Mithra cible d'une enquête pour corruption de médecins

©Lieven Van Assche

L’Agence fédérale des médicaments a ouvert une enquête sur des pratiques de Mithra visant à soudoyer des médecins. Alors que l'entreprise liégeoise répare son entrée en Bourse...

Alors que son patron-fondateur, François Fornieri occupe la Une de l’actualité avec différents projets de développement (introduction en Bourse, augmentation de capital, création de filiales, etc.), l’entreprise Mithra (Liège) va devoir gérer un autre front qui risque de ternir son image. Selon nos informations, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de la santé (AFMPS) a ouvert une enquête sur certaines pratiques illégales dont se serait rendu coupable le leader belge de la contraception. L’information nous a été confirmée à diverses sources. Dans les faits, les investigations des enquêteurs portent sur des démarches visant à offrir des avantages ou des rétributions financières à des médecins, généralistes ou gynécologues, en vue de les inciter à prescrire des médicaments de Mithra. Or, ces pratiques sont rigoureusement interdites par des dispositions (articles 9 et 10) de la loi du 25 mars 1964 sur les médicaments.

Concrètement, Mithra aurait utilisé les places de matches de football dont il bénéficie auprès du club du Standard pour convier des médecins à des rencontres au stade de Sclessin. Parfois, les médecins ont assisté aux matches en présence du CEO, François Fornieri. En effet, en tant que sponsor du Standard, Mithra reçoit une dizaine de places (business seat) que les dirigeants peuvent utiliser pour inviter des partenaires de relations d’affaires. Des assistants de gynécologues, des pharmaciens ou encore des distributeurs de médicaments auraient également bénéficié de ces avantages.

Rétribution financière ou offre d’Ipad

Une autre pratique consisterait à offrir des produits de Mithra ou à proposer des rétributions financières à des médecins. C’est ainsi qu’à titre d’exemple, l’entreprise leur aurait promis une somme de 20 euros par produit vendu. Le produit en question serait le 5 D kit (five Days kit), utilisé dans le cadre d’un régime protéiné (distribué par Mithra) et qui permet la perte d’environ 2,3-2,5 kg par semaine.

Express

L’Agence fédérale des médicaments soupçonne l’entreprise Mithra de pratiques illégales contraires à la loi du 25 mars 1964 sur les avantages aux médecins. Elle a ouvert une enquête depuis quelques mois pour vérifier des allégations d’avantages en nature ou de rétribution financière aux médecins pour les inciter à prescrire ou à faire la promotion de produits Mithra. Les dirigeants de Mithra se défendent de toutes pratiques illégales. Sur un autre registre, une plainte pour publicité mensongère a été introduite à l’Agence par la firme Bayer.

Concrètement, des bons promotionnels sont distribués aux médecins qui les remettent aux patients pour une commande par Internet. Le code du bon permet d’identifier le médecin qui a servi d’intermédiaire, lui permettant de toucher sa commission. Les enquêteurs soupçonnent aussi le financement de voyages à l’étranger pour des médecins. Il est également question d’Ipad offerts aux praticiens toujours pour les motiver à faire la promotion des produits de l’entreprise liégeoise. Des formations sont également dispensées aux délégués de Mithra pour les familiariser avec les stratégies visant à mieux convaincre les médecins.


Publicité mensongère

Contacté par nos soins, François Fornieri se défend de toute pratique illégale. Il confirme toutefois les investigations de l’AFMPS, mais sur un autre dossier. Il se dit d’ailleurs serein. "Je ne suis pas inquiet par cette enquête, c’est une pratique courante dans le secteur ou des concurrents peuvent porter plainte contre une entreprise du secteur pour une mauvaise communication. L’enquête se solde souvent par une transaction ou une amende", nous a répondu le patron-fondateur de Mithra.

Ce dernier aspect des investigations de l’AFMPS concerne une publicité mensongère concernant le Levosert, le stérilet hormonal, un produit révolutionnaire développé par Mithra, via son ancienne filiale, Uteron (aujourd’hui cédée à Actavis). Lors de sa première mise sur le marché, le produit avait été présenté comme un contraceptif. Mais selon des sources proches du dossier, pour présenter comme un produit contraceptif, il aurait fallu réaliser les tests sur une plus longue période (18 mois) et sur un échantillon beaucoup important (quelques milliers de femmes). Ce qui n’aurait pas été le cas chez Mithra.


Plainte du groupe Bayer

Sans prendre des précautions d’usage, l’entreprise liégeoise a, dans ses communications, présenté le Levosert comme un contraceptif et l’a même rapproché du produit Mirena de son concurrent Bayer. Ce qui a déclenché la colère des dirigeants de la filiale belge du groupe allemand qui ont introduit une plainte auprès de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de la santé. Car actuellement le Levosert n’est qu’un médicament contre les saignements abondants.

Aujourd’hui, l’enquête sur le Levosert aurait abouti et aurait donné lieu à une amende imposée à Mithra, mais François Fornieri nous a assuré le contraire. Dans l’absolu, il nous a indiqué que le montant de l’amende peut varier entre 7.000 euros et 50.000 euros.

Les investigations sur les pratiques illégales dont se serait rendu coupable Mithra ne sont pas encore bouclées. Des auditions ont déjà eu lieu, d’autres pourraient suivre. Mais il nous revient que les enquêteurs auraient déjà recueilli des informations intéressantes pour étayer leurs soupçons. Si elles se confirment, elles pourraient contrecarrer sérieusement les projets de développement de l’entreprise liégeoise dont la réussite est saluée par tous les acteurs wallons.

À l’issue de leur enquête, les agents de l’AFMPS peuvent transmettre le dossier au parquet de Liège en vue d’une procédure devant la justice pénale. L’infraction, si elle est établie par la justice, peut entraîner une condamnation à un an de prison. Mais nous n’en sommes pas encore là, car il est clair que les dirigeants de Mithra déploieront des efforts pour se défendre et démontrer qu’ils n’ont rien à se reprocher. Surtout qu’une condamnation pourrait peser lourd sur l’image et la crédibilité de Mithra.


Augmentation de capital

L’entreprise a été créée, il y a environ 15 ans et est bénéficiaire depuis 2007-2008. Il affiche un chiffre d’affaires d’environ 21 millions d’euros. Son patron a annoncé lundi son projet d’une introduction en Bourse (IPO) au printemps 2015 avec l’ambition de lever un minimum de 30 millions d’euros (le montant pourrait culminer à près de 50 millions d’euros). L’objectif est de financer une stratégie de croissance notamment par acquisitions.

Récemment, François Fornieri a bouclé un premier tour de table qui lui a permis de réaliser une augmentation directe de capital de capital de près de 25 millions d’euros. Elle a été souscrite par Meusinvest, société d’investissement public, déjà actionnaire de Mithra, pour 7,7 millions. Près de 2,1 millions ont été apportés par des privés. Par ailleurs, Ardentia Invest, holding faîtier de François Fornieri, a également participé à l’opération pour un montant de 7 millions d’euros. Ogeo Fund, le fonds de pension du secteur public (piloté par Stéphane Moreau/Nethys), a pris une participation directe de 5 millions dans Ardentia et en a acheté des obligations convertibles en actions du capital pour le même montant.

 

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