Maggie De Block n'intentera pas d'action contre GSK

La ministre de la Santé estime qu'aller en justice ou exiger des astreintes ne résoudra en rien la pénurie de Clamoxyl IV. ©Photo News

Le PTB voulait que la ministre attaque GSK, dont l'antibiotique Clamoxyl souffre de pénurie. Ce ne sera pas le cas. Maggie De Block précise toutefois que si des importations s'avèrent nécessaires et génèrent un surcoût pour la Sécu, la responsabilité de GSK sera impliquée. Pour le reste, l'industrie pharmaceutique tient à relativiser les chiffres de pénurie, alors que la hausse de celles-ci vient d'être dénoncée.

Les polémiques se suivent, mais ne se ressemblent pas, dans le secteur des soins de santé, en Belgique. Après le classique des numéros Inami, la récente et criante colère des infirmières et infirmiers, place à présent à la pénurie de médicaments

Une série de professeurs et responsables pharmaceutiques ont exprimé leur mécontentement, via une "carte blanche" publiée ce lundi par Le Soir. Dans le viseur, la "hausse inquiétante du nombre de médicaments en pénurie totale ou partielle", et le "gros problème de santé publique" que pose ce phénomène, impliquant, selon les signataires, la "responsabilité de l'industrie pharmaceutique". C'est que cette indisponibilité concerne également des "produits majeurs". Comme le Clamoxyl IV - pour intraveineuse -, un antibiotique de première ligne dans le secteur hospitalier, chargé notamment de venir à bout des endocardites, méningites ou septicémies chez les enfants, entre autres joyeusetés. 

40%
Production en panne
Le géant GSK, qui fournit le Clamoxyl IV, est confronté à un problème d'approvisionnement, le contraignant à ne produire que 40% de la quantité nécessaire de cet antibiotique.

 Voilà qui a mis le feu aux poudres: depuis mars, et probablement jusqu'à la fin de l'année, ce Clamoxyl n'est disponible que de façon limitée, son producteur GSK, confronté à un souci d'approvisionnement, ne pouvant en délivrer que 40% de la quantité nécessaire. De quoi faire hurler le PTB, qui dénonce "une prise d'otages" et attend de la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld) qu'elle saisisse la justice, au nom de la loi de 1964 sur les médicaments, afin de forcer GSK à assurer la disponibilité du Clamoxyl IV. 

Présentations, pas médicaments

Ce que Maggie De Block n'entend pas faire. "Intenter une action ne résoudra pas le problème d'indisponibilité", argumente le cabinet De Block. Qui souligne que le secteur n'a guère attendu la sortie du PTB pour se pencher sur ce cas particulier. "L'indisponibilité est liée à une matière première, mais aussi au retrait du Pentrexyl IV, un autre antibiotique pour lequel le Clamoxyl IV constitue une alternative." L'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) est déjà sur le coup et s'est déjà fendue de directives sur l'utilisation rationnelle du Clamoxyl, ainsi que sur les solutions de rechange. "Si nécessaire, une importation est possible. Et si celle-ci débouche sur un surcoût pour l'assurance-maladie, alors la responsabilité de GSK sera engagée pour celui-ci."

De son côté, l'industrie pharmaceutique entend relativiser les soucis de pénurie. "On entend que la liste des médicaments indisponibles publiée par l'AFMPS compte 497 entrées, explique-t-on chez pharma.be, l'Association générale de l'industrie du médicament. Mais il s'agit de 497 présentations, pas médicaments. Un médicament peut être disponible sous diverses présentations, la taille des boîtes pouvant varier, de même que le dosage." Et si la liste semble plus fournie que par le passé, c'est aussi parce que l'industrie est tenue de signaler toute pénurie de plus de quatre jours. 

Pénuries temporaires

Et puis, une solution de rechange existe pour la quasi-totalité des médicaments, poursuit-on chez pharma.be. "Pour 94% d'entre eux, une copie ou un générique est disponible. La semaine passée, 60% des pénuries concernaient des génériques, ce qui veut dire que la molécule pouvait toujours être trouvée sur le marché." Et si une substance équivalente n’existe pas, une alternative thérapeutique peut être envisagée. "Il ne s'agira alors pas du même médicament, mais de celui juste à côté. Bien sûr, ce n'est pas idéal et doit être soumis au fiat d'un médecin, mais cela peut fonctionner quelque temps. Au total, ces deux dernières années, seules quatre pénuries ont nécessité une vraie concertation entre médecins, pharmaciens et industrie. Pour ces cas, il existe un groupe de travail au sein de l'AFMPS, qui peut décider d'importer le médicament désiré, si cela s'avère nécessaire."

Dernier point de l'argumentaire pharmaceutique: ces pénuries sont généralement temporaires. "Pour les 497 présentations reprises sur la liste de l'AFMPS, 50% des pénuries seront résolues d'ici la fin du mois. Et 70% d'ici la fin de l'été." Pas le Clamoxyl IV toutefois, denrée rare jusqu'à la fin de l'année.

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