Nouveau front dans la lutte qui oppose Perrigo à Coucke & co

Marc Coucke. ©Thomas De Boever

Le litige de plusieurs milliards d’euros relatif à la vente d’Omega Pharma au groupe pharmaceutique américain Perrigo atterrit à présent également devant le tribunal de Bruxelles. Après Marc Coucke, c’est au tour du fonds d’investissement Waterland de contre-attaquer.

Il y a près de cinq ans, Perrigo rachetait Omega Pharma à Marc Coucke et au fonds d’investissement Waterland Private Equity pour la somme de 3,8 milliards d’euros. Un an à peine plus tard, les nouveaux propriétaires reprochaient aux anciens actionnaires d’avoir enjolivé, voire maquillé les comptes d’Omega Pharma pour obtenir le prix fort. Ils exigent ainsi d’être indemnisés à hauteur de 1,9 milliard d’euros.

"Nous avons droit à la confidentialité des secrets d’affaires."
Dominique Blommaert Avocat d’Omega Pharma

Le litige a été porté devant le Centre belge d’arbitrage et de médiation (Cepani), mais ce dernier ne devrait pas rendre sa décision avant la fin de l’année prochaine. Marc Coucke, qui était également visé aux États-Unis par des actionnaires de Perrigo, y a été mis hors de cause. Ce qui l’a incité à contre-attaquer en portant plainte contre la partie déboutée.

Le réviseur dans le viseur

L’accusation | "Enjoliver les chiffres"

La plaidoirie de l’avocat d’Omega Pharma a précisé les reproches faits par Perrigo à Coucke et Waterland. Selon Dominique Blommaert, "des agissements frauduleux ont été constatés. Les chiffres de 2014 ont été manipulés." 

Il invoque une "pression coordonnée" pour atteindre les objectifs financiers de septembre 2014, juste avant la vente. Il a pointé un arrêtpartiel des paiements de l’entreprise pour enjoliver les chiffres et dénoncé un channel stuffing (transfert du stock excédentaire dans les canaux de distribution pour embellir le chiffre d’affaires). Waterland a contesté ces allégations.

C’est au tour de Waterland de passer à la contre-offensive en intentant devant le tribunal de première instance à Bruxelles une action en référé à l’encontre d’Omega Pharma, mais également du réviseur d’entreprise EY, en vue de pouvoir consulter la correspondance entre l’entreprise et son réviseur au cours des mois de mai et juin 2016, comme l’ont révélé les plaidoiries prononcées hier devant le tribunal.

Durant cette période bien précise, Omega Pharma a procédé à une révision de ses comptes annuels pour les exercices 2014 et 2015 qui ont été publiés le 29 juin 2016, cinq jours après la plainte de Perrigo. Cette révision a été précédée de nombreux échanges avec EY. "Ces corrections ne portent que sur 15 à 20 millions d’euros. Mon client s’est étonné d’emblée de la hauteur de la demande en indemnisation sur la base de montants corrigés aussi faibles", a déclaré hier l’avocat Koen Van den Broeck (Allen & Overy) au nom de Waterland.

L’ancien actionnaire d’Omega Pharma veut se servir de cette correspondance pour démontrer, dans le cadre de la procédure d’arbitrage, que le dédommagement réclamé de près de 2 milliards d’euros ne repose sur rien de tangible.

Dernier arrêt avant la cassation

Jusqu’à présent, Omega Pharma s’est toujours refusé à transmettre cette correspondance. "Nous avons droit à la confidentialité des secrets d’affaires", a répliqué l’avocat de l’entreprise, Dominique Blommaert (Janson). Il a avancé également que l’action devant le tribunal était irrecevable parce que contraire aux décisions du Cepani, ce que conteste la partie adverse.

Le juge rendra sans doute sa décision dans un mois. Elle sera définitive compte tenu d’une disposition spécifique du Code judiciaire. Seul un pourvoi en cassation sera encore possible.

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