Publicité
plan large

Les nouvelles ambitions de la Biotech Valley wallonne

Avec des sociétés comme Exothera, une filiale d'Univercells, Charleroi est en train de devenir un pôle européen majeur en matière de production pour les thérapies cellulaires et géniques. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Projets immobiliers ambitieux, création de nouveaux instruments, mise en place d'instituts de formation: les pôles de Liège et de Charleroi investissent pour soutenir l'essor des sociétés des sciences de la vie.

"Nous ne sommes pas à un plateau. Les succès d'hier génèrent ceux de demain. Depuis 2011, Noshaq a consacré entre 160 et 180 millions aux sciences de la vie. Dans nos perspectives, nous prévoyons d'investir dans ce secteur environ 40 millions par an pour les prochaines années. On va faire en trois ans ce qu'on a réalisé en une décennie". Joanna Tyrekidis se montre optimiste. Contrairement à beaucoup d'autres responsables économiques, la nouvelle CEO de B2H (Bridge to Health), la coupole qui joue le rôle de facilitateur et d’ensemblier dans le secteur des sciences du vivant à Liège, ne redoute ni la crise, ni un ralentissement du développement des sociétés de biotechnologie et de technologie médicale dans sa région.

"Nous allons continuer à créer ou à attirer à Liège dix sociétés biotech ou medtech par an."
Joanna Tyrekidis
Directrice de B2H

"Il n'y a pas de tassement. Au contraire", poursuit Joanna Tyrekidis, qui est également invest manager chez Noshaq et directrice d'Eklo, un organisme d’accompagnement des projets entrepreneuriaux à Liège. "On constate une accélération. La croissance des fonds investis va se traduire concrètement en créations de sociétés et d'emplois. Nous allons continuer à créer ou à attirer à Liège dix sociétés biotech ou medtech par an."

On recense aujourd'hui dans la Province quelque 140 sociétés et 4.000 emplois directs dans la biopharmacie et les technologies médicales (medtech), un segment qui comprend lui-même les équipements médicaux "classiques", mais aussi les sociétés liées au digital et celles spécialisées dans le diagnostic.

Une masse critique

A Liège, le secteur medtech représente désormais plus de la moitié des sociétés existantes. "On a une masse critique, y compris en termes d'emplois, dans ce domaine, qui est au croisement entre les sciences du vivant et les sciences de l'ingénieur", se félicite Joanna Tyrekidis. "Notre ambition, c'est de devenir le centre de gravité dans ce domaine, y compris en biomatériaux, en immuno-infectiologie et en diagnostic. C'est un écosystème varié. Il y a encore des perspectives, notamment dans la miniaturisation."

250
emplois
Quelque 250 nouveaux emplois devraient être créés par an à Liège dans le secteur medtech.

Quelque 250 nouveaux emplois devraient être créés par an. Les nouvelles pépites locales que sont Trasis, EyeD Pharma ou Eurogentec ont de solides plans de recrutement. Ce qui pose de fameux défis en termes de formation. Trasis, qui fabrique des automates dans le domaine de la médecine nucléaire, "pourrait absorber à elle seule la quasi totalité des diplômés en bio-ingénierie et en sciences biomédicales. On doit se structurer pour former et attirer les talents", continue Joanna Tyrekidis. Des discussions sont en cours pour trouver une solution pour profiter de la future EU Biotech School, qui doit voir le jour à Gosselies dans quelques années. Par ailleurs, aptaskil, le Centre de compétence aux métiers de la chimie et de la biopharmacie (ex-Cefochim), situé à Seneffe, doit créer une antenne sur le nouveau pôle biotech du Legiapark.

Un nouveau pôle au Legiapark

Implanté sur le site de la nouvelle clinique du MontLégia, en bordure de l’autoroute de Bruxelles, non loin de l’aéroport, le Legiapark sera bientôt doté de bâtiments offrant près de 30.000 m² , dont une première tranche qui est en cours d'achèvement. Il abritera en priorité les start-ups étrangères qui ont opté pour Liège. Un deuxième complexe, presque équivalent en termes de capacité, sera, lui, implanté sur le site du CHU au Sart-Tilman.

Autre nouvel outil qui doit bientôt voir le jour: un fonds de maturation pour les projets endogènes. Il s'agit d'une initiative conjointe de Noshaq et de l'ULiège pour réinvestir les bénéfices générés par Noshaq Spin-off (anciennement Spinventure), le fonds créé par l'université et l'invest. "Le concept, ce n'est pas tellement d'investir dans des spin-offs qui émergent, mais plutôt d'aller beaucoup plus en amont et d'identifier des thèmes à succès et d'investir dans l'accélération de la recherche. On veut accélérer les idées de l'université les plus prometteuses en matière de recherche fondamentale stratégique", explique Joanna Tyrekidis.

Joanna Tyrekidis, CEO de Bridge to Health (B2H). ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Le projet va démarrer avec 2 millions d'euros, l'objectif étant d'arriver à un fonds de 10 millions, capable de consacrer 400.000 euros par projet. Le soutien aux projets qui n'en sont qu'à leurs balbutiements sera également favorisé par la récente désignation du multi-entrepreneur Didier Mattivi à la tête de la nouvelle administration de l'ULiège chargée de la recherche et de la valorisation de la propriété intellectuelle.

Une année record dans le BioPark de Gosselies

Dans le Hainaut, les lendemains semblent tout aussi prometteurs. Le Brussels South Charleroi BioPark (BSCB), le site implanté aux abords de l'aéroport de Gosselies qui englobe également des entreprises situées à Seneffe ou dans la région de Thuin, a vécu une année 2021 "record" en dépit de la pandémie, selon les termes du CEO Bertrand Alexandre.

Le flux total de transactions — levées de fonds, fusions et acquisitions, accords de développements — pour les entreprises de l’écosystème carolo a atteint près d’1,5 milliard d’euros, soit 50% de plus qu’en 2020. L’emploi, de son côté, a poursuivi
sa croissance avec une progression de 20%
. Douze nouvelles entreprises ont fait leur apparition dans le BioPark, qui est devenu un poids lourd des nouvelles thérapies "avec 20% de l'ensemble des capacités de production européennes pour les thérapies cellulaires et géniques", rappelle Bertrand Alexandre.

Des transactions hors normes

L'année a notamment été marquée par deux transactions hors normes, à savoir, d'une part, l’acquisition de Henogen (Novasep) par Thermofisher pour un montant de 725 millions d’euros, et, d'autre part, l'accord de développement et de commercialisation à 550 millions entre iTeos et le géant mondial GSK.

"Quelque 300 nouveaux postes sont ouverts dans plus de 20 sociétés."
Bertrand Alexandre
CEO du BioPark de Gosselies

Ce dynamisme a porté le nombre total d'emplois à plus de 3.200 unités dans le bassin carolo. "Quelque 300 nouveaux postes sont ouverts dans plus de 20 sociétés, notamment chez Catalent, Univercells et ses filiales, Quality Assistance, IPG et iTeos Therapeutics", s'enthousiasme Bertrand Alexandre, qui ne cache pas que le pôle biopharmaceutique carolo a subi en 2021 "une forte pression immobilière, avec un manque de m2 qui nous a fait manquer plusieurs opportunités d’installation de nouvelles entreprises".

Bertrand Alexandre, CEO du Biopark de Gosselies. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Comme à Liège, plusieurs chantiers sont en cours ou en phase de lancement, dont le plus important sera le bâtiment "Biotech 5", qui va offrir quelque 24.000 m2. Cet immeuble, qui devrait être livré dans trois ans, deviendra le vaisseau amiral d'un véritable campus à l'américaine qui s'organisera dans ses alentours. Il abritera notamment la fameuse EU Biotech School, un des outils qui doit aider à former des talents et attirer les meilleurs experts nationaux et étrangers. D'ici à 2025, le BioPark aura une capacité cumulée de près de 70.000 m2, soit le double de l’espace d'accueil actuel.

Les deux nouveaux visages de la biotech en Wallonie

Il y a des signes qui ne trompent pas: les deux personnes qui jouent aujourd'hui les chefs d'orchestre sur les pôles liégeois et carolo des sciences de la vie ne sont pas des scientifiques, mais ont plutôt un profil business ou management. Un indice qui montre que les secteurs biotech et medtech en Wallonie sont entrés dans une phase de maturité.

Bertrand Alexandre a pris la tête du Brussels South Charleroi BioPark (BSCB) à l'été 2021. Ce diplômé en sciences économiques a succédé à Florence Bosco, devenue CEO de la biotech Akina. Il est passé par Sanofi, Boston Consulting GroupGSK, Boehringer Mannheim et Celyad. Le CEO français a contribué à la création d'une start-up en thérapie cellulaire au Royaume-Uni, dont il a établi le business plan.

Joanna Tyrekidis, pour sa part, dirige dorénavant Bridge to Health (B2H), le guichet unique auquel doivent s'adresser les acteurs qui veulent s'installer ou se développer à Liège. Elle a succédé à Marc Foidart — devenu président de Eyed pharma —, qui a été l'un des architectes de l'essor des sociétés des sciences de la vie dans la principauté. Diplômée en gestion (HEC Liège), Joanna Tyrekidis baigne dans le sérail "life science" liégeois puisqu'elle est aussi investment manager chez Noshaq et cofondatrice du fonds spécialisé dans les technologies médicales White Fund. Elle est également directrice d'Eklo (ex- Cide-Socran), l'organisme d’accompagnement des projets entrepreneuriaux.

Une de ses ambitions est de muscler et de clarifier B2H, qui est une instance assez récente associant le CHU et l'université de Liège, les invests Noshaq et SRIW, l'agence de développement SPI et Eklo. Elle souhaite notamment mieux l'articuler avec les autres instances locales. Un nouveau nom sera donné et le conseil d'administration sera remanié afin d'assurer une meilleure représentativité des différents acteurs.

Le résumé

  • Le secteur wallon des biotechnologies et des technologies médicales n'a pas été affecté par la crise.
  • Le BioPark de Charleroi a vécu une année record en termes d'investissements, d'accords et de transactions.
  • Tant Liège que Charleroi investissent pour soutenir l'essor de ces entreprises.
  • Des projets immobiliers considérables sont en cours. L'effort porte aussi sur la formation.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés