Michel Lussier (Celyad): "On s'approche réellement du but"

Pour Michel Lussier, le président de Celyad, "l’année 2020 sera l’année de l’OptimAb".

Pour le président de la biotech spécialisée dans les traitements du cancer par thérapie cellulaire, le nouveau processus de production OptimAb va permettre à Celyad de démarrer sa phase II et de se rapprocher d'une commercialisation.

Celyad continue d’affiner ses différents programmes: la biotech wallonne spécialisée dans le développement de traitements du cancer par thérapie cellulaire CAR-T a présenté lundi, lors du congrès annuel de l'American Society of Hematology (ASH) à Orlando (Floride), une mise à jour de son programme autologue pour le traitement de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) réfractaire ou récidivante et des syndromes myélodysplasiques (MDS). Le message principal? L’utilisation progressive du procédé de production OptimAb est en train d’améliorer les performances des produits candidats les plus avancés, CYAD-01 et 02.

Un développement rassurant pour la société de Mont-Saint-Guibert, à qui la Région wallonne a réitéré sa confiance en lui accordant ces derniers temps 11 millions d’euros de financements. Michel Lussier, le président de Celyad, détaille pour L’Echo les dernières avancées de l’entreprise.

Qu’apporte votre procédé de production OptimAb à vos différents programmes?

Le processus de production OptimAb permet un traitement beaucoup plus puissant en faisant des cellules plus jeunes (moins différenciées) qui permettront de tuer davantage de cellules cibles.
Michel Lussier
Président de Celyad

Un petit rappel. Nous avons commencé notre programme THINK pour le traitement de la LMA (Leucémie Myéloïde Aigue) réfractaire/récidivante en monothérapie et sans lymphodéplétion préalable (une chimiothérapie de préconditionnement, NDLR). Ce programme a montré des premiers résultats très encourageants, avec un bon nombre de réponses complètes et objectives, ainsi qu’une sécurité avérée. Il y a eu un certain nombre d’effets secondaires mais inhérents à ce type de traitement. Cela nous a permis de démontrer que nous avions bien une preuve de concept clinique, c’est-à-dire que notre traitement NKG2D (à la base de CYAD-01 et CYAD-02) avait un effet thérapeutique pour traiter la LMA.

Nous sommes maintenant, depuis deux ans, dans un processus de transfert depuis la preuve de concept vers un produit commercialisable, qui amène toutes les capacités de traitement. Globalement ces traitements ont été bien tolérés. On a montré que 8 des 15 patients qui avaient une dose suffisante présentaient une activité anti-leucémique importante.

 

Mais ces résultats n’étaient pas entièrement satisfaisants?

Michel Lussier, président de Celyad, et Filippo Petti, nouveau CEO.

Sur base de toutes ces découvertes, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il nous fallait des cellules plus puissantes, car leur effet n’était pas assez important et pas assez durable. Le processus de production OptimAb permet un traitement beaucoup plus puissant en faisant des cellules plus jeunes (moins différenciées) qui permettront de tuer davantage de cellules cibles. Elles sont plus jeunes parce qu’on les développe en seulement 8 jours plutôt que dix et parce que nous avons ajouté au processus de production une molécule permettant de les garder jeunes.

La capacité du processus est de développer plus de cellules plus rapidement et d’avoir des cellules avec ce qu’on appelle une mémoire centrale, qui permet à chacune de ces cellules d’être beaucoup plus puissante. On l’a démontré in vitro et chez l’animal et on va le démontrer chez l’homme en appliquant ce processus OptimAb à tous nos programmes de LMA.

Concrètement, qu’est-ce que cela a comme impact sur vos essais cliniques actuels?

On a donc décidé de refaire une nouvelle cohorte pour le CYAD-01 en monothérapie, qui va débuter en janvier et qui, elle-même, associera la monothérapie qui avait montré des résultats il y a deux ans avec le processus OptimAb. On va traiter une douzaine de patients dans le premier semestre de l’année et on devrait avoir des résultats probants en milieu d’année 2020.

Et pour votre autre programme, DEPLETHINK, qui évalue le CYAD-01 après une chimiothérapie de préconditionnement?

Cela ne veut pas dire qu’on recommence. On continue à affiner le traitement.

On avait aussi commencé sans OptimAb et on a traité, toujours en progression de doses, 9 patients. Nous sommes allés jusqu’à 300 millions de cellules et on ne voyait pas assez d’activité anticancéreuse chez ces patients. On a donc décidé, là aussi, d’améliorer DEPLETHINK grâce au processus OptimAb. On va traiter davantage de patients dans les prochains mois et on devrait également avoir des résultats probants dans les 6 à 9 mois.

Est-ce que vous ne redoutez pas de donner l’impression de recommencer à nouveau une phase I alors que vous aviez annoncé la préparation du lancement d’une phase II?

Quand on a commencé notre programme, on avait besoin d’avoir plusieurs "tirs au but", c’est-à-dire voir quelle est la modalité qui va nous amener en phase II. Les modalités que l’on a essayées jusqu’à présent ne nous permettaient pas de passer en phase II directement. C’est-à-dire que nous avons décidé que nous n’avions pas assez d’efficacité de durée de traitement dans ces cohortes-là. C’est vrai que, dans un monde idéal, on aurait préféré que notre premier tir au but fonctionne et qu’on passe directement en phase II. Mais il était aussi prévu que si le premier tir n’était pas suffisant, on passerait au deuxième ou au troisième essai. Maintenant, cela ne veut pas dire qu’on recommence. On continue à affiner le traitement avec un passage en phase II qui est presque automatique. C’est-à-dire que lorsqu’on arrive en fin de phase I, surtout dans les doses les plus importantes où l’on voit vraiment de l’efficacité, on va continuer directement en phase II, avec plus de patients soignés avec le traitement que l’on aura trouvé, mais en fixant la dose. 

Tous ces ajustements ont un impact sur le calendrier de la phase II?

Oui, dans la mesure où, si le premier traitement que l’on a fait il y a deux ans avait été le bon traitement, on serait passé en phase II directement. Cela n’a pas été le cas parce que le processus (mAb) qu’on avait jusqu’à maintenant était bon, mais pas suffisant. On passe à un traitement affiné, qui devrait nous permettre d’accéder à une phase II.

Qu’en est-il du CYAD-02?

Il est possible que cela soit le CYAD-02 qui soit le plus efficace.

CYAD-02, c’est la combinaison de CYAD-01 avec une lymphodéplétion, mais aussi avec l’ajout d’une technologie de vecteur qui s’appelle le shRNA. Cette technologie va encore augmenter la puissance du traitement et permettre une meilleure persistance des cellules chez les patients. C’est un autre tir au but. On commence l’essai maintenant et on devrait avoir les premiers résultats au deuxième semestre 2020.

Pourrait-on imaginer que ce soit le CYAD-02 qui prenne le pas sur tous les traitements, puisqu’il est plus abouti?

C’est une hypothèse. Il est possible que chacun des traitements donne des résultats, mais ce serait un problème très agréable pour nous de désigner, au milieu de l’année prochaine, quel programme on fait avancer vers la phase II et la commercialisation. Là encore, cela nous donne trois manières d’arriver au but et il est possible que cela soit le CYAD-02 qui soit le plus efficace. Mais le plus important, c’est d’avoir un produit qui soit assez efficace pour traiter les patients qui en ont bien besoin aujourd’hui.

Après cette phase II annoncée, on parle directement d’être sur le marché? Pas de phase III?

Cela dépend du régulateur, qui peut vouloir une phase III ou pas. Mais comme il s’agit de patients qui n’ont pas d’autres solutions, qui sont réfractaires à tous types de traitement, l’usage veut que l’on passe à la commercialisation après la phase II. Mais on va sans doute parler de 150 à 200 patients en phase II.

Nous pensons que nous sommes réellement en tête en ce qui concerne le traitement de la LMA.

D’autres travaillent également sur la LMA. Où vous situez-vous par rapport à la concurrence?

Ce n’est pas tout à fait le même type de leucémie et nous pensons que nous sommes réellement en tête en ce qui concerne le traitement de la LMA. Les autres traitements sont souvent pour traiter des patients plus en amont, alors que nous sommes sur la LMA réfractaire/récidivante. On garde une position très concurrentielle.

Les traitements existants sont très chers et commercialisés dans les 300.000 ou 400.000 euros. On a essayé de réduire les coûts par une production en interne qui nous permet une plus grande efficacité. Mais le plus gros du coût vient de l’aspect autologue du traitement. On a donc installé deux plateformes qui vont nous permettre de passer à un traitement allogénique. Toute notre recherche d’aujourd’hui sera utile à la LMA, mais aussi pour le cancer colorectal, puisqu’on a décidé de démarrer un programme dans cette indication.

Celyad conserve beaucoup de fers au feu en matière de recherche. Mais est-ce que les investisseurs, qui attendent l’aboutissement d’un de ces programmes, ne vont-ils pas finir par s’impatienter?

Je pense que l’on s’approche réellement du but. L’année 2020 sera l’année de l’OptimAb.

Celyad est une équipe très solide sur le plan scientifique. Je pense que l’on a vécu depuis quelques mois l’impatience de bon nombre d’investisseurs qui, après plusieurs années de recherche, aimeraient voir des résultats cliniques. Je les comprends parfaitement et moi-même, en tant qu’investisseur, j’espère voir des résultats. Mais nous sommes dans un domaine extrêmement complexe, où les résultats que nous avons ne sont pas noirs ou blancs. On a besoin d’améliorer et de quelques mois supplémentaires. Ceci étant, on ne parle pas d’années et je pense qu’en milieu d’année 2020, on sera fixé avec ces trois tirs au but.

La deuxième chose que je voudrais souligner c’est que l’on sait que cela fonctionne et que l’on a une solution. Le tout, c’est qu’elle fonctionne assez bien pour qu’elle soit commercialisée et que la solution qu’on adopte soit un succès. C’est là qu’on a pris plus de temps. Je pense qu’on y sera d’ici deux trimestres. On aurait pu, certes, mieux communiquer pour gérer les attentes, mais c’est un chantier: on apprend avec chaque patient. Là, je pense que l’on s’approche réellement du but. L’année 2020 sera l’année de l’OptimAb, ce processus qui nous amènera en phase II et vers la promesse d’une commercialisation.

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