interview

"On constate une revitalisation du marché de la protonthérapie" (Olivier Legrain, IBA)

©Dieter Telemans

Le carnet de commandes du leader mondial de la protonthérapie est à son niveau le plus haut, soit 1,1 milliard d’euros. De bon augure, selon le CEO d'IBA, d'autant que la société a de nouveaux projets en développement.

Après une longue période compliquée jalonnée d’avertissements sur résultats, IBA a dévoilé jeudi des chiffres encourageants qui laissent entrevoir un retour à la profitabilité. Le CEO de l’entreprise néolouvaniste, Olivier Legrain, revient sur les raisons de cet optimisme, tout en détaillant la stratégie de la société.

IBA a publié jeudi des résultats encourageants. Quel est l’indicateur qui vous réjouit le plus?

Il y en a plusieurs. On avait dit dans nos résultats annuels qu’on se focalisait sur le service. Comme on a vendu beaucoup de centres et que beaucoup vont entrer en service, il y a une vraie opportunité de croissance pour nous dans ce secteur. On a eu une première partie d’année qui était prévue assez calme sur l’activité équipements, mais en croissance sur le service. On a une deuxième moitié d’année qui va être assez intense en installations. On est sur la trajectoire que l’on s’est fixée.

L’autre bonne nouvelle c’est qu’il y a une très belle activité en protonthérapie, avec 21 salles vendues au 30 juin de cette année pour un total de 12 salles vendues sur toute l’année dernière. On constate une revitalisation du marché de la protonthérapie, sur tous les continents, en Europe, aux USA et en Chine, avec un pipe-line très actif. On voit en particulier que le marché chinois redémarre. Notre contrat à Shenzhen en Chine pour un gros systèmes à cinq salles pour un des hôpitaux les plus réputés en oncologie est une très belle référence.

Il y a une très belle activité en protonthérapie, avec 21 salles vendues au 30 juin de cette année pour un total de 12 salles vendues sur toute l’année dernière.

Est-ce que ce dynamisme touche aussi vos autres activités?

Oui. On constate une activité exceptionnelle dans tous les segments, notamment sur la dosimétrie et pour les solutions radiopharma. Même si cela ne se voit pas encore tout à fait dans les résultats, on a de très belles victoires en radio pharma. On vend des accélérateurs plus petits dans la médecine nucléaire pour produire des radio-isotopes. C’est un beau succès commercial. On a aussi des succès dans notre gamme des accélérateurs de plus haute énergie. On n’en vend pas chaque année, mais ce sont des ventes qui sont un peu l’équivalent d’une salle proton. Ce n’est pas un marché très mature ni gigantesque, mais c’est là qu’IBA peut faire levier sur sa technologie pour rendre possibles de nouveaux examens médicaux, tout en s’offrant de belles opportunités d’affaires.

Enfin, pour les accélérateurs pour les applications industrielles - la principale étant la stérilisation pour les équipements médicaux - IBA peut offrir une alternative aux modes de stérilisation actuels qui posent des problèmes de sécurité ou environnementaux, avec une technologie plus propre de type électrons ou rayons X. On voit que dans ce domaine, les lignes sont en train de bouger et on a fait une belle prise de commande sur la première partie de l’année.

Tout n’est pas si simple puisque si le marché de la protonthérapie repart, vous signalez que la compétition s’accroît…

Oui. Nous faisons face à des compétiteurs qui ont faim. Même si IBA peut faire valoir la plupart du temps son avantage technologique, les compétiteurs eux jouent le prix sur le marché. Il s’agit principalement de Varian. Je me permets de rappeler que l’année passée, Varian n’a rien vendu et donc clairement, ils n’ont pas l’intention d’en rester là. Ils ont pris des parts de marché ce premier semestre. Un autre compétiteur, Mevion, a une solution beaucoup moins compétitive que la nôtre et que celle de Varian, mais il joue clairement sur les prix après avoir été refinancé par un investisseur chinois.

On constate une activité exceptionnelle dans tous les segments.

Quels seront les éléments décisifs pour le retour à la profitabilité?

Nous sommes sur une année un peu similaire à celle de l’année dernière. La vitesse de conversion de notre carnet de commandes dépend fortement de l’installation des machines. Dans cette deuxième moitié, on s’attend à avoir dix acceptations de salles et de commencer l’installation de six salles. On va voir dans cette deuxième partie une accélération de la conversion du carnet de commandes, qui est le facteur principal de la croissance de l’activité supplémentaire et donc du retour à la profitabilité. Par rapport là l’année dernière, on est moins dépendant de prises de nouvelles commandes. On termine sur un carnet de commandes qui est historiquement élevé, avec 1,1 milliard d’euros. Et on ne compte pas s’arrêter là!

Avez-vous encore recours au chômage économique?

Non. Le chômage économique est levé chez IBA depuis janvier 2019.

Où en sont vos développements en protonthérapie?

Nous avons toujours dit qu’avec la protonthérapie, on n’est pas encore au niveau de maturité complète. Il y a d’autres opportunités pour améliorer le traitement. Les deux dans lesquelles nous avons investi et nous continuerons à investir, ce sont l’arc thérapie et la flash thérapie. Sans entrer dans le détail, l’arc thérapie permet une plus grande vitesse pour traiter plus de patients dans une salle de protonthérapie. Cela améliore le business modèle de nos clients.

La flash thérapie est à plus long terme. Mais elle est sans doute plus disruptive. Il s’agit d’escalader la dose de façon ultime et de délivrer la dose thérapeutique en une seule fraction. Pour des raisons que le monde scientifique ne comprend pas encore, il semble que lorsqu’on escalade la dose et qu’on la délivre de façon très rapide, la tumeur répond en étant éradiquée, mais les tissus sains eux ne sont pas impactés. Il y a là quelque chose d’intéressant aux yeux du secteur scientifique et médical. Et la bonne nouvelle, c’est que nous pensons que la protonthérapie est la mieux positionnée pour bénéficier de cet effet puisque si on peut le faire en radiothérapie conventionnelle également, les machines de radiothérapie actuelles ne sont pas capables de le faire, tandis que les machines de protonthérapie sont pour leur part prêtes à être utilisée dans ce mode-là. IBA a déjà montré que l’on peut le faire avec le Proteus Plus et le Proteus One.

L’activité dosimétrie est à vendre bien que sa rentabilité soit élevée. Pourquoi?

Nous sommes engagés dans une réflexion stratégique sur la dosimétrie, qui consiste en des instruments d’assurance qualité pour la radiothérapie afin de calibrer les machines. La vente est une des possibilités. En dosimétrie, il n’y a pas de business as usual. On doit développer ce segment, qui est rentable quoi qu’un peu volatil. C’est un marché qui a besoin de consolidation. Ce qu’on évalue depuis un certain temps, c’est: est-ce que nous devons être le consolidateur de ce marché ou est-ce qu’on doit être consolidés? Autrement dit: est-ce qu’IBA est toujours le meilleur actionnaire ou bien est-ce que quelqu’un qui paierait le bon prix serait un meilleur actionnaire pour la dosimétrie? On constitue à discuter de l’avenir de cette activité et on espère annoncer quelque chose avant la fin de l’année.

On constitue à discuter de l’avenir de cette activité et on espère annoncer quelque chose avant la fin de l’année.

Pourquoi avoir créé une spin-out pour la carbone thérapie?

C’est une autre technologie assez prometteuse. C’est un niveau encore au-dessus de la protonthérapie. Il s’agit d’une particule plus lourde encore que la protonthérapie. Ce sont de plus gros accélérateurs. IBA a un design d’accélérateur de carbone. C’est un marché de niche, davantage encore que la proton, et c’est pour cela que nous n’avions pas la volonté de prendre le risque sur IBA. On a donc co-investi avec d’autres dans le carbone, qui est un business assez intéressant. Cela nous permet d’être actifs dans ce domaine tout en partageant le risque avec d'autres. 

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