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Les cliniques vétérinaires en plein boom en Belgique

La hausse continue du nombre d'animaux de compagnie, mais également la demande pour des soins plus professionnels, ont entraîné une multiplication des centres et cliniques vétérinaires, comme ici le centre Niv-Vet à Nivelles.

Avec des années de retard par rapport à d'autres pays, la Belgique connaît à son tour une métamorphose du secteur de la médecine animale, avec la multiplication des cliniques vétérinaires et l'arrivée de grands groupes.

À Gand, vient de s’ouvrir la première clinique belge pour les animaux de compagnie en surpoids. Avec cinq autres spécialistes, Myriam Hest, une vétérinaire spécialiste de l’alimentation des animaux à l’UGent, se propose d'aider les propriétaires de chats et chiens obèses pour que leurs compagnons de vie retrouvent un poids plus adapté. Jusqu’à présent, dans notre pays, de nombreuses cliniques vétérinaires s’occupaient déjà de ces problèmes de santé particuliers, mais aucune n’y était entièrement dédiée.

La création de cette première "Healthy Weight Clinic", qui est intervenue quasiment en même temps que l'annonce de l'entrée en bourse de TheraVet, une société spécialisée dans les traitements des maladies ostéo-articulaires des animaux, est une nouvelle illustration du développement et de la métamorphose du secteur de la santé animale ces dernières années en Belgique et dans le monde. Depuis quelques années, on est en train d'assister en effet à une multiplication des centres et cliniques vétérinaires, qui poussent comme des champignons aux quatre coins du pays. L'explication? La hausse continue du nombre d'animaux de compagnie, mais également la demande pour des soins plus professionnels.

Vers la bonne pratique

"Nous avons commencé à deux dans les années 1990, puis nous sommes passés à trois, puis à quatre et nous sommes aujourd'hui huit vétérinaires plus cinq assistants" explique le docteur Stephan Migden, vétérinaire équin, un des associés de Niv-Vet, un des deux nouveaux centres vétérinaires qui viennent d'ouvrir leurs portes presque simultanément à Nivelles. "Nous étions trop à l'étroit pour la quantité de travail. Ici, nous avons quatre salles de consultation, deux de chirurgie, des salles d'imagerie séparées, un grand parking, une grande salle d'attente."

"Le petit praticien généraliste qui fait un peu de tout, mais finalement rien à fond, cela se perd".
Janis Riga
Gestionnaire interne de Niv-Vet

"Aujourd’hui, on va vers la bonne pratique médicale" ajoute de son côté Janis Riga, le gestionnaire interne de Niv-Vet, "La médecine à l'ancienne, le petit praticien généraliste qui fait un peu de tout, mais finalement rien à fond, cela se perd. Les gens veulent quelqu’un qui s’y connait dans tel ou tel domaine. Ils veulent aussi un diagnostic. S’il y a un problème cardiaque,  ils veulent savoir de quel problème cardiaque il s’agit.  S’il faut faire des examens complémentaires, ils sont prêts à donner ce qu’il faut. Les gens ont vu sur internet ou lors d’émissions vétérinaires que l’on peut faire des scanners pour les petits animaux" poursuit Janis Riga, qui souligne également que certains traitements de pointe, comme la chimiothérapie, sont devenus monnaie courante pour les chiens.

Un marché en forte croissance

"Le marché des petits animaux est un marché en forte croissance partout dans le monde, parce que les animaux de compagnie deviennent de plus en plus importants pour les propriétaires. Ils font partie de la famille", explique de son côté Kathleen Moons, la country manager à la tête d'AniCura Belgium. Le groupe suédois, qui a été repris en 2018 par le géant de la confiserie et de l'alimentation animale Mars, a fait son entrée en Belgique début 2020, principalement en Flandre, où le phénomène des regroupements et des cliniques vétérinaires était déjà plus avancé, notamment pour les gros animaux.

"Tout ce qu'on voit dans la médecine humaine, on le retrouve également en médecine vétérinaire."
Kathleen Moons
Country manager d'AniCura Belgium.

"Et avec le Covid, on a vu une augmentation énorme du nombre des animaux. Les gens sont plus à la maison, parfois seuls. Les propriétaires attendent donc le même niveau de soins que pour leurs enfants ou pour les êtres humains. "Tout ce qu'on voit dans la médecine humaine, on le retrouve également en médecine vétérinaire" complète Kathleen Moons.

Une extension en Europe

Le groupe AniCura est aujourd’hui constitué de seize localisations en Belgique (douze en Flandre, trois à Bruxelles et une en Wallonie), toutes spécialisées en petits animaux et offrant des soins vétérinaires avancés. Il s'apprête à accueillir bientôt de nouveaux centres, surtout en Wallonie. L'enseigne regroupe pour l'instant plus de 250 collaborateurs en Belgique, la moitié de vétérinaires et le reste d'assistants.

16
localisations
AniCura Belgique est constitué de 16 localisations en Belgique, mais s'apprête à en accueillir bientôt de nouvelles, surtout en Wallonie.

Mais il n'est pas le seul. Un autre poids lourd européen est également présent chez nous: IVC Evidensia, qui compte 29 implantations. Il s'agit d'un groupe né de la fusion en 2017 entre le britannique IVC et le suédois Evidensia. Un beau bébé valorisé à 12 milliards d'euros. On retrouve aussi des initiatives locales comme Nesto, BeVet (qui commence à se structurer en Wallonie) ou le français Univet. L'appartenance à de grands groupes permet de donner accès à tous les avantages d'un réseau en termes de support professionnel, d'investissement ou même de formation. Cette tendance était déjà répandue dans les pays scandinaves et le Royaume-Uni depuis pas mal d'années et s'est étendue ensuite au reste de l'Europe.

Une structure de partenariat

Aujourd'hui, le code de déontologie de la branche en Belgique ne permet pas encore à des non-vétérinaires de devenir actionnaires de sociétés vétérinaires. AniCura a mis en place une structure de partenariat qui permet de collaborer avec les vétérinaires faisant partie du réseau, en respectant le code et leur indépendance thérapeutique, indique Kathleen Moons. Autre particularité de la Belgique: la distinction entre cabinets, centres et cliniques vétérinaires, cette dernière catégorie correspondant à des standards les plus exigeants, en termes de gardes et d'accessibilité jours et nuits notamment.

Reste une question: cette évolution pourrait-elle signifier à terme la quasi-disparition des petits cabinets? "Non, rétorque Kathleen Moons. "Pour nous, il y a une complémentarité avec les petits cabinets vétérinaires, qui offrent des services de première ligne, avec nos structures qui offrent des services plus évolués et plus spécialisés. Il ne faut pas nous considérer comme une menace, mais comme une opportunité de développer encore plus les soins vétérinaires, avec des bénéfices pour tous. Ce sera un peu comme dans la médecine humaine. On passe d'abord par notre médecin, avant de s'orienter vers les hôpitaux."

"Il faut éviter la déconnexion entre les vétérinaires et les managers de cliniques" ajoute encore la country manager du groupe suédois. ""C’est pourquoi nos cliniques sont gérées par des vétérinaires. Vétérinaire, c'est une profession où on rencontre des gens qui vous disent qu'ils rêvaient de faire cela quand ils avaient quatre ou cinq ans. Il y a très peu de professions dans ce cas. Combiner cette passion avec le support pour le management et les opportunités d’appartenir à un groupe, c'est un mariage parfait".

"Les jeunes vétérinaires veulent prester moins d'heures et ne veulent plus assurer sans arrêt des gardes."
Stephan Degallaix
Président de l'Union professionnelle vétérinaire (UPV).

La multiplication des centres et cliniques vétérinaires en Belgique était sans doute de toute façon inéluctable, conclut Stefan Degallaix, le président de l'Union professionnelle vétérinaire (UPV). "Les jeunes vétérinaires veulent prester moins d'heures et ne veulent plus assurer sans arrêt des gardes, comme cela a été le cas pour nous par le passé. Ils ne veulent plus faire 50 ou 60 heures par semaine. C'est pour cela que l'arrivée des groupes est vue comme une bonne chose, car cela leur permet d'être salariés et de travailler moins d'heures. Cela permet de se focaliser sur leur boulot et de ne plus faire toutes les tâches administratives."

Le Belge aime les animaux de compagnie

Il y aurait en Belgique quelque 2,5 millions de propriétaires d'animaux de compagnie, une des densités les plus élevées d'Europe. Cela correspondrait environ à 1,5 million de chiens et 2,2 millions de chats dans le pays. Suivent ensuite les petits mammifères comme les lapins et les cobayes (1,3 million), puis loin derrière, les oiseaux et les reptiles. Avec le covid, tous ces chiffres ont augmenté.

Malgré le récent essor du nombre de cliniques vétérinaires, le marché belge est encore très morcelé, selon les données d'AniCura, qui recense plus de 3.000 cabinets pour les animaux de compagnie, dont 90% sont assurés par un ou deux vétérinaires seulement. Parmi les 300 autres cabinets, seuls 70 comptent au moins quatre vétérinaires.

Il y a un peu plus de 6.000 vétérinaires en Belgique, dont 2.300 ou 2.400 en Wallonie. Les deux tiers sont spécialisés en petits animaux. Ce qui représente 5,4 vétérinaires par 10.000 habitants, l'un des taux les plus élevés en Europe.

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