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Les actionnaires d'Ogeda empocheront… 23 fois leur mise

Journaliste

Ogeda, la société basée à Gosselies est rachetée par le laboratoire japonais Astellas Pharma. Désireux de pénétrer le marché lucratif de la ménopause, ce dernier a été attiré par le potentiel du traitement d’Ogeda contre les bouffées de chaleur. Astellas n’a pas regardé à la dépense: si tout se passe comme prévu, les actionnaires d’Ogeda percevront une somme totale de 800 millions d’euros. Pas mal pour une société capitalisée à un peu moins de 35 millions d’euros.

C’est sans doute le plus gros deal conclu à ce jour dans le petit monde belge des biotechnologies. Les résultats très encourageants de la phase 2a des essais cliniques de la molécule phare d’Ogeda (ex-Euroscreen) dans le traitement des bouffées de chaleur liées à la ménopause ont attiré l’attention d’un gros acteur.

Reste à transformer ce savoir-faire wallon en emplois. C’est là que le bât blesse encore.

Les actionnaires – huit possédant plus de 2 % du capital et 36 "petits", parmi lesquels Bois Sauvage, Floridienne ou Quest for Growth, détenant moins de 2 % – se voient proposer un montant maximum de 800 millions d’euros: 500 millions d’emblée – l’accord devrait être mis en œuvre au deuxième trimestre –, auxquels s’ajouteront 300 millions liés aux étapes ultérieures du développement de ce médicament. Proportionnellement, c’est plus fort que les success stories de biotechs flamandes comme Galapagos ou Ablynx.

Second deal biotech de l’année

La société basée à Gosselies arrivait à un stade de son développement où elle allait devoir trancher entre un nouvel appel aux investisseurs privés, une entrée en Bourse et une vente à un gros acteur. Au vu de l’offre d’Astellas, le choix des actionnaires a été vite fait. À terme, ce deal devrait leur permettre d’empocher jusqu’à… 23 fois leur mise initiale. De quoi permettre notamment aux acteurs publics, comme la SRIW, de réinvestir dans de nouveaux projets.

Selon le cabinet spécialisé Dealogic, cette transaction représente du reste la onzième plus grosse transaction en importance réalisée sur un peu plus d’un an et la deuxième depuis le début de cette année dans le monde biomédical. Pas mal pour une société capitalisée à hauteur de 34,6 millions d’euros.

Pour Astellas, la dépense n’a rien de rédhibitoire. Le laboratoire nippon, qui s’appuie sur un matelas de cash de quelque 3,2 milliards de dollars, voit dans cette transaction le moyen de "fournir des médicaments innovants dans des domaines thérapeutiques avec d’importants besoins médicaux à combler", selon les termes de son CEO, Yoshihiko Hatanaka.

La société nipponne est actuellement à la recherche de nouveaux vecteurs de croissance: un de ses blockbusters, le Vesicare, un traitement de l’incontinence urinaire qui lui rapporte 1,2 milliard de dollars par an (10 % de son chiffre d’affaires), perdra l’an prochain son brevet aux Etats-Unis, où il devra faire face à la concurrence des génériques. Astellas cherche donc de nouveaux territoires à explorer. La ménopause, par exemple.

Un marché potentiel de 24 milliards

"Le marché mondial, qui est partagé entre les produits hormonaux et les phyto-oestrogènes, pèse aujourd’hui quelque 6 milliards d’euros. Mais son potentiel d’ici 2024 est estimé à 24 milliards", souligne François Fornieri, le patron de la société liégeoise Mithra, qui développe elle aussi un traitement contre les effets indésirables de la ménopause.

Comme le dit CEO Jean Combalbert, le CEO d’Ogeda, Astellas s’est laissé autant convaincre par le potentiel de vente du fezolinetant, qui avait d’ailleurs attiré l’attention d’autres acteurs (lire l’interview en page 5), que par les résultats probants donnés par les essais cliniques.

La phase 2a, réalisée sur un échantillon de 80 femmes dans sept hôpitaux du pays, a en effet permis d’obtenir une réduction significative de la fréquence (89 % après 4 semaines, 93 % après 12 semaines) et de la sévérité (-60 % et -70 %) des bouffées de chaleur par rapport à un échantillon placebo. Et aucun effet indésirable "grave" n’a en outre été détecté.

Ogeda insiste beaucoup sur l’alternative non hormonale qu’offre son traitement. Les traitements par hormones de substitution administrés aujourd’hui entraînent en effet des risques cardiovasculaires et de cancer du sein. Sans compter que la molécule fezolinetant ouvre des perspectives dans d’autres pathologies comme le syndrome polykystique ovarien ou encore l’endométriose. Cette maladie gynécologique se caractérise par la formation, en dehors de l’utérus, de tissus formés de cellules endométriales (l’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus).

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