Les groupes pharma américains face à des milliards de dollars d'amendes

©REUTERS

Les sanctions dans la crise des opiacés aux Etats-Unis continuent de tomber. Après l'amende imposée à Johnson & Johnson, Purdue Pharma plie l'échine et serait prête à accepter à passer à la caisse.

On disait que l'amende de 572 millions de dollars, imposée à Johnson & Johnson dans la crise des opiacés, serait un exemple pour d'autres groupes pharmaceutiques. De fait. On apprend aujourd'hui que le groupe Purdue Pharma serait prêt à payer entre 10 et 12 milliards de dollars pour solder quelque 2.000 plaintes liées à son produit phare, l'OxyContin.

Le groupe avait déjà pourtant obtenu en mars dernier un accord à 270 millions de dollars avec l'état de l'Oklahoma, tout comme les sociétés Teva Pharmaceutical Industries et Mallinckrodt.

Purdue estime qu'une résolution globale constructive est la meilleure façon d'avancer.

"Si Purdue Pharma est prête à se défendre vigoureusement dans les dossiers judiciaires sur les opiacés, la société a clairement dit qu'elle n'avait guère intérêt à passer des années en vaines batailles juridiques", lit-on dans un communiqué du groupe, devenu la cible numéro 1 dans la crise des opiacés.

"Les personnes et les communautés affectées par la crise des opiacés ont besoin d'aide maintenant. Purdue estime qu'une résolution globale constructive est la meilleure façon d'avancer, et la société travaille activement avec les procureurs des états et les autres plaignants pour parvenir à une telle issue."

Purdue en faillite?

Des représentants de Purdue et de la famille Sackler, dont la fortune est estimée à 13 milliards de dollars, ont donc discuté la semaine dernière avec des villes, des comtés et des Etats sur les contours d'un éventuel accord, entend-on.

Au cours de cette rencontre organisée à Cleveland, le groupe aurait proposé de se déclarer en faillite afin de permettre la mise en oeuvre d'un accord, aux termes duquel la famille Sackler cèderait le contrôle du groupe.

Dans le cadre du plan en discussion, Purdue se transformerait en un "trust" qu'il financerait à hauteur de 7 à 8 milliards de dollars via notamment la vente de ses médicaments. La famille Sackler injecterait, pour sa part, 3 milliards de dollars dans un premier temps.

Le plan sera présenté vendredi à un juge fédéral. Pour l'heure, personne ne confirme ces propos. L'un des avocats de Purdue Pharma parle d''informations ridicules" diffusées par NBC. 

Une crise nationale

Rien qu'en 2017, les États-Unis ont enregistré plus de 17.000 overdoses mortelles impliquant des opiacés -ces drogues synthétiques dérivées partiellement ou totalement de l'opium et utilisées comme antidouleurs- censés être délivrés sur ordonnance, selon le National Institute on Drug Abuse. Au total, cette année-là, le pays a enregistré 47.000 morts par overdose liées aux opiacés. Les chiffres pour la période 1999-2017 portent sur 400.000 overdoses.

400.000
overdoses
Pour la période 1999-2017, les Etats-Unis ont connu 400.000 overdoses aux opioïdes.

Au travers des États-Unis, quelque 2.500 poursuites judiciaires ont été lancées par des gouvernements locaux contre les groupes pharmaceutiques pour leur responsabilité de cette crise. 

Purdue Pharma est lui accusé d'avoir prescrit de manière agressive des opioïdes, tout en trompant le consommateur sur les risques d'addiction lors d'utilisation prolongée.

50 milliards ou plus

Trois autres groupes sont aussi dans le collimateur de la justice. Il s'agit d'acteurs de la distribution pharmaceutique aux États-Unis:  Cardinal Health Inc., AmerisourceBergen Corp. et McKesson Corp. Ensemble, ils auraient proposé un accord à 10 milliards de dollars. Selon les analystes, cet accord est toutefois prématuré étant donné que les plaintes n'ont pas encore été réunies. Il est donc trop tôt pour évaluer les risques judiciaires.  

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"Toutes les entreprises exposées à la crise des opioïdes ne sont pas encore sorties du bois", estime David Maris de Wells Fargo. "Mais le verdict rendu à Oklahoma montre que le risque est réel."  Il estime qu'un règlement à 50 milliards ou plus "n'est pas infondé".

Mise en garde pour les investisseurs

Johnson & Johnson , qui est passé la veille à l'amende, doit ainsi débourser un demi-milliard. Néanmoins, les dommages causés par ses molécules sont estimés selon les analystes à 37 milliards de dollars. "La pénalité imposée par le juge de l'Oklahoma à J&J représente à peine 2% du fardeau national dans cette crise", ajoute Tom Claps de Susquehanna Financial Group. Il conseille donc les investisseurs de ne pas être trop optimistes face aux futurs procès, en ce compris les procès "multidistricts" qui sont prévus dès octobre. "Les accusés dans ce procès feront face à un jury dont les jurés peuvent être imprévisibles en accordant parfois davantage de pénalités en dommages et intérêts qu'un juge."

L'Europe attentive

L'Union européenne ne compte pas rester les bras croisés. Elle devrait ainsi passer au crible les pratiques marketing des acteurs européens et mettre à jour les pratiques jugées irresponsables. 

Dans un rapport de 2019, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies se félicitait que l'Europe échappe à ces dérives et aux catastrophes engendrées par le recours abusif aux opiacés. Des mesures de réductions des traitements ont en effet déjà été décidées. Toutefois, il est possible aussi que l'Europe n'ait pas accès aux mêmes données permettant une analyse approfondie de la situation, comme c'est le cas aux États-Unis. 


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