interview

Onno van de Stolpe, CEO de Galapagos: "La pilule est vraiment très amère"

Onno van de Stolpe, le CEO de Galapagos, est très déçu par la décision de la FDA sur le filgotinib. ©Photo News

"Nous étions à quelques mètres de la ligne d’arrivée et on nous annonce que nous devons faire un tour de piste supplémentaire. La pilule est vraiment très amère. Sans jeu de mots", réagit Onno van de Stolpe, CEO de Galapagos.

L’agence américaine du médicament – la FDA – a examiné l’ensemble du dossier du filgotinib et émet des réserves sur le profil risques-bénéfices du médicament lorsqu’il est administré à haute dose, soit 200 mg. Contre toute attente, la FDA souhaite également analyser les résultats de deux études en cours sur l’effet du médicament sur la production de spermatozoïdes.

Galapagos et son partenaire américain Gilead devront donc patienter 18 mois de plus pour lancer le médicament aux États-Unis, leur plus grand marché.

L’impact de ce retard sur le chiffre d’affaires du filgotinib peut être énorme. La maison de bourse Jefferies avait estimé le pic des ventes mondiales aux alentours de 6 milliards de dollars, dont 3,3 milliards aux États-Unis. Ces chiffres devront être revus.

Un retard de 18 mois signifie aussi 18 mois en moins de protection (via le brevet). Résultat: la concurrence dispose de plus de temps pour se positionner. Le filgotinib pourra-t-il conquérir les parts de marché attendues? Les ambitions en termes de vente doivent-elles être revues? Le médicament sera-t-il un jour commercialisé?

Ces incertitudes se sont immédiatement traduites par une baisse du cours de l’action, qui a cédé 30% dès l’ouverture des marchés. La valeur boursière de l’entreprise a fondu de 3 milliards d’euros.

Vous êtes-vous remis du choc?

Je ne vous cacherai pas que ce fut une énorme déception. Et totalement inattendue. Nous n’avions pas tenu compte d’une telle éventualité. Bien entendu, vous jurez un bon coup, mais vous devez continuer à avancer, parler à vos troupes et les remotiver. C’est ce que je vais faire tout à l’heure. 

Quel message allez-vous transmettre à votre personnel?

Que nous maintenons notre confiance dans le filgotinib et que nous réussirons à nous relever, comme Galapagos l’a déjà démontré après plusieurs revers. Nous ne renonçons absolument pas au filgotinib. Nous disposons d’un pipe-line de plusieurs autres médicaments, notre trésorerie est suffisante, et nous pouvons commencer à commercialiser le filgotinib en Europe. Il y a aussi de bonnes nouvelles. 

"Nous allons nous en sortir. Nous ne renonçons pas au filgotinib."

Mais cette nouvelle concernant les États-Unis est une gifle, un coup dur. Nous le voyons à la réaction des investisseurs en bourse. Je les comprends. Les États-Unis sont notre plus grand marché. En cas d’incertitude, tout le monde adapte bien entendu ses attentes. 

Comment vivez-vous cette incertitude, à titre personnel?

J’ai appris à me mettre la pression uniquement pour des situations que je peux contrôler et influencer. Dans le cas présent, je ne peux rien faire. 

Quelle sera l’importance du retard par rapport au timing prévu?

Si nous prenons l’ensemble du processus – finalisation de l’étude sur la fertilité, préparation du nouveau dossier avec de nouvelles données, attente de l’approbation – je pense qu’il faut compter un retard de 18 mois. 

A combien estimez-vous la probabilité que le filgotinib puisse malgré tout être lancé aux Etats-Unis?

Je pense que cette probabilité est très élevée. Il plus difficile de s’avancer sur la possibilité de le lancer en doses de 200 mg. Nous devrons d’abord discuter avec la FDA pour voir ce qu’ils attendent de nous. 

" Gilead est enthousiaste vis-à-vis de notre pipe-line. Elle souhaite clairement miser sur les maladies inflammatoires. Dans ce domaine, le filgotinib est un élément important."

Galapagos, c’est bien plus que le filgotinib. Le plus dur, c’est d’y avoir travaillé si longtemps et de s’entendre dire à quelques mètres de la ligne d’arrivée que nous devons courir un tour de piste supplémentaire. La pilule est très amère. Pour tout le monde. Sans jeu de mots. 

Galapagos a reçu de bonnes nouvelles de l’Agence européenne du médicament pour le filgotinib. La décision de la FDA risque-t-elle d’avoir un effet négatif sur les ventes en Europe?

 Je ne le pense pas. Aux Etats-Unis, Eli Lilly a connu la même situation avec un médicament comparable contre l’arthrite rhumatoïde, mais a malgré tout connu un énorme succès lors de son lancement en Europe. Cela ne me fait pas peur. »

Ce revers ne jette-t-il pas une ombre sur votre relation avec votre partenaire Gilead, qui doit s’occuper des ventes aux Etats-Unis?

 Pas du tout. 

Gilead investit massivement en oncologie. Si le filgotinib perd de son attrait, Gilead ne sera-t-elle pas tentée de mettre ce médicament au frigo?

C’est bien entendu trop tôt pour spéculer à ce propos. Jusqu’à présent, Gilead s’est toujours montrée enthousiaste vis-à-vis de notre pipe-line. À court terme, elle renforcera son focus sur l’oncologie, mais elle souhaite aussi clairement miser sur les maladies inflammatoires. Dans ce domaine, le filgotinib était un élément important, tout comme le programme de recherche Toledo, sur lequel nous travaillons énormément. 

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