Le transfert de plasma n'aurait qu'une efficacité limitée contre le Covid-19

Le plasma de convalescents a été utilisé avec un certain succès pour traiter certains virus respiratoires, mais son effet sur le nouveau coronavirus semble très faible. ©Photo News

Une étude indienne montre que le transfert de plasma ne réduit pas la probabilité, pour les patients atteints du Covid-19, d'être gravement malades ou de mourir. Mais d'autres essais cliniques sont menés avec du plasma contenant de plus hauts niveaux d'anticorps.

Nouvelle douche froide dans la recherche d'un traitement contre le nouveau coronavirus: transfuser à des malades atteints du Covid-19 du plasma prélevé sur des personnes ayant été contaminées, mais désormais rétablies, ne réduit pas la probabilité qu'il tombent gravement malades ou en meurent, selon une étude publiée ce vendredi.

Des risques d'effets secondaires

La transfusion du plasma (la partie liquide du sang qui concentre les anticorps après une maladie) se base sur le transfert d'immunité passive. La technique vise à permettre aux malades d'éliminer plus vite le virus et de limiter les dégâts sur l'organisme.

464
Patients
L'étude a enrôlé, entre avril et juillet, 464 patients adultes, d'une moyenne d'âge de 52 ans.

Si le traitement semble avoir déjà produit des résultats, son efficacité exacte fait encore débat, faute d'études cliniques exhaustives jusqu'ici. Et il présente un risque d'effets secondaires et de transmission d'agents infectieux. Le plasma de convalescents a été utilisé avec un certain succès pour traiter d’autres virus respiratoires. On sait qu'il fonctionne bien pour certaines maladies, comme la rougeole, mais pas pour d'autres, comme Ebola.

En tant que traitement des malades du Covid souffrant de formes modérées, "le plasma de convalescent a montré une efficacité limitée", conclut l'étude réalisée en Inde et publiée dans la revue médicale BMJ. Elle appelle toutefois à conduire de nouvelles études se concentrant sur du plasma contenant de hauts niveaux d'anticorps neutralisants. Il s'agit des premiers résultats d'essais cliniques destinés à évaluer les bénéfices d'une transfusion de ce plasma.

Des dizaines d'hôpitaux repris dans l'essai

Lors de cet essai clinique randomisé (patients choisis par tirage au sort) conduit dans des dizaines d'hôpitaux publics et privés en Inde, les chercheurs ont découvert que cette méthode n'avait pas permis de réduire la mortalité ou d'empêcher, pour les malades modérés, la progression vers un cas grave. L'étude, financée par le Conseil indien pour la recherche médicale, a enrôlé, entre avril et juillet, 464 patients adultes, d'une moyenne d'âge de 52 ans, et les a séparés au hasard en deux groupes entre avril et juillet.

Le plasma de convalescents a été utilisé avec un certain succès pour traiter d’autres virus respiratoires.

Le groupe contrôle de 229 malades a reçu les soins habituels, tandis que 235 patients ont reçu deux transfusions de plasma de convalescents en plus des soins habituels.
Après 28 jours, 44 participants (19%) du groupe plasma et 41 (18%) du groupe contrôle ont développé une forme grave de la maladie ou en sont morts. En limitant la comparaison aux patients ayant reçu du plasma avec un niveau d'anticorps détectables, les résultats n'ont pas changé.

"Il y a d'autres éléments prometteurs indiquant que du plasma de convalescent avec des hauts niveaux d'anticorps pourrait améliorer le sort des patients."
National Health Service (Royaume-Uni)

En revanche, selon l'étude, les transfusions de plasma ont permis une réduction des difficultés respiratoires et de la fatigue, et le virus était moins souvent détectable après sept jours.

Le service de santé britannique National Health Service (NHS), qui mène le même type d'étude sur le plasma, s'est toutefois montré prudent, soulignant que l'essai indien avait utilisé des dons de plasma contenant entre 6 et 10 fois moins d'anticorps que ceux collectés au Royaume-Uni. "Il y a d'autres éléments prometteurs indiquant que du plasma de convalescent avec des hauts niveaux d'anticorps pourrait améliorer le sort des patients", a-t-il indiqué.

Pas encore de traitement

Dix mois après l'apparition du Covid-19, si de nombreux projets de vaccins progressent à un rythme inédit, aucune étude clinique n'a encore prouvé la réelle efficacité d'un traitement. Le vaste essai clinique britannique Recovery a montré récemment que l'association des médicaments antiviraux lopinavir et ritonavir, utilisée contre le virus du sida, n'avait pas d'intérêt. Il était arrivé aux mêmes conclusions en juin avec l'hydroxychloroquine.

Un antiviral, le remdesivir, qui vient d'être autorisé par la FDA américaine, réduit légèrement la durée de rétablissement des malades du Covid-19 hospitalisés, mais n'a pas prouvé de bénéfices en termes de réduction de la mortalité. La dexaméthasone semble être, pour l'instant, le seul traitement à avoir montré une certaine efficacité sur la mortalité pour les cas graves.

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