interview

"Nous sommes en train de réussir notre pari de vaccins à 15 centimes la dose"

  • Hugues Bultot
  • Univercells
Les laboratoires d’Univercells à Gosselies où l’entreprise emploie la majeure partie de son personnel. ©Anthony Dehez

La biotech wallonne Univercells vient de lever 16 millions d'euros auprès d'investisseurs belges, mais aussi américains et coréens. La moitié de ces fonds doit servir à développer un vaccin existant, mais en rupture chronique d'approvisionnement. L'autre moitié, nous explique le CEO Hugues Bultot, doit venir renforcer la plateforme de biosimilaires, dédiée à la production d'anticorps et à la lutte contre les maladies orphelines.

La valse des levées de fonds dans le secteur biotech wallon se poursuit: l’entreprise technologique carolo Univercells a annoncé ce lundi la clôture d’un tour de financement de série B de 16 millions d’euros. Créée en 2013 par Hugues Bultot (CEO) et José Castillo (directeur scientifique), Univercells développe des mini-plateformes de bioproduction révolutionnaires de la taille d’une grosse armoire pouvant fournir des vaccins et traitements à bas prix. Les fonds levés vont lui permettre d’en accélérer la commercialisation.

Univercells

• Créée en 2013 par Hugues Bultot (CEO) et José Castillo (directeur scientifique).

 • Emploie 72 personnesspécialisées dans le développement des mini-plateformes pouvant fournir des vaccins et traitements à bas prix.

 

• Compte parmi ses investisseurs, la Fondation Bill & Melinda Gates.

• Vise le break-even pour 2019-2020.

L’augmentation de capital, fortement sursouscrite, voit l’arrivée de nouveaux fonds renommés issus des trois continents, preuve de la crédibilité de cette jeune entreprise qui avait reçu fin 2016 un important financement (12 millions) de la Fondation Bill & Melinda Gates. Parmi les nouveaux venus, on trouve Global Health Investment Fund (GHIF), un fonds new-yorkais d’impact (c’est-à-dire qui cherche à concilier rentabilité et impact social positif), mis sur pied à l’origine par cette même fondation Gates.

Aux côtés de GHIF, qui a piloté le tour de table, on retrouve Korea Investment Partners (KIP), ainsi que deux fonds d’investissement technologiques belges: The Innovation Fund et Inventures II. L’investisseur indépendant Rodolphe de Spoelberch rejoint pour l’occasion le conseil d’administration d’Univercells en tant qu’observateur. Enfin, divers investisseurs privés ont été rassemblés via la société d’investissement TheClubDeal. L’Echo a rencontré le CEO d’Univercells, Hugues Bultot.

Pouvez-vous nous en dire plus sur GHIF qui a piloté ce nouveau tour de table de 16 millions?
C’est un fonds d’investissement à impact, c’est-à-dire qu’il doit avoir un return financier, mais également un impact sur la santé globale, comme c’est le cas je pense pour Univercells. Il a hérité cela de son sponsor principal, la Fondation Gates, qui est à l’origine du fonds. GHIF est venu nous voir en 2017 et on a rapidement trouvé un terrain entente. L’idée, c’est de partir des résultats de la plateforme polio (SIPV) financée par la Fondation Gates, afin de développer des vaccins existants qui sont en rupture chronique d’approvisionnement.

Aujourd’hui, il est de notoriété publique qu’il manque des doses de vaccins pour la rage, la rougeole, les oreillons, la fièvre jaune… Ce sont des vaccins qui ne retiennent plus l’attention des grands groupes. Il s’agira d’un vaccin Univercells, développé à notre initiative complète, mais qui sera licencié à des acteurs internationaux (chinois, indiens...) et qui pourrait même être éventuellement produit en Belgique. Cela va au-delà de notre business modèle classique. Les fonds de GHIF permettront à Univercells de devenir le propriétaire et de bénéficier des revenus de ce vaccin.

Hugues Bultot, CEO et cofondateur d'Univercells. ©Angel Benavides

Quel sera le vaccin retenu?
On doit encore le décider. C’est là tout l’intérêt de la collaboration avec GHIF, grâce auquel nous avons accès à tous les experts internationaux de la Fondation Gates et de ce fonds d’investissement très actif. On a créé une équipe pour décider d’ici neuf mois quel est le meilleur vaccin à développer. Il y a un ensemble de critères qui sont l’impact sur la santé globale, l’amplitude du marché, la rentabilité, la difficulté clinique… Mais on ne prend pas de risque de développement. Ce seront toujours des vaccins connus, à l’efficacité établie. Les faibles capacités de production et des prix très élevés rendent plusieurs de ces vaccins inabordables. On sait par exemple qu’il y a encore 80.000 morts par la rage dans le monde.

Et à quoi servira le reste de la levée de fonds?
Grosso modo, une moitié sera donc utilisée pour le vaccin. Une autre partie servira à accélérer le développement de notre plateforme de biosimilaires pour la production d’anticorps et d’autres molécules destinées aux maladies orphelines, pour laquelle nous avons reçu une avance récupérable de 2,4 millions d’euros de la Région wallonne au début de l’année. Nous sommes en pleine phase de décollage et d’accélération technologique et commerciale à ce sujet. Nous recherchons des partenaires et allons identifier les meilleures cibles. Nous avons des équipes qui listent les plus gros blockbusters en oncologie et en rhumatologie, là où il y a encore de place. On anticipe également la nouvelle vague de fin de brevets en 2020/21, sur des applications plus limitées, notamment dans les anticorps monoclonaux. Enfin, le reste sera pour nos dépenses courantes.

"Nous sommes une société belgo-américaine dans l’âme."
Hugues Bultot
CEO d'Univercells

Peut-on dire que votre collaboration avec la Fondation Gates se poursuit, mais sous une autre forme?
C’est la dynamique avec la Fondation Gates qui a permis cet investissement. Par contre, les interlocuteurs et les logiques sont différents. José Castillo (le cofondateur et directeur scientifique, NDLR) continue d’ailleurs à gérer les relations avec la Fondation Gates de façon indépendante, tandis que je suis en direct avec le GHIF, avec lequel nous avons une relation classique.

Après l’arrivée de Takeda et les 3 millions levés fin 2017, cette nouvelle augmentation de capital conforte l’internationalisation d’Univercells…
Nous sommes une société belgo-américaine dans l’âme. Nous avons atteint notre objectif d’avoir un pied sur un continent et le deuxième sur un autre, comme c’est le cas avec la Fondation Gates et un réseau américain assez important. Takeda est par ailleurs un investisseur qui également basé dans la Silicon Valley. Nous avons également poursuivi notre shopping aux USA, avec des participants américains, au cours de notre série A étendue. Ce qui nous a permis de bénéficier d’un président du conseil d’administration américain, Douglas Neugold.

Pour sa part, le Korea Investment Partners est un fonds à risque qui existe depuis 30 ans. C’est le plus gros investisseur privé coréen. C’était très important pour nous d’avoir la possibilité d’être soutenu en Corée, qui est un très beau marché. Et nous allons continuer cette stratégie pour les prochaines levées de fonds. Nous avons l’intention d’avoir des partenaires de référence à impact sur tous les continents. Nous pensons que c’est un excellent vecteur d’internationalisation et d’accélération de notre développement.

Univercelles emploie 72 personnes et compte terminer l’année à 100 employés. ©Anthony Dehez

Quel est aujourd’hui votre niveau de participation dans Univercells?
José Castillo et moi sommes légèrement au-dessus de 30%.

 

Quel est le calendrier prévisible pour la commercialisation des plateformes?
Le plus important, c’est la mise sur le marché de la plateforme polio (SIPV). Nous sommes en train de réussir notre pari d’arriver à des vaccins à 15 centimes la dose. Un prototype de notre plateforme destiné à une première production sera reçu à l’automne 2018. Nous sommes à la fois sur les dernières études analytiques qui confirment que l’on a un bon produit et d’autre part, concernant l’équipement, nous avons maintenant un "detailed" design. Pour les autres vaccins, on pourrait annoncer des partenariats au premier semestre 2019 avec des partenaires des pays ciblés c’est-à-dire la Chine ou l’Inde.

Et pour la plateforme biosimilaire?
Nous allons avoir à l’automne des résultats qui montreront que, conceptuellement, nous ne nous sommes pas trompés et que tout ce que nous avons fait avait du sens. Il faudra encore travailler après cela, mais nous serons rassurés définitivement sur l’utilisation de notre technologie dans le domaine des anticorps avant la fin de l’année.

Où en est le développement de la société?
Nous sommes à 72 personnes et on devrait terminer l’année à 100. Au niveau financier, nous brûlons moins de cash que nos amis qui font de la recherche et du développement de médicaments parce que nous avons une grosse partie de notre activité qui est du développement d’équipements. Nous aurons une accélération l’année prochaine de ce que nous voulons faire, c’est-à-dire de la vente d’équipements. Nous serons rentables sur cette activité en 2019-2020.

Où se fera la production de vos différentes plateformes?
Nous sommes dans une logique de sous-traitance, en tout cas pour les composants essentiels. À notre niveau, nous ferons essentiellement de l’assemblage, qui sera effectué dans notre nouveau bâtiment de Nivelles, où nous avons délocalisé une partie de notre équipe d’ingénierie. L’assemblage est destiné à être pérennisé au sein d’Univercells. À terme, il nous faudra trouver un seul site pour regrouper toutes nos activités, qui sont éclatées entre Bruxelles, le Biopark à Gosselies – où se trouve l’essentiel de notre personnel – et Nivelles.

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