NeuVasQ Biotechnologies, nouvel espoir belge contre les maladies neurologiques

Benoit Vanhollebeke, fondateur et directeur scientifique de NeuVasQ. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

À peine créée, NeuVasQ Biotechnologies vient de lever 20 millions d'euros. La nouvelle spin-off de l'ULB espère traiter de nombreuses maladies neurologiques, dont l'Alzheimer.

S’attaquer aux causes des plus terribles des maladies neurologiques, y compris celles qui restent sans traitement depuis des décennies comme l’Alzheimer: c’est l’ambition affichée par NeuVasQ Biotechnologies, une start-up wallonne portée sur les fonts baptismaux il y a tout juste quelques mois dans le BioPark de Gosselies. Une pépite en devenir qui vient de clôturer une levée de fonds de 20 millions d’euros en Série A. Un montant jamais vu en capital risque à un stade aussi précoce dans le secteur des sciences du vivant.

 Si NeuVasQ a attiré l’attention des investisseurs, c’est que la société est particulièrement bien née: elle est le fruit des travaux du laboratoire du professeur Benoit Vanhollebeke (ULB) sur la barrière hémato-encéphalique, ce système biologique complexe qui régule les échanges entre le système vasculaire et le système nerveux central. Depuis une douzaine d’années, ce scientifique reconnu, qui dirige le laboratoire "signalisation neurovasculaire" de l’Institut de neurosciences de l’ULB, s’est penché sur les mécanismes moléculaires de préservation de l’intégrité de cet obstacle anatomique.

Une perméabilité accrue

Avec le vieillissement ou à cause d’une lésion, la perméabilité accrue de cette barrière contribue à de nombreuses pathologies neurologiques, qui voient des substances sanguines nocives s’écouler  dans le système nerveux central. Une altération qui est un facteur que l’on retrouve dans de nombreuses maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, mais aussi dans de multiples troubles neurologiques aigus comme les AVC et l’épilepsie. 

"Notre approche vise le talon d’Achille de toute une série de pathologies du système nerveux central."
Benoit Vanhollebeke
Fondateur et directeur scientifique de NeuVasQ

Le professeur Vanhollebeke estime aujourd'hui qu'il est possible de restaurer les fonctions neurovasculaires inutilisables. "Notre approche vise le talon d’Achille de toute une série de pathologies du système nerveux central" fait valoir le scientifique. "Nous allons essayer d’agir sur ce dénominateur commun et nous attaquer au processus pathologique lui-même, sans prendre en charge le dysfonctionnement neurovasculaire associé à la pathologie. Cette stratégie pourrait donc se décliner vis-à-vis de différentes pathologies. Elle n’est pas spécifique à l’une ou à l’autre" souligne-t-il, en précisant que la nouvelle spin-off de l'ULB constitue "un bel exemple de découverte qui découle d’un programme de recherche fondamentale". Selon lui, "il n’y avait pas d’approche thérapeutique au début. C’est chemin faisant qu’on a découvert des leviers que l’on peut actionner pour pousser le système biologique dans un sens ou dans un autre".

10
millions d'euros
Newton Biocapital est l’investisseur principal de la levée. Il a été rejoint par Theodorus IV et des business angels, pour un total de 10 millions d’euros.

Fondateur de la nouvelle société, Benoit Vanhollebeke occupera la fonction de directeur scientifique. Il conserve toutes ses fonctions académiques. Le CEO de la spin-off n'a pas encore été désigné. À ce stade, NeuVasQ n'a pas non plus déterminé l'approche thérapeutique, qui pourrait donc reposer aussi bien sur de petites molécules que sur l’ARN messager ou la thérapie génique. "Mais on ne part pas d’une feuille blanche. On a déjà l’une ou l’autre de ces modalités qui se montrent efficaces, mais dont on ne peut parler pour des raisons de confidentialité. Cela dépendra de chaque pathologie, puisque certaines sont aiguës, comme l'AVC, et d’autres chroniques" souligne encore le professeur Vanhollebeke.

Quels sont les investisseurs?

C’est Newton Biocapital, le fonds d’investissement en sciences de la vie cofondé et dirigé par Alain Parthoens, qui est l’investisseur principal de la levée.  Il a été rejoint par Theodorus IV, le fonds d'amorçage partenaire historique de l'ULB, et des business angels de Flandre et de Wallonie, pour un total de 10 millions d’euros.

Le montant total de 20 millions apparait d'autant plus impressionnant "qu'il ne comprend pas de moyens financiers non dilutifs".
Philippe Degive
Responsable des investissements dans les sciences de la vie à la SRIW.

La seconde moitié du tour de table a été apportée par les agences de financement régionales et nationales belges, notamment SFPI-FPIM, SRIW Life Sciences, Sambrinvest et InvestSud. Le montant total de 20 millions apparait d'autant plus impressionnant "qu'il ne comprend pas de moyens financiers non dilutifs, comme des aides et avances récupérables de la Région wallonne, qui pourraient intervenir par la suite", commente de son côté Philippe Degive, responsable des investissements dans les sciences de la vie à la SRIW

La recherche patine

À ce stade, le champ thérapeutique potentiel dans lequel s'inscrit NeuVasQ est plus large qu’à l’accoutumée. La société devra donc déterminer les pathologies à prioriser dans l’optique d’essais cliniques. Rien que dans la maladie d'Alzheimer, les attentes sont énormes: les recherches patinent depuis une vingtaine d'années et on reste très loin de pouvoir guérir la maladie. L'Agence américaine FDA a autorisé récemment un traitement contre cette maladie, développé par l'entreprise américaine Biogen. Mais ce médicament, très cher à plus de 50.000 dollars par an, ne s'adresse qu'à une petite part des patients, à un stade très précoce de la maladie. Et il n'a pour l'heure prouvé qu'une efficacité limitée.

Le résumé

  • Spécialiste du fonctionnement de la barrière hémato-encéphalique, le professeur Benoit Vanhollebeke de l'ULB a créé en début d'année NeuVasQ Biotechnologies.
  • La société pense pouvoir traiter les causes de nombreuses maladies neurologiques, dont l’Alzheimer, que l'on reste très loin de pouvoir guérir.
  • La spin-off lève 20 millions d'euros, un record pour une série A en biotechnologie.
  • L'investisseur principal est Newton Biocapital, le fonds d’investissement en sciences de la vie cofondé et dirigé par Alain Parthoens.

Un panel de haut niveau pour conseiller la SRIW

Si le secteur wallon des sciences de la vie peut être considéré comme l’une des plus belles réussites du sud du pays de ces deux dernières décennies, il y a encore de nombreuses choses à faire pour que ce développement se poursuive et se transforme en succès économique d’ampleur.

Acteur important de cet écosystème, l’invest régional SRIW vient de créer un Advisory Board, composé de personnalités de niveau international issues du monde académique, de l’industrie pharma et d’entreprises innovantes. Il aura pour but de conseiller la plateforme Life Sciences du groupe, qui est dédiée au financement des sociétés actives dans le domaine de la santé humaine.

Dans le panel, on retrouve Denis Bedoret (CEO d’Imcyse), le professeur Benoît Van den Eynde (directeur de l’Institut De Duve), le professeur émérite Michel Goldman (ULB), Brigitte de Vet-Veithe, (CEO de Materialise Medical), Didier Malherbe (président de BCI-Pharma, ex-UCB Belgium), Eric Paul Pâques (ex-CEO de Grunenthal et président de Novadip), le docteur Eric Salmon (directeur médical, GIGA Cyclotron Research Centre, ULiège), Ingrid Maes (directrice et cofondatrice d’Inovigate Belgium), Maud Lazare (directrice des relations investisseurs  de Truffle capital), Philippe Denoel (directeur R&D externe de GSK Vaccines) et Thierry Laugel (associé directeur chez Kurma).

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