Les traitements innovants du cancer, cibles prioritaires des grands laboratoires

©Pfizer

Le géant américain Pfizer rachète la biotech Medivation, spécialisée dans le traitement du cancer, pour 14 milliards de dollars. Son concurrent français Sanofi, lui aussi sur le coup mais qui n’offrait que 10 milliards, prend acte de sa défaite. Outre un traitement du cancer de la prostate, Medivation développe un médicament contre le cancer du sein.

Le développement de nouveaux médicaments anticancéreux s’accélère. L’immunothérapie, une technique thérapeutique consistant à traiter le cancer en dopant les défenses immunitaires du patient, ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Les traitements innovants développés par les sociétés biotechnologiques arrivent les uns après les autres sur le marché.

1,9 milliard $
Le produit phare de Medivation, un traitement du cancer de la prostate dénommé Xtandi, lui a rapporté l’an dernier 1,9 milliard de dollars de revenus.

L’émergence de ces traitements du cancer à haute valeur ajoutée n’a pas échappé à l’attention des grands laboratoires pharmaceutiques, qui voient dans l’oncologie une source de revenus juteux. Pour étoffer leur portefeuille, ils préfèrent de plus en plus mettre la main sur une biotech qui a mis au point un traitement performant plutôt que de se farcir eux-mêmes des années de recherches fastidieuses.

Selon des chiffres compilés par Thomson Reuters et repris par le site français La Tribune, les sociétés spécialisées dans le traitement du cancer représentent 20 % des 63 milliards de dollars de fusions et acquisitions annoncées au premier semestre.

Medivation, nouvelle cible

La prochaine cible de taille n’est autre que Medivation. Convoitée par de grands laboratoires (Sanofi, Pfizer, Merck) ou de grosses biotechs (Amgen, Celgene, Gilead Sciences), cette société californienne fondée en 2013 et spécialisée dans les anticancéreux a finalement cédé à l’appel de Pfizer, venu avec un chèque de 14 milliards de dollars devant lequel le français Sanofi s’est incliné de plus ou moins bonne grâce.

Les grands laboratoires ont les yeux de Chimène pour le produit phare de Medivation: un traitement du cancer de la prostate dénommé Xtandi. Et pour cause: celui-ci a rapporté l’an dernier 1,9 milliard de dollars de revenus. Et ce n’est pas fini: les ventes du premier trimestre de cette année ont bondi de 53 % à 547 millions de dollars. D’ici 2020, les projections laissent miroiter un potentiel de recettes de 4,8 milliards de dollars.

Medivation commercialise aussi le médicament Ibrance (palbociclib), un traitement du cancer du sein métastatique, et développe deux autres traitements: le Talazoparib, contre le cancer du sein, et un autre ciblant un cancer du sang, le lymphome.

Une offre qui ne se refuse pas

Sanofi, qui a réorienté sa stratégie en s’appuyant davantage sur l’oncologie, poursuivait Medivation de ses assiduités depuis avril. Après une première offre à 9,3 milliards de dollars (52,50 dollars par titre), balayée d’un revers de la main, le géant français était revenu à la charge en proposant 58 dollars par action (10 milliards au total), assorti d’un supplément de trois dollars par titre sous la forme d’un certificat de valeur conditionnelle (CVC) lié aux ventes futures du Talazoparib.

©Pfizer

Cette offre a une nouvelle fois été rejetée par le conseil d’administration de la biotech américaine, qui la jugeait trop modeste. Et qui n’a sans doute guère apprécié l’agressivité du CEO de Sanofi, Olivier Brandicourt, qui s’est adressé directement aux actionnaires en leur demandant de révoquer des membres du conseil de Medivation.

L’offre présentée par Pfizer – 81,50 dollars en numéraire par action, soit une prime de 21,35% par action par rapport au cours de clôture de vendredi – est par contre de celles qui ne se refusent pas. Les conseils d’administration des deux entreprises ont d’ores et déjà approuvé l’opération, qui doit encore recevoir l’aval des autorités de la concurrence. Les deux groupes espèrent boucler le deal d’ici la fin de l’année.

Sanofi, qui avait fait part de sa volonté de ne pas "surpayer" Medivation, ne devrait pas surenchérir, mais se tourner plutôt vers d’autres cibles potentielles.

Pour Pfizer, cette acquisition est la plus importante depuis le rachat à 17 milliards de dollars d’Hospira l’année dernière. Le laboratoire américain, qui financera l’opération en cash et sur fonds propres, pourra ainsi passer un baume sur l’échec, en avril dernier, de sa tentative de rachat d’Allergan pour 160 milliards de dollars, contrecarrée par une offensive de l’administration américaine contre les mariages d’entreprises motivées par des raisons fiscales.

Le groupe américain attend de l’acquisition de Medivation qu’elle dope la croissance de son chiffre d’affaires. "Le prix est très élevé. Si Pfizer accepte de le payer, c’est que ses hypothèses concernant les deux produits en développement de Medivation sont très solides", estime Rudi Van den Eynde, responsable des actions thématiques globales de la société de gestion Candriam.

Selon Pfizer, le deal, une fois bouclé, devrait lui rapporter quelque 5 cents de bénéfice supplémentaire par action sur la première année pleine.

"Nous pensons que l’alliance avec Pfizer est un pas dans la bonne direction pour notre croissance, a souligné de son côté David Hung, le patron fondateur de la biotech californienne, qui qualifie Pfizer de "partenaire idéal".

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