portrait

Onno van de Stolpe, l’ambitieux flanqué d’un adjoint

Onno van de Stolpe restera CEO de Galapagos mais Bart Filius cumulera les postes de président et de directeur opérationnel et financier, ce qui résonne comme un passage de relais.

En 1998, Onno van de Stolpe rejoint la biotech néerlandaise IntroGene (rebaptisée Crucell) avec une ambition : la génomique. Il fonde ainsi Galapagos Genomics, co-entreprise entre Crucell et la société belge Tibotec. "CEO de rien", il veille toutefois sur son indépendance lorsque Crucell et Tibotec se font racheter.

Une ambition débordante

À l’époque, Galapagos Genomics dispose de peu de moyens et se concentre sur les services à l’industrie biotechnologique. Mais l’entrepreneur néerlandais voit grand et vise le développement de médicaments, ce qui débutera par des partenariats avant que Galapagos ait les reins assez solides pour développer des programmes en interne.

"Ce n’est qu’un début"

Les années 2018-2019 resteront comme la période de gloire d’Onno van de Stolpe. Il reçoit plusieurs récompenses, Gilead accepte même de payer une prime de 20% (!!!) pour pouvoir investir dans Galapagos. Mais le patron néerlandais n’en a jamais assez. Dans les interviews ou en titre du rapport annuel de Galapagos, il ne cesse de répéter: "Ce n’est qu’un début".

Pour ceux qui ont rencontré Onno van de Stolpe il y a plus de 10 ans, son ambition pouvait même paraître déplacée. Alors que Galapagos était encore un acteur mineur, il rêvait d’en faire un leader européen de la biotechnologie. Ce qu’il parviendra à faire après moult péripéties. Début 2020, Galapagos affiche en effet une capitalisation de plus de 15 milliards €, en faisant la première biotech européenne en bourse.

Ce ne fut toutefois pas sans mal. Il y a un peu plus de 10 ans, la société comptait 7 alliances dans le développement de médicaments, six ont été arrêtées et la septième n’a encore débouché sur rien.

Le graal

Mais Onno van de Stolpe a toujours su entretenir l’espoir, même en septembre 2015 quand Abbvie met fin au partenariat dans l’arthrite rhumatoïde, incluant le filgotinib, le programme le plus avancé de Galapagos. Le titre dégringole, le CEO a le sourire. Il l’assure, Abbvie s’est trompé. Son optimisme revigore les investisseurs qui lui réservent un triomphe quand Galapagos noue un partenariat très lucratif avec Gilead en 2018. Cette alliance est amendée en 2019 pour permettre à Galapagos de participer à la commercialisation et ainsi se muer en entreprise biopharmaceutique intégrée, le graal.

Brouillé avec les actionnaires (américains)

Pendant deux décennies, Onno van de Stolpe a réussi à faire passer les coups durs pour de simples contretemps. Mais il a visiblement perdu la formule magique. Aujourd’hui, les marchés se montrent méfiants. En bourse, Galapagos ne vaut plus que 4 milliards € alors que la société dispose d’une trésorerie de plus de 5 milliards €. La biotech belgo-néerlandaise est même la cible d’un recours collectif d’actionnaires américains.

Depuis, les couacs se sont toutefois accumulés. La FDA, l’autorité sanitaire aux États-Unis, a torpillé les rêves américains de Galapagos pour le filgotinib. Gilead l’a laissé tomber en Europe. Galapagos a aussi déploré plusieurs déceptions parmi ses autres programmes phares.

L’annonce ce jeudi de la promotion de Bart Filius, qui cumulera les postes de président et de directeur opérationnel et financier, résonne comme un passage de relais. Onno van de Stolpe restera certes CEO, mais avec quelle ambition à 61 ans et alors que Galapagos doit relancer des programmes dans les premières phases de développement ? Ayant fait carrière chez Sanofi, Bart Filius apparaît plus pragmatique, une qualité appréciable pour gérer une importante trésorerie et la commercialisation européenne du filgotinib. Mais comme l’illustre la chute de Galapagos en bourse ce jeudi, les investisseurs en biotech ont aussi besoin de rêver, d’espérer rééditer l’exploit d’un Amgen dont le cours a été multiplié par 2300 en 36 ans. Un rêve que savait entretenir Onno van de Stolpe à défaut d’être parvenu à obtenir un véritable succès commercial jusqu’à présent.

Le profil

  • 1987: après des études en virologie à l’université de Waningen, il débute sa carrière chez Mogen, une société biotechnologique, avant de la poursuivre aux États-Unis.
  • 1994: il développe la filiale européenne de la biotech américaine Molecular Probes.
  • 1998: il rejoint IntroGene (devenu Crucell) en tant que responsable de la génomique.
  • 1999: il fonde et prend la direction de Galapagos Genomics, une nouvelle co-entreprise créée par Crucell et Tibotec.
  • 2005: l’entité belge Galapagos NV détient 100% de Galapagos Genomics, qui reste ainsi indépendant après les rachats de Crucell et Tibotec par Johnson & Johnson, et entre en bourse.
  • 2019: il reçoit le prix de l’innovation de l’INSEAD Alumni Association of Belgium.

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