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Le vaccin qui dope la biotech allemande

La PME mise sur un chiffre d'affaires de 16 milliards d'euros cette année. ©REUTERS

La start-up allemande BioNTech était la première à lancer en novembre 2020 un vaccin contre le covid. Le BNT162b2, efficace à plus de 90% contre le virus, repose sur la technique de l’ARN Messager et dope un secteur souffrant en Allemagne d’un déficit d’investissement chronique.

Un vaccin concocté en moins d’un an… Un chiffre d’affaires de 7,3 milliards d’euros au premier semestre 2021 (contre 70 millions d’euros un an plus tôt); un bénéfice de 5,3 milliards d’euros sur six mois (contre une perte de 41,7 millions l’an passé) … BioNTech, la petite biotech allemande installée rue de la Mine d’Or, à Mayence, vole de succès en succès.

+36%
Selon le rapport annuel publié par EY, les 710 entreprises du secteur ont réalisé l'an passé 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit une augmentation de 36%.

La PME créée par un couple de médecins d’origine turque, Ugur Sahin et Özlem Türec, mise sur un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros cette année. Pour BioNTech, qui a décollé après des années de recherches infructueuses sur l’ARN-Messager appliqué aux cancers, la pandémie a bien des allures de mine d’or. De quoi financer les nombreux projets d’Ugur Sahin, comme l’ouverture de deux sites de production en Afrique, l’un au Sénégal l’autre au Rwanda, prévue pour 2022, afin de "produire sur le continent africain les vaccins à ARNm contre le paludisme et la tuberculose actuellement en développement".

2020 aura été une année record pour la biotech allemande. Les 710 entreprises du secteur ont réalisé l’an passé 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+36%), selon le rapport annuel publié par EY et investi 3,1 milliards d’euros dans la recherche dont la moitié pour BioNTech et son concurrent malheureux Curevac.

Des sommes colossales

Ce sont là les deux faces d’une même médaille. Côté pile, le succès de BioNTech et la forte croissance du secteur. Côté face, la difficulté pour les acteurs du marché de trouver les capitaux dont ils ont besoin pour mener leurs projets jusqu’à la phase commerciale. Car dans le domaine, il faut en règle générale de longues années avant que n’émerge un produit, les sommes à débourser sont colossales et les retours sur investissement très incertains.

"BioNTech n’aurait certainement pas réussi son pari sans le partenariat avec Pfizer."
Viola Bronsema
Présidente de Bio Deutschland

"BioNTech n’aurait certainement pas réussi son pari sans le partenariat avec Pfizer, admet Viola Bronsema, présidente de Bio Deutschland, une fédération de la branche. Dans ce secteur, il faut un partenaire fort, surtout pour la partie des tests." Une logistique considérable, pour laquelle l’appoint de Pfizer a joué un rôle décisif.  Interrogé à ce sujet, Ugur Sahin admet avec le sourire qu’à l’étranger, son vaccin "est connu sous le nom de Pfizer. C’est bien comme ça", ajoute le chercheur, connu pour sa modestie.

Véritable nerf de la guerre, les investissements restent le point faible du secteur en Allemagne. Sur les 6,2 milliards de capital-risque investis dans les start-ups allemandes en 2019, 1,5 % seulement sont allés vers les biotechs, selon le rapport annuel d’EY, soit 90 millions d’euros. Et les PME de la branche n’ont jusqu’à présent survécu que parce qu’elles sont portées à bout de bras depuis une quinzaine d’années par trois milliardaires: Dietmar Hopp, cofondateur de SAP dans les années 70 et passionné de biotechnologies d’une part; les frères jumeaux Stüngmann d’autre part.

"En Allemagne, les entreprises de biotechnologies sont considérées comme un secteur à risque, au même titre que des sociétés qui se trouveraient au bord de la faillite."
Viola Bronsema
Présidente de Bio Deutschland

"Sans eux, la biotechnologie allemande n’existerait pas, estime Viola Bronsema. Il est temps de créer en Allemagne et en Europe les conditions qui permettraient le développement des investissements dans le secteur." Et de citer la mise en place d’avantages fiscaux, ou bien la possibilité pour les fonds de pension d’investir dans les secteurs dits "à risques" comme c’est le cas aux États-Unis. Ou encore la possibilité pour l’État de subventionner plus largement une branche fragile. "En Allemagne, les entreprises de biotechnologies sont considérées comme un secteur à risque, au même titre que des sociétés qui se trouveraient au bord de la faillite, dénonce Viola Bronsema. Du coup, l’accès aux subventions publiques leur est quasiment interdit."

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