Les récepteurs olfactifs, un investissement qui a du nez

Nos organes ont un nez et il peut guérir des maladies, explique Jean-Marie Delwart. ©Frédéric Pauwels / HUMA

L’investisseur Jean-Marie Delwart crée une société pharmaceutique unique au monde, basée sur les récentes découvertes sur les récepteurs olfactifs des organes. Il compte lever entre 3,5 et 10 millions d’euros, et vise la Bourse.

Manger une madeleine peut mettre un cerveau en ébullition, c’est bien connu. À l’inverse, saviez-vous que, d’expérience, un parfum de crème à la vanille peut donner à l’estomac une impression de satiété? "C’est une hypothèse, nuance Jean-Marie Delwart. Mais on peut imaginer que des molécules de vanilline pourraient réguler l’appétit". L’explication scientifique derrière cette recette de grand-mère est que le nez n’a pas l’apanage de l’odorat. L’être humain possède des récepteurs olfactifs dans toute une série d’organes comme le cerveau, le cœur, les poumons, les intestins, les reins,… L’olfaction permet, par exemple, au spermatozoïde de trouver la trajectoire de l’ovule à féconder ("C’est comme des capteurs sur une Google Car!", dixit Delwart). Le rein l’utilise pour réguler la pression sanguine. Le récepteur olfactif pourrait aussi expliquer l’angiogenèse, un processus de développement de vaisseaux sanguins responsables dans certains cas de la croissance de tumeurs et l’apparition de métastase. On le sent (sans jeu de mot), le potentiel thérapeutique est bien là, avec comme cible potentielle: le diabète, l’obésité, le cancer, etc.

Depuis 17 ans, ChemCom, la société de Delwart et filiale du Groupe Floridienne, étudie cette nouvelle branche de la médecine couronnée par un prix Nobel en 2004 (les Américains Richard Axel et Linda Buck). "Nous sommes de loin les plus avancés dans le monde", s’enorgueillit Delwart. ChemCom a obtenu, jusqu’en 2025, une licence exclusive de la Duke University qui a développé une plateforme technologique protégée par un brevet. De quoi exploiter commercialement ses découvertes à l’abri d’une éventuelle concurrence. Avec cet atout majeur: aujourd’hui, aucune société au monde n’exploite ce filon.

En attendant la phase 1

Pour ce faire, Delwart crée une nouvelle société pharmaceutique, DiaSense. Son objectif sera de sélectionner les récepteurs olfactifs qui jouent un rôle dans une pathologie donnée, de trouver les molécules capables de les activer ou de les bloquer (la vanilline de notre exemple), et de créer de futurs médicaments équipés de ces molécules. DiaSense compte lever 3,5 à 10 millions d’euros auprès d’investisseurs variés. "Je ne voudrais pas d’un seul investisseur auprès de qui nous aurions les mains liées", prévient Delwart. Un courrier sera envoyé à une cinquantaine de cibles potentielles. Un partenaire public? "Si la SRIW (Société Régionale d’Investissement de Wallonie, NDLR) ou la Sogepa veulent venir, pourquoi pas. Mais ce n’est pas le but." Si le succès se confirme, DiaSense se porterait candidat pour une entrée en Bourse d’ici deux ans.

10 m€
Lorsqu’une molécule arrive en phase 1, la phase de test toxicologique, ce serait 10 millions d’euros qui rentrent dans les caisses, selon Jean-Marie Delwart, président de ChemCom

En attendant, Delwart veut séduire les investisseurs. "Si nous parvenons à mettre une molécule en phase 1 (la phase de test toxicologique), nous avons déjà un retour de 10 millions, soit 100% du haut de la fourchette d’investissement." Et il y aurait déjà des candidats en portefeuille, nous confie-t-il. ChemCom a déjà développé trois programmes de recherche, deux en interne et un en collaboration avec le pôle de compétitivité Biowin. Ce dernier programme a reçu la complicité de l’Institut de Duve et de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Biologie Humaine et Moléculaire (IRIBHM), ainsi que de trois entreprises privées dont iTeos Therapeutics, spécialiste de l’immunothérapie contre le cancer.

Que du beau monde autour d’une technologie thérapeutique unique en son genre et promise à un bel avenir, semble-t-il. "Une grosse partie du portefeuille pharmaceutique de demain sera basée sur ce type produit", prévoit Christian van Osselaer, CEO de ChemCom.

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