une trentaine de milliers d’emplois indirects.

"En cette matière, les exemples les plus percutants sont certainement les sociétés de thérapie cellulaire. Celles-ci n’existaient pour ainsi dire pas en 2005. Aujourd’hui, certaines d’entre elles emploient plusieurs dizaines de personnes", indique Sylvie Ponchaut, directrice générale de BioWin, le pôle de compétitivité wallon spécialisé dans les domaines de la santé.

Capitaux étrangers

Ce pôle, qui est parvenu à offrir à ses entreprises une résonance internationale, contribue à la notoriété de la Région et offre au secteur de la santé un potentiel de croissance appréciable. "Et l’apport de capitaux étrangers engendre un ancrage des entreprises, qui restent en Wallonie", précise Sylvie Ponchaut.

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En neuf ans, la création de capital dans les 125 PME wallonnes du secteur a atteint les 683 millions d’euros, chiffre qui n’inclut pas les dernières opérations du genre Novadip, qui vient de lever à elle seule 28 millions. La croissance pourrait même s’accélérer dans les prochaines années, particulièrement dans le domaine des thérapies cellulaires, devenu un fer de lance du secteur. Quelques locomotives comme Bone Therapeutics ou Celyad se préparent tout doucement à se lancer dans la production.

C’est un véritable défi. "Quand elles passeront en phase de production, elles devront porter leurs effectifs d’environ 80 personnes à 250 personnes", souligne Frédéric Druck, directeur général adjoint de BioWin.

Jean-Pierre Delwart. ©Photo News

"L’un des principaux défis à venir sera de gérer l’émergence des thérapies cellulaires. Il s’agira d’industrialiser sans être phagocytés par des acteurs étrangers, notamment américains", confirme Jean-Pierre Delwart, le patron d’Eurogentec, qui préside le conseil de gouvernance de BioWin.

Ce ne sera pas évident. Contrairement à la Flandre, qui compte de plus grosses entreprises – une trentaine au total –, le tissu wallon des entreprises de santé est essentiellement constitué de PME. GSK, UCB, IBA, l’IRE, Baxter et Eurogentec sont pour ainsi dire les seuls acteurs d’une taille substantielle et de portée mondiale.

Pour répondre aux défis qui se poseront d’ici 2020, BioWin entend donc asseoir le statut international de la Wallonie, en faisant d’elle une région reconnue pour la qualité de son environnement de recherche académique, clinique et industriel.

Ce surcroît de notoriété doit contribuer à renforcer le pouvoir d’attraction de la Wallonie à l’égard des investisseurs étrangers. Jean-Pierre Delwart insiste également sur la nécessité de renforcer la collaboration entre sociétés.

Compétences

Celle-ci sera d’autant plus importante que la croissance des entreprises créera une demande de compétences spécifiques. "Mettre au point un produit qui offre des perspectives mondiales ne veut pas dire que l’on a les capacités de le commercialiser au niveau mondial. L’enjeu est alors de trouver le bon partenaire", dit Pierre Léonard, chef de cabinet adjoint du ministre de l’Economie Jean-Claude Marcourt.

L’un des principaux défis à venir sera de gérer l’émergence des thérapies cellulaires.
Jean-Pierre Delwart
Président de BioWin

Un des rôles de BioWin est précisément de trouver des partenariats économiques à l’international. "Il est évident que les sociétés de thérapie cellulaire ne deviendront pas des géants à la Pfizer qui emploient 10.000 personnes. Il faut donc favoriser les partenariats avec de grands acteurs mondiaux", note Frédéric Druck.

"Le problème premier, c’est d’avoir les compétences suffisantes pour produire. À cet égard, le coût salarial n’est pas un problème, étant donné le niveau technologique requis", ajoute Jean-Pierre Delwart.

À entendre les responsables de BioWin, la moitié du chemin est fait. "La Wallonie est attractive. Il suffit de voir l’exemple de Fund +, le nouveau fonds de 100 millions d’euros créé par Désiré Collen, qui a investi dans six start-ups depuis mai. Cinq d’entre elles sont wallonnes", souligne Sylvie Ponchaut. Qui se félicite de la pérennisation du pôle, nécessaire selon elle pour soutenir des entreprises qui développent des produits de long terme.

"Il y a un délai important entre le produit de la recherche et la mise sur le marché. Et même s’il y a une croissance de 100%, le nombre d’emplois créés ne sera pas énorme, ajoute Jean-Pierre Delwart. Mais on en arrive tout de même à des PME qui emploient 15 à 20 travailleurs après être parties de 2 ou 3 personnes".

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