Michel Vanbrabant: "ISTAR amène une technologie révolutionnaire pour le glaucome"

Située à Wavre, iSTAR Medical dispose déjà de projets d’extension de ses installations actuelles, souligne le patron de l’entreprise, Michel Vanbrabant. ©Wouter Van Vooren

La société de technologie médicale iStar, qui développe un implant de nouvelle génération pour le traitement du glaucome, a procédé à l’une des plus importantes levées fonds du secteur cette année.

Située à Wavre juste à côté du géant GSK, la medtech iSTAR vient de procéder à une importante levée de fonds. Un apport d’argent frais qui servira à lancer la commercialisation de son implant intra-oculaire disruptif contre le glaucome. Les explications de son CEO, Michel Vanbrabant.

Comment est née iSTAR?

L’histoire commence aux USA, avec la mise au point par le scientifique Andrew Marshall de l’université de Washington à Seattle, du concept de matériau poreux. Il s’agit d’un matériau composé de sphères microscopiques interconnectées, dont la particularité est d’offrir une meilleure bio-intégration dans les tissus humains. Ce qui en l’occurrence, pour l’œil, permet d’éviter les réactions fibrotiques. Une société, Healionics, a été créée à Seattle pour développer ce matériau, appelé "STAR". En 2011, cette société a fondé iSTAR en Belgique pour s’occuper de la partie ophtalmologie. À l’origine, Healionics détenait 100%. Fin 2013, iSTAR a attiré des investisseurs locaux. Depuis, elle a progressivement renforcé son ancrage local, étant aujourd’hui principalement aux mains d’investisseurs belges et européens.

Comment s’est passé le développement initial de l’entreprise?

Je suis arrivé en 2014. On a commencé par ancrer la société avec les meilleurs leaders d’opinion scientifiques et déployer les études cliniques nécessaires. Pour y parvenir, il a fallu construire la base de l’équipe. Il y avait 4 personnes à l’époque. On est 22 aujourd’hui. Enfin, il a fallu trouver le financement. La série suivante, concrétisée en 2016, a permis de lever 10 millions d’euros. Essentiellement de nouveaux investisseurs belges, comme la SFPI et Nivelinvest, un français, le Fonds européen des matériaux, ainsi que certains privés. Les investisseurs initiaux, Capricorn, la SRIW, Namurinvest et Spin-off Luxembourgeoise, ont suivi.

Pour cette phase-ci, combien avez-vous levé finalement?

Il y a 40 millions garantis, dont une partie sous condition. Il y a environ 25 millions qui sont une augmentation de capital immédiate. Il y a ensuite une deuxième tranche de 15 millions, qui sera versée lorsque nous atteindrons certaines étapes, en particulier lorsque nous serons approuvés pour le marché européen. Les modalités de cette seconde tranche sont déjà finalisées, de sorte qu’elle pourra être déclenchée par simple demande du conseil d’administration.

En quoi consiste votre dispositif?

Le glaucome est traité en première ligne par l’administration de gouttes oculaires. Mais si le traitement est pris de manière irrégulière, la maladie s’aggrave et cela mène à une perte de vision. Il y a la chirurgie pour les cas les plus graves. Entre les deux, se sont installés depuis une dizaine d’années les MIGS (Micro-Invasive Glaucoma Surgery). C’est-à-dire qu’on introduit dans l’œil un implant pour permettre le drainage, sans principe actif. Mais cette technologie est confrontée au problème de fibrose que j’évoquais et dans 25 à 30% des cas, elle ne fonctionne plus au bout d’un certain temps.

"En termes d’emplois, on envisage largement de doubler tous les 18 mois."

Notre implant, fabriqué avec le matériau STAR, ne provoque quasiment pas de réactions fibrotiques. On le place dans l’œil avec un injecteur, où il va permettre de connecter la chambre antérieure et l’arrière de l’œil. Ce que nous amenons, c’est une technologie révolutionnaire pour ce type d’implants, beaucoup mieux adaptée pour le traitement du glaucome.

Où en êtes-vous dans le développement de l’équipement?

En 2011, on a testé le matériau STAR avec un premier implant dans une étude et on a pu vérifier que le matériau fonctionnait parfaitement bien pour ce type d’indications. Mais il n’y a pas de marché commercialement viable pour un dispositif qui n’a pas d’injecteur et qui n’est pas micro-invasif. À partir de 2014, on a donc développé notre produit actuel, le MINIject, constitué de l’injecteur, de l’étui de protection de l’implant et de l’implant lui-même. Le chirurgien n’a plus besoin d’autres instruments pour le placer, ce qui rend la procédure simple et rapide (quelques minutes).

Vous avez lancé d’autres études cliniques?

Nous avons trois études en cours. La première étude clinique sur l’homme, STAR-I, a débuté en 2017. Nous avons maintenant un suivi à 18 mois. Ce qui pour le glaucome, est un bon indicateur que cela fonctionne pour le long terme. Cette étude montre des performances exceptionnelles. Nous avons une deuxième étude de confirmation, STAR-II, qui est faite en Europe. Les résultats seront dévoilés à la fin de l’année. L’étude STAR-III, porte sur les nouveaux éléments ergonomiques de l’injecteur. Nous allons combiner toutes ces études pour obtenir le marquage CE, que nous planifions d’obtenir dans le courant 2020. La commercialisation suivra dans la foulée..

Que représente le marché que vous visez?

Il y a énormément de patients qui souffrent de glaucome, environ 90 millions de personnes dans le monde. Cette maladie n’est pas sous contrôle à cause des inconvénients des gouttes, pour environ 50% des patients. En termes de santé publique, c’est un enjeu énorme. En ophtalmologie, les MIGS sont le segment qui connaît la croissance la plus importante, de l’ordre de plus de 30% par an.

Vous lorgnez également les USA?

C’est un marché très attractif, par sa taille, et aussi parce que les remboursements y sont favorables. Mais la commercialisation, c’est une autre aventure. On a des discussions avec la FDA depuis plus d’un an pour voir quel type d’études elle souhaite nous voir conduire pour, in fine, autoriser la mise sur le marché. On soumettra notre demande à la FDA très rapidement, pour un démarrage d’une étude courant de l’année prochaine. Nous planifions également une extension des indications en Europe, en particulier avec une étude sur l’implantation du MINIject en concomitance avec une chirurgie de la cataracte.

Comment va se développer la société?

En termes d’emplois, on envisage largement de les doubler tous les 18 mois. Le bâtiment, conçu pour une extension de notre salle blanche actuelle, est suffisant pour abriter un QG et le début de la production.

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