interview

Olivier Taelman (Nyxoah): "Euronext Bruxelles, ensuite le Nasdaq"

Olivier Taelman dirige Nyxoah depuis juin 2019.

La pépite wallonne veut lever soixante millions d'euros grâce à sa prochaine introduction sur Euronext Bruxelles. De quoi financer les études cliniques et préparer la commercialisation de son implant contre l'apnée du sommeil.

Soixante millions d’euros: c’est ce que compte lever la société wallonne de technologie médicale Nyxoah, qui vient de dévoiler son intention de se faire coter sur Euronext Bruxelles le 24 septembre.

Fondée en 2009 par l’entrepreneur en série belge Robert Taub – qui en est toujours le président –, Nyxoah, dont le siège est situé à Mont-Saint-Guibert (Louvain-La-Neuve), est spécialisée dans les troubles respiratoires du sommeil. Elle a créé un implant miniature, de la taille d'une pièce de monnaie, qu'on place sous le menton du patient moyennant une petite incision. Appelé Genio, le dispositif est complété, la nuit, par un patch supportant le système d’activation amovible. L’ensemble agit par neurostimulation pour maintenir les voies respiratoires supérieures ouvertes pendant le sommeil. Le dispositif, qui a déjà reçu le marquage CE, sert à combattre les apnées obstructives du sommeil (AOS) modérées à sévères, qui sont associées à des risques cardiovasculaires et à d’autres troubles très importants.

Des étapes importantes

"Nous avons franchi plusieurs étapes importantes cette année", indique Olivier Taelman, le CEO de l’entreprise depuis une quinzaine de mois. "Nous avons eu une levée de 25 millions d’euros en février. Ensuite, l’autorisation de remboursement du Genio en Allemagne, qui est le plus grand marché en Europe et le plus important marché de notre concurrent américain, Inspire. Enfin, il y a eu l’accord de la FDA."

Nyxoah a en effet reçu le feu vert de la Food and Drug Administration pour démarrer une étude clinique aux USA. Cet essai multicentrique comptera 134 patients atteints d'AOS modérées à sévères qui ont échoué au traitement de première intention par ventilation. Il se déroulera dans environ 25 centres aux États-Unis et à l'étranger, dont un en Belgique (Anvers), un autre en Allemagne et quatre en Australie.

"Nous entendons financer la société jusqu’à la commercialisation du Genio aux USA, qui devrait intervenir dans le courant 2023", poursuit Olivier Taelman. "D’ici là, nous avons besoin de lever soixante millions en bourse. La moitié de ce montant sera investi dans le développement clinique, dont 18 millions pour l’étude américaine et le reste pour achever les études cliniques en cours en Europe et en Australie, qui doivent générer des données pour le long terme et d’éventuelles extensions d’indications." L’autre moitié des fonds sera consacré à la recherche, Nyxoah étant déjà en train de développer la deuxième génération de son dispositif, "qui donnera plus d’autonomie au patient pour gérer la thérapie et comportera également une plateforme de management pour les médecins", fait valoir Olivier Taelman.

"Nous voulons financer la société jusqu’à la commercialisation du device au USA, qui devrait intervenir dans le courant 2023."
Olivier Taelman
CEO de Nyxoah

La société ambitionne par ailleurs de faire passer le nombre total de collaborateurs de 50 actuellement à environ 80 à la fin de l’année. Elle a décidé de faire construire un deuxième centre de production à Liège, qui viendra compléter l’actuel site de fabrication, situé en Israël. Nyxoah est en effet belgo-israélienne, l’implant ayant été mis au point sur la base d’un brevet déposé par Adi Mashiach, un jeune Israélien multidiplômé. Avec un actionnariat internationalisé, des implantations à l’étranger et un CEO flamand, la pépite brabançonne fait partie de cette nouvelle catégorie de sociétés de biotechnologie et d’équipement médical du sud du pays qui présentent un profil moins purement wallon que les biotechs et medtechs de la première vague.

Avec un actionnariat internationalisé et des implantations à l’étranger, la pépite brabançonne fait partie d'une nouvelle catégorie de sociétés wallonnes de biotechnologie et d’équipement médical.

Pourquoi avoir choisi Euronext Bruxelles? C'est une place "qui a une très bonne réputation pour les biotechs et les medtechs", répond le CEO, qui précise qu'il "s'agira d'une IPO mondiale, avec des investisseurs belges, européens et internationaux". "Par ailleurs, le momentum pour le marché des apnées obstructives du sommeil est très pertinent, si on regarde la valorisation de notre concurrent Inspire." Le marché est en effet considérable, puisque l'AOS est la maladie respiratoire la plus courante pour les troubles respiratoires du sommeil. Elle touche près d'un milliard de personnes dans le monde, avec près de la moitié qui nécessiteraient un traitement. "Environ 500.000 personnes s’ajoutent chaque année aux USA et autant en Europe et en Australie", précise Olivier Taelman. D’autres sociétés s’y intéressent également avec leurs propres technologies, mais le dispositif de Nyxoah est facilement implantable et ne nécessite pas de chirurgie importante.

1
milliard de personnes
L'apnée obstructive du sommeil touche près d'un milliard de personnes dans le monde.

Pour le patron de l'entreprise, l’IPO sur Euronext Brussels ne sera qu’une étape. "Elle sera suivie dans un deuxième temps d’un listing aux USA, sur le Nasdaq, à l’instar de ce qu’a fait par exemple argenx. Mais pas immédiatement, car nous avons besoin de données spécifiques aux USA. Nous devons aussi avoir un  laps de temps de 12 mois avant de générer des revenus aux États-Unis; nous n’y sommes pas encore." La perspective d’une introduction sur le Nasdaq s’explique par les besoins financiers qui seront nécessaires pour commercialiser l’implant aux États-Unis dans trois ans. "Pour effectuer la commercialisation aux USA, on aura besoin d’une équipe de 200 ou 300 personnes là-bas", conclut le CEO.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés