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Medista, cette discrète société qui a transporté 8 millions de doses de vaccins

Émancipée à 16 ans, Sarah Taybi a dû concilier emploi dans un call center et cours du soir, avant de glisser un pied dans la porte du secteur pharmaceutique. Pour ne plus le quitter. ©Tim Dirven

Au cœur de la logistique de la campagne de vaccination, Medista a jusqu'ici joué la carte de la discrétion. Pour L'Echo, sa patronne revient sur le chemin parcouru. Et celui qui se dessine.

C'est un nom plutôt inconnu du grand public, même s'il résonne nettement plus dans le secteur pharmaceutique. Un nom qui a fait surface de-ci de-là, au fil de la campagne de vaccination. Surtout à son lancement – mais comment diable livrer des vaccins par millions à une température avoisinant les -70°C? Il faut dire aussi que, jusqu'ici, Medista a plutôt cultivé la discrétion. Tout en s'affairant dans l'ombre, assurant la livraison de quelque huit millions de doses. "Tout cela, sans jamais un souci", s'enorgueillit sa patronne.

"Je devais payer mon appartement et tout ce qui va avec. Financièrement, c'était compliqué pour moi de continuer à étudier."
Sarah Taybi
General manager de Medista

Patronne qui a dû souquer ferme pour en arriver là à près de 40 ans. "Très débrouillarde" et "parcours atypique", voilà les termes qui sortent quand Sarah Taybi jette un coup d'œil dans le rétroviseur. Émancipée à 16 ans, "pour raisons familiales", elle emménage seule et termine le secondaire. À 18 ans, les affres du quotidien frappent à sa porte. "Je devais payer mon appartement et tout ce qui va avec. Financièrement, c'était compliqué pour moi de continuer à étudier."

Pharma for ever

Alors elle travaille. Call center d'Electrolux, service des plaintes, durant près de cinq ans. "Pour payer les frais." En parallèle, elle suit des cours du soir en management. "Je suis quelqu'un qui apprend vite et j'avais envie de créer quelque chose." Durant cette période, elle cogite sec également. Vers quel secteur se diriger? Ce sera la pharma. "J'ai toujours été intriguée par tout ce qui touche au médicament."

Mais voilà, les barrières à l'entrée sont nombreuses. "J'ai postulé des dizaines de fois; il fallait de l'expérience, un diplôme plus élevé." Une série de refus à laquelle sa rencontre avec Olivier Delaere – actuellement à la tête de Febelco et co-investisseur dans... Medista – met fin. "Il a cru en moi."

Déléguée pharmaceutique pour Patch Pharma, la voilà qui a réussi à infiltrer la forteresse qu'elle convoitait, pour ne plus la quitter. Il y aura encore Provera, Nycomed, Louis Widmer ou Novartis. Jusqu'à ce qu'elle se mette à tourner en rond. "Je me suis dit: tout cela, je l'ai fait. Et je ne pourrai pas aller plus haut."

Les échantillons, ce déclencheur

Tout en restant dans le secteur, elle passe de l'autre côté du miroir, en rejoignant Adecco. "Là, j'étais en contact direct avec les sociétés pharmaceutiques. Mon rôle: réfléchir avec elles à des projets innovants et trouver ensuite les personnes pour cela. Une belle expérience, notamment pour construire mon réseau. La pharma, c'est un petit monde."

"Je me suis demandé ce que je pouvais développer pour apporter une solution."
Sarah Taybi
General manager de Medista

C'est alors qu'une problématique vient lui titiller les neurones. "Une législation européenne au sujet des échantillons, portant sur les conditions de transport et de stockage et imposant par exemple des paliers de température." Autrement dit, c'en était fini pour les délégués de trimballer leur matériel dans le coffre de leur voiture. "Je me suis demandé ce que je pouvais développer pour apporter une solution."

Voilà comment Medista est entrée dans la danse, en 2017. Medista, c'est une société basée dans le Limbourg, active depuis une quinzaine d'années. Son trésor de guerre, une solide base de données de médecins demandeurs d'échantillons, ainsi qu'un nom établi.

Une garantie de la Participatiemaatschappij Vlaanderen, deux banques qui suivent, Olivier Delaere qui monte à bord, le rachat est bouclé. "Rien n'était au point en matière de conditions de conservation ou de traçabilité. J'ai acheté dans l'idée de transformer." La transition ne se fera pas dans la douceur: le personnel n'est pas repris et la société est délocalisée. Direction la banlieue bruxelloise, à un jet de l'aéroport, dans un ancien entrepôt de Pfizer.

Un investissement à 8 millions d'euros

Chez Medista, les femmes sont majoritaires. "Ça s'est fait comme ça", sourit la patronne. ©Tim Dirven

La mue passera par un investissement à 8 millions d'euros. Essentiellement dans l'infrastructure – l'entrepôt est revu de fond en comble, selon "les standards de qualité les plus hauts". Et une plateforme informatique, "unique en son genre", voit le jour. "Medista n'est pas une société logistique, qui transporte un colis d'un point 'A' à un point 'B'. C'est une société pharmaceutique qui fait de la distribution médicale. Pour chaque client, nous développons un service spécifique. Notre système est centré sur le médicament, en tant qu'unité. Pas une boîte ou un lot, mais le médicament unique, afin de garantir sa traçabilité tout au long de son cycle de vie. Traçabilité qui n'existe nulle part ailleurs."

À côté de la "Medista Box", qui rassemble ces fameux échantillons en respectant les normes en vigueur, Medista développe des applications pour ses clients, leur offrant une transparence sur les stocks et l'état d'avancement et prenant en charge tout l'aspect administratif lors de la réception. Avec toujours ce focus sur le médicament, en tant qu'entité unique.

Soit exactement le niveau de précision attendu pour une campagne de vaccination. Bon endroit, bon moment. "Medista était là au bon moment et répondait aux besoins en matière de traçabilité, à l'unité près. Et nous étions les seuls à pouvoir le faire."

Plus de 3.000 points de livraison

Ni une, ni deux, les autorités belges confient en décembre 2020, dans l'urgence, le transport des doses de vaccins à Medista. Pour la suite des opérations, à l'horizon 2025, un marché public est lancé en février 2021, toujours empoché par Sarah Taybi et son équipe. À savoir une cinquantaine de personnes, majoritairement des femmes. "Ce n'était pas une volonté telle quelle, ça s'est fait comme ça."

"Plus de huit millions de doses et il n'y a jamais eu de problème du côté de la distribution en Belgique."
Sarah Taybi
General manager de Medista

Sur cette époque, Sarah Taybi se fait soudainement moins diserte. Prudence: les clauses de confidentialité sont "très strictes". Tout au plus concédera-t-elle que c'était "très intense". "Cela demandait une flexibilité gigantesque. Il fallait toujours être disponible, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7." Le compteur tourne encore, mais la barre des huit millions de doses distribuées a été dépassée, sans parler du matériel qui les accompagne. "Et il n'y a jamais eu de problème du côté de la distribution en Belgique."

La tâche n'avait pourtant rien d'anecdotique. Une fois les doses fournies par le producteur, il fallait dégainer rapidement. "Nous avions 24 heures pour faire le tour de plus de 3.000 points de livraison dans toute la Belgique." Avec ce préalable: retravailler la plateforme informatique de Medista et l'implanter dans les hôpitaux. Sans oublier les prolongations, comme l'accompagnement des initiatives décentralisées de la campagne bruxelloise qui sillonne le terrain – une fois encore, il faut bien que les doses arrivent jusque-là. Autrement dit, Medista n'en a pas encore fini avec la vaccination contre le Covid-19.

Développement international

Ce qui n'empêche pas de taper des plans sur la comète. Il y a la croissance organique et ces 12 nouveaux clients à digérer. Et ce bénéfice (autour de 750.000 euros pour l'exercice 2019-2020) dont on attend qu'il double chaque année.

"C'est une leçon que la pandémie m'a apprise: en mettant différentes expertises ensemble, on peut obtenir une force de frappe gigantesque."
Sarah Taybi
General manager de Medista

Il y a ce développement international qui prend forme, la société n'étant jusqu'ici active qu'en Belgique et au Luxembourg. "C'est une leçon que la pandémie m'a apprise, glisse Sarah Taybi: en mettant différentes expertises ensemble, on peut obtenir une force de frappe gigantesque." Leçon qui s'est concrétisée en une coentreprise opérationnelle depuis trois mois et basée à Brucargo, sur le tarmac de Zaventem. Nom de code: Medexi.

À la barre, outre Medista évidemment, on retrouve Ivemar, active dans le transport et l'entreposage dans toute l'Europe, et Hazgo, spécialisée dans la logistique et le transport de matières dangereuses.

Ce n'est pas tout. À venir incessamment, une plateforme de commerce électronique dédiée au matériel médical, à destination des médecins généralistes. "Il y avait un besoin, alors nous avons développé ce service. Nous venons quand même chez eux tous les jours. Autant qu'ils puissent commander leur matériel au même endroit que les médicaments."

À venir encore, l'ouverture de l'écosystème Medista afin d'accueillir les études cliniques. "Vous voyez, tout est pensé et construit autour du médicament." Sur tout son cycle de vie, à l'exception des deux extrémités: la production et la consommation. À ce rythme, Sarah Taybi n'est pas près de souffler.

Le résumé

  • Medista, le nom est peu connu du grand public. Son action, elle, a été plus visible: le transport des doses de vaccins dans le cadre de la campagne de vaccination contre le Covid-19.
  • Un rôle pour lequel Medista était taillée sur mesure: sa plateforme informatique assure une traçabilité des médicaments à l'unité près.
  • Une mue entamée en 2017.
  • Prochaines étapes: développement international et lancement d'une plateforme de vente de matériel médical à l'attention des généralistes. Entre autres.

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