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Les thérapies géniques et cellulaires, le nouvel atout de Charleroi

Selon Florence Bosco, directrice du BioPark de Gosselies, "le Butterfly Fund a vocation à faire 5 à 10 projets par an". ©Kristof Vadino

Un cinquième de la production européenne destinée aux thérapies géniques et cellulaires est produite au sein du BioPark de Gosselies. Pour rester dans la course, le pôle soutient les jeunes pousses avec un programme d'incubation de haut niveau.

En France, un homme de 58 ans rendu aveugle par une maladie dégénérative a pu récemment récupérer en partie la vue grâce à une technique innovante basée sur un virus modifié pour porter le gène d'une protéine photosensible.

Ce genre de prouesse médicale est un nouvel exemple des perspectives offertes par les thérapies géniques et cellulaires, des technologies révolutionnaires qui semblent de plus en plus capables de vaincre des maladies graves ou rares. Un nouveau segment de la médecine où la Wallonie, en particulier la région de Charleroi, occupe une place particulière, qu'elle entend consolider.

"On a réussi à se positionner dans cette niche très pointue, avec des perspectives de croissance importantes."
Florence Bosco
Directrice du BioPark

Des entreprises de support

Malgré certaines réserves initiales en raison du coût des traitements et des incertitudes scientifiques, les thérapies géniques et cellulaires ont suscité très tôt un intérêt certain dans le sud du pays, où plusieurs sociétés des sciences du vivant, telles que Bone Therapeutics, Celyad, Promethera, Novadip, NCardia, ont choisi cette voie prometteuse.

La création de ces pépites - aux destinées parfois inégales - a entraîné dans son sillage l'éclosion d'entreprises de services spécialisées dans la production de ces cellules médicaments, d'ADN à façon ou de vecteurs viraux. C'est ainsi qu'ont été lancées dans le Hainaut et à Liège, Henogen, Delphi Genetics, Eurogentec, MaSTherCell et Exothera. Paradoxalement, la plupart de ces "CDMO" (Contract Development Manufacturing Organization), comme on les appelle dans le jargon pharmaceutique, ont souvent dû aller rechercher des clients à l'étranger, les jeunes entreprises wallonnes de thérapie cellulaire disposant la plupart du temps de leurs propres moyens de production, comme la plateforme de Gosselies, partagée entre Bone Therapeutics et Promethera.

300
emplois
Quelque 300 emplois sont créés chaque année dans le bassin du BioPark.

En quelques années, ces sociétés de sous-traitance ont connu un développement fulgurant. "Le Biopark représente désormais plus de 20% de la production européenne destinée aux thérapies géniques et cellulaires" indique Florence Bosco,  la CEO de BioPark Dev, la coupole qui gère le BioPark. "C’est une grande source d’espoir pour le développement économique de la région. On a réussi à se positionner dans cette niche très pointue, avec des perspectives de croissance importantes."

Vecteurs viraux

Des perspectives qui n'ont pas échappé à des grands groupes internationaux: en un an et demi, l'Américain Catalent Pharma a fait l'aquisition de MaSTherCell, de Delphi Genetics et des filiales de production de Bone Therapeutics et de Promethera, créant de la sorte un nouveau poids lourd à Gosselies.

Une deuxième entreprise d'outre-Atlantique, Thermo Fisher Scientific,  a de son côté repris, au français Novasep, Henogen, une CDMO établie à Seneffe et à Gosselies. Après cette consolidation, il ne reste plus, dans ce créneau, qu'un seul acteur belge dans la région de Charleroi: Exothera, le dernier venu. Il s'agit d'une filiale de la biotech Univercells, qui compte d'ailleurs, elle aussi, parmi ses actionnaires des investisseurs américains.

"Beaucoup d’innovation et de valeur ajoutée pour les patients passent par les thérapies géniques."
Miguel Forte
CEO de Bone Therapeutics

Ces trois acteurs sont pour beaucoup dans les 300 postes créés chaque année dans le bassin du BioPark qui, selon Florence Bosco, enregistre une croissance annuelle de 10% de l'emploi, le double de celle, déjà appréciable, du secteur biopharmaceutique. Et le meilleur est peut-être encore à venir: "On estime que par rapport à tout le pipeline existant en thérapies géniques et cellulaires, la capacité de production mondiale actuelle ne représente que 10% de tout ce qu’on aura besoin dans les prochaines années pour produire tous ces nouveaux médicaments qui vont arriver sur le marché", se réjouit la directrice du BioPark.

"Beaucoup d’innovation et de valeur ajoutée pour les patients passent en effet par les thérapies géniques, que ce soit pour les maladies orphelines, le cancer et bientôt d’autres indications comme les maladies auto-immunes ou le contrôle des réponses inflammatoires", confirme Miguel Forte, le CEO de Bone Therapeutics.

Phase de maturation

Pour favoriser l'éclosion de nouvelles start-ups qui viendront s'ajouter aux pionniers des bio médicaments, le BioPark a créé un programme d’accélération. Basé sur l'expérience des grands incubateurs américains, ce programme, dirigé par l'ancien CEO de Celyad, Christian Homsy, prend en main des projets à des stades très précoces, quand ils sortent de l’université, pour leur offrir le meilleur de l'écosystème local: un laboratoire partagé, une communauté business, médicale et scientifique chevronnée, ainsi que des investisseurs.

L'Américain Catalent, nouveau poids lourd du BioPark. ©Photo News

Un fonds d'amorçage, le Butterfly Preseed Fund, a en effet pour mission de soutenir et financer la phase de maturation des start-ups jusqu’à ce que leur projet fasse la preuve de son concept et puisse accéder au marché des capitaux. "Le Butterfly Fund a vocation à faire 5 à 10 projets par an. Avec le nouvel appel à projet, on va accepter de un à trois nouveaux projets en matière de thérapies cellulaires et géniques. On va conforter la position de leader de la Belgique et de la Wallonie. On a la chance de faire partie de cette révolution", indique Florence Bosco. Pour une société comme Bone Therapeutics, ce type de programme d'accélération peut s'avérer très intéressant, car il s'insère dans "une chaîne de valeur qui permet d’aller de la recherche académique à la production et au patient", juge Miguel Forte.

Sur les trois projets qui ont déjà bénéficié de cet accompagnement lors de la première édition du programme, une start-up, Sendai Therapeutics était positionnée dans la thérapie génique. D'autres entreprises actives dans ce domaine, mais qui n'ont pas besoin de ce support, continuent dans le même temps à s'installer à Gosselies. C'est le cas de GenFlow Biosciences, une société créée et dirigée par Eric Leire, un médecin qui affiche un impressionnant parcours dans la biopharmacie. GenFlow explore la voie peu défrichée de la biologie du vieillissement, un domaine où les nouveaux outils de thérapie génique devraient offrir des solutions pour retarder les maladies liées à l’âge.

Des projets immobiliers

Pour soutenir toutes ces initiatives, le BioPark voit grand. Quelque 40.000 mètres carrés de nouvelles infrastructures sont programmés sur le site dans les années à venir par l'intercommunale Igretec et la Sofipole, une filiale de la SRIW. Ces projets immobiliers, dont les détails seront bientôt dévoilés, devraient permettre à terme de multiplier par deux les 2.700 emplois actuels du pôle carolo des sciences du vivant.

Des thérapies de mieux en mieux maîtrisées

La thérapie cellulaire vise à soigner des cellules ou un organisme par l’apport de cellules modifiées ou au statut particulier (comme les cellules souches). La thérapie génique est quant à elle l’insertion de gènes dans des cellules et des tissus d’un individu, pour traiter une maladie. De plus en plus souvent, ces deux innovations vont de pair, puisqu'il s'agit de changer le mécanisme génétique d’une cellule pour en quelque sorte la suréduquer et lui faire faire ce qu’on veut au niveau thérapeutique. Cette combinaison ouvre de nouveaux champs, selon Miguel Forte, le patron de Bone Therapeutics: "Il y a dix ans, on nous traitait parfois d'amateurs, car on ne savait pas toujours ce que la thérapie cellulaire allait donner. Aujourd'hui, on cible les cellules. On arrive à les professionnaliser pour des objectifs thérapeutiques très précis".

Le résumé

  • Les thérapies géniques et cellulaires sont un nouveau segment prometteur de la médecine.
  • La Wallonie, en particulier la région de Charleroi, occupe une place particulière dans ce domaine, avec plusieurs sociétés pionnières et de grosses capacités de production.
  • Pour continuer à faire éclore de jeunes pousses, le BioPark a créé un programme d'accélération de projets.

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