Mithra va lancer un essai clinique pour évaluer l'Estetrol contre le Covid-19

L'Estetrol, qui pourrait être utilisé pour accélérer le processus de guérison de patients atteints du Covid-19, est à la base des deux principaux produits en développement chez Mithra: la pilule Estelle et le Donesta.

La société biopharma liégeoise va lancer un essai clinique de phase 2 pour tester l’Estetrol contre le Covid-19, plusieurs études tendant à montrer que les œstrogènes jouent un rôle protecteur.

Mithra apporte sa pierre à la lutte contre le coronavirus: la société biopharmaceutique wallonne va lancer une étude clinique de phase 2 pour évaluer les effets bénéfiques potentiels de l’hormone Estetrol (E4) sur l’infection qui a paralysé la planète. 

Le Covid-19 frappe davantage les hommes que les femmes, et de manière plus sévère.

L'entreprise de François Fornieri ne s'attend pas à ce que l’œstrogène, qui est au cœur de sa stratégie de développement, soit le remède miracle que le monde entier attend contre le Covid-19. Mais l'Estetrol pourrait apporter certains résultats, notamment pour les vaisseaux sanguins, puisqu’il a été constaté que le Covid était aussi une maladie inflammatoire vasculaire.

Une disparité entre les sexes

Cette initiative, a priori surprenante pour une société spécialisée dans la santé féminine, est en réalité logique quand on y regarde de plus près: si on est loin de tout connaître sur le nouveau coronavirus, les études épidémiologiques menées jusqu’ici ont mis en évidence le fait que le Covid-19 frappe davantage les hommes que les femmes, et de manière plus sévère. L’Italie compte quatre fois plus de décès chez les hommes que chez les femmes. Une disparité entre les sexes qui s’expliquerait notamment par des différences biologiques au niveau immunitaire.

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Cette différence immunosexuelle a déjà été mise en lumière par le passé pour d’autres maladies infectieuses causées par des coronavirus humains, tels que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). L’idée est donc de démontrer le rôle protecteur joué par les œstrogènes, qui semblent pouvoir bloquer une protéine servant de porte d’entrée à certains coronavirus.

Une question d'œstrogènes

"Il serait très intéressant d’approfondir l’effet des œstrogènes, en particulier l’Estetrol, sur la réponse immunitaire des patients touchés par le Covid-19", fait valoir Jean-Louis Vincent, professeur de soins intensifs à l'ULB et intensiviste à l'hôpital universitaire Érasme à Bruxelles. "Les femmes enceintes, qui présentent naturellement un taux élevé d’œstrogènes durant leur grossesse, sont relativement préservées dans la crise sanitaire actuelle, alors qu’elles sont beaucoup plus vulnérables face au virus de la grippe H1N1", selon lui.

Des études sont déjà en cours dans deux hôpitaux américains pour voir si les hormones peuvent avoir un impact sur la maladie.

"On a une longue expérience clinique d’administration d’œstrogène chez des hommes."
Jean-Michel Foidart
Cofondateur de Mithra

Un coût limité

"Les hommes et les femmes réagissent différemment face aux infections respiratoires virales, en raison de réponses différentes des cellules immunitaires innées", précise, de son côté, Jean-Michel Foidart, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de médecine de Belgique et cofondateur de Mithra.

"Et les changements de niveaux d’œstrogènes chez la femme à la puberté, pendant la grossesse et à la ménopause sont associés à des modifications de l'immunité innée", ajoute le professeur, selon qui l’administration d’œstrogènes à des patients masculins sur une courte période ne poserait aucun problème majeur en termes de sécurité et présenterait un coût limité. "On a une longue expérience clinique d’administration d’œstrogènes chez des hommes, par exemple, en cas de cancer de la prostate".

D'après Jean-Michel Foidart, cet apport en Estetrol "ne sera pas la clé de voûte du traitement contre le Covid-19. Il faut continuer à évaluer tous les autres traitements qui sont testés. Mais si en plus on peut apporter une petite contribution à la guérison et notamment à l’accélération de la régénération de l’endothélium (la couche la plus interne des vaisseaux sanguins, NDLR), c’est un plus".

De solides connaissances

La société liégeoise bénéficie déjà de solides connaissances en la matière puisqu'elle travaille depuis des années sur l’Estetrol, un œstrogène natif produit par le foie du fœtus humain, qui passe dans le sang maternel à des doses relativement élevées pendant la grossesse. L’Estetrol, que Mithra synthétise à partir du soja, avant de la reproduire industriellement, est, en effet, à la base du contraceptif oral de nouvelle génération Estelle, et du Donesta, destiné à lutter contre les effets néfastes de la ménopause.

Le premier de ces deux produits, qui a déjà passé avec succès toutes les études cliniques, va bientôt être lancé sur le marché. Ce qui explique que Mithra puisse passer d’emblée à une phase 2, les études cliniques de phase 1 ayant démontré la sécurité et l’absence d’effets secondaires de l’Estetrol. 

L'étude devrait être menée fin 2020 sur des patients infectés par le virus. D'après le CEO de l'entreprise, François Fornieri, Mithra est par ailleurs "en discussion pour tenter d’intégrer une des études américaines sur les œstrogènes. Mais ce ne serait pas avant la fin de l’année. C’est pourquoi nous travaillons en parallèle, avec la caution du monde scientifique, sur un protocole d’étude, avant tout pour des hommes, mais également de femmes ménopausées".

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