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Le vaccin pour la diversité

Rédacteur en chef adjoint

Avec ses deux fondateurs allemands d'origine turque, BioNTech nous montre combien la diversité peut être facteur de progrès et de dynamisme entrepreneurial.

"Le progrès naît de la diversité des cultures", disait le biologiste Pierre Joliot dans son livre "La recherche passionnément". Et le progrès par la diversité, Joliot la connait bien, lui qui est le petit-fils d’une certaine Marie Curie, née Maria Sklodowska à Varsovie, venue à Paris pour révolutionner la science nucléaire et décrocher deux prix Nobel.

C’est aussi la leçon que nous a livrée BioNTech en début de semaine, en nous offrant la perspective encore fragile d’un vaccin capable d’éradiquer ce virus qui terrasse nos sociétés et nos économies. Une aventure formidable, menée tambour battant par un couple de scientifiques d’origine turque, pétris de rêves: Özlem Türeci et Ugur Sahin.

L’ironie voudra qu’ils iront chercher le géant américain Pfizer pour adosser et développer leurs résultats, une entreprise dirigée par un Grec dont le pays est en indélicatesse chronique avec la Turquie.

Pour une Özlem Türeci, pour un Ugur Sahin, combien restent sur le carreau, combien échouent à contribuer à la société qui les a accueillis, faute d’une intégration convenable?

Regroupement familial, opportunité de travail, l’histoire des fondateurs de BioNTech ressemble à celle de ces centaines de milliers de migrants qui réussissent chaque année, par le hasard ou les nécessités de la vie, à déposer leurs valises en terre européenne. Combiné à la migration violente et forcée pour une trop grande partie d’entre eux, le scénario se reproduit avec des fortunes diverses: pour une Özlem Türeci, pour un Ugur Sahin, combien restent sur le carreau, combien échouent à contribuer à la société qui les a accueillis, faute d’une intégration convenable, d’une gestion contrôlée de la migration, d’une acceptation des droits et des devoirs de chacun des deux côtés de la barrière...?

L’entrepreneuriat est un village mondial, où la diversité peut produire des merveilles, comme BioNTech, lorsqu’elle se construit sur un récit commun, progressiste, en quête de solutions. Elle constitue aussi, comme nous l’a rappelé récemment la Banque nationale de Belgique, un élément économique primordial. Plus d’un immigré de la première génération sur trois n’avait pas d’emploi en 2019, une proportion qui monte à près d’un sur deux pour les immigrés provenant d’un pays non européen. Pire, la Belgique attire sur son sol moins d’immigrés avec de hauts niveaux d’éducation que ses collègues européens.

Plus d’un immigré de la première génération sur trois n’avait pas d’emploi en 2019, une proportion qui monte à près d’un sur deux pour les immigrés provenant d’un pays non européen.

Si la Belgique a besoin d’un vaccin, c’est aussi celui de cette diversité incluse et contributive. Et pour en injecter le produit, rien de tel qu’une piqûre de rappel. BioNTech peut nous en fournir une double dose.

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